Les notes de Tocqueville sur l’Islam

Publié le 28 novembre 2011 - par - 2 610 vues
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Cet article clôt la trilogie consacrée à Tocqueville et l’Islam. Nous avons ainsi vu ce que pensait Tocqueville de la religion musulmane à travers ses écrits sur la colonisation algérienne (1). Nous avons aussi prit connaissance de ses notes sur le Coran (2). De la même manière, analysons les dernières remarques que Tocqueville a faites sur l’Islam à travers ses correspondances, ainsi que les notes qu’il a prises lorsqu’il a étudié certains documents coloniaux officiels. Tout comme les notes sur le Coran, celles-ci ont été rassemblées par Jean-Louis Benoit dans son ouvrage Notes sur le Coran et autres textes sur les religions (3). Une fois encore, le but de cet article est de voir en quoi certaines de ces notes et remarques sont toujours d’une actualité brûlante.

« Cette religion avait elle-même pour but la guerre »

Dans un commentaire sur la rusticité du culte musulman, Tocqueville glisse une phrase lourde de sens : « Mahomet a prêché sa religion à des peuples peu avancés, nomades et guerriers ; cette religion avait elle-même pour but la guerre ; de là le petit nombre de pratiques et la simplicité du culte. ». Pourtant, Tocqueville n’a pas donné plus d’explication sur cette phrase. Peut-être pensait-il qu’il s’agissait d’une évidence, lui qui avait écrit dans ses notes sur le Coran que la guerre sainte s’y retrouvait à chaque page, ou presque. Pour mieux comprendre cette phrase il faut donc tenter de voir, brièvement, dans quelles conditions est née cette religion. Caravanier à la Mecque, Mahomet est obligé de quitter la ville a cause de son prosélytisme monothéiste qui dérange. Avec ses premiers disciples, il se réfugie alors dans l’oasis qui deviendra plus tard Médine. Les relations ne cesseront ensuite de s’envenimer entre Mahomet et la Mecque. Les disciples de Mahomet attaquent une première caravane, puis c’est l’escalade de la guerre, jusqu’à la reddition de la Mecque. S’en suit la conquête de toute la péninsule arabique. Des conquêtes qui ont apporté pouvoir politique et économique. Entre temps, les disciples de Mahomet sont donc devenus de plus en plus nombreux, au point de former une véritable armée. Bref, Mahomet n’a peut-être pas fondé l’Islam pour faire la guerre. Mais les nombreuses invectives guerrières proférées par le Coran s’expliquent peut-être d’abord par la volonté de faire la guerre à la Mecque (il fallait motiver les troupes), puis de conquérir l’Arabie. Le « djihad par l’épée » est en tout cas un des fondements de l’Islam. Il est même considéré par certains comme son 6e pilier. N’oublions pas que c’est le djihad qui a permis l’extension exponentielle de l’Islam dans les premiers temps. De là à dire que cette religion avait pour but la guerre, il n’y a qu’un pas à franchir.

Confusion des ordres
Pour Tocqueville, le péché originel de la religion musulmane est de ne pas avoir séparé le spirituel du temporel : « Le mahométisme est la religion qui a le plus complètement confondu et entremêlé les deux puissances [politique et cléricale] ; de telle sorte que le grand prêtre est nécessairement le prince, et le prince le grand prêtre, et que tous les actes de la vie civile et politique se règlent plus ou moins sur la loi religieuse. ». L’Histoire et la sémantique donnent bien sûr raison à Tocqueville. En effet, le titre de noblesse « prince » se dit « émir » en arabe. Et la noblesse arabo-musulmane provient d’abord des rangs des successeurs de Mahomet. Or le mot « émir » est dérivé du verbe amara, qui signifie commander. Émir signifie donc « celui qui donne des ordres ». Ainsi, un prince est un chef, et vice-versa. D’ailleurs en arabe, le terme « émir » désigne aussi un général dans une armée. Et les premiers émirs militaires ont d’ailleurs étés les généraux de Mahomet en personne. Mais un émir, prince et chef de guerre, peut être aussi une autorité religieuse. D’où le titre « amir al-mu minim », c’est-à-dire « prince des croyants ». Tocqueville le sait bien, puisque c’est le titre que portait à l’époque Abd el-Kader, le prince algérien rebelle. Un titre que la France commit l’erreur de reconnaître, pensait Tocqueville, puisqu’il permit au rebelle d’étendre son pouvoir ! Ce qui n’est pas étonnant dans une culture qui reconnaît d’autant plus l’autorité de celui qui cumule à la fois le titre de prince, de chef de guerre et de « commandeur des croyants ». Surtout lorsque vous êtes, comme Abd el-Kader, issu d’une famille de marabouts (guide spirituel des tribus musulmanes) , marabout vous-même, et descendant de Mahomet ! « Commandeur des croyants », et non pas « prince des croyants », est donc la traduction française exacte du titre « amir al-mu minim ». Il ne s’agit pas d’une mauvaise traduction, bien au contraire, comme nous l’avons vu, puisque c’est la même chose ! Aujourd’hui encore, le titre de « amir al-mu minim » est porté par le roi du Maroc (descendant lui aussi de Mahomet), et par le sultan du Brunei. Quant aux monarchies actuelles du golfe, elles sont elles aussi toutes plus ou moins officiellement des « monarchies islamiques »… aux multiples émirs.

L’absence de clergé : un bien ou un mal ?

Tocqueville explique que l’absence de clergé dans l’Islam « a été un bien au milieu de tous les maux que la religion musulmane a fait naître. Car un corps sacerdotal est en lui-même la source de beaucoup de malaise social, et quand la religion peut être puissante sans le secours d’un pareil moyen, il faut s’en louer. ». Une absence à relativiser, car un clergé existe bel et bien en Islam, du moins dans le chiisme (Tocqueville avait étudié l’Islam sunnite arabe, cela dit). Le clergé est même fondamental dans le chiisme, et la « république des mollahs » iranienne est d’ailleurs source de beaucoup de malaise social… Cela dit, cette absence de clergé dans l’Islam sunnite a entraîné d’autres problèmes : « Mais si cette concentration et cette confusion établies par Mahomet entre les deux puissances a produit ce bien particulier, d’une autre part, elle a été la cause première du despotisme et surtout de l’immobilité sociale qui a, presque toujours, fait le caractère des nations musulmanes et qui les fait enfin succomber toutes devant les nations qui ont embrassé le système contraire. ». Jean-louis Benoît explique que le mélange du politique et du religieux est pour Tocqueville la principale raison de l’essor et surtout de l’effondrement de des civilisations musulmanes : « Les populations turques n’ont jamais pris aucune part à la direction des affaires de la société ; elles ont cependant accompli d’immenses entreprises, tant qu’elles ont vu le triomphe de la religion de Mahomet dans les conquêtes des sultans. Aujourd’hui la religion s’en va ; le despotisme seul leur reste : elles tombent. ». On ne peut s’empêcher de penser au fameux « printemps arabe » en lisant la dernière phrase. En effet, après la décolonisation, des despotes plus ou moins laïques et marxistes se sont installés au pouvoir. La religion s’en est allé, puis les idéaux, et seul le despotisme est resté. Lorsque les despotes sont devenus vieux et usés, les régimes sont tombés. Le « renouveau » des civilisations musulmanes passera-t-il par de nouvelles conquêtes ? Ce serait en tout cas très inquiétant.

En tout cas pour l’instant, si les nations musulmanes ne succombent plus physiquement devant des nations possédants des systèmes politiques et religieux distincts, elles succombent – économiquement – d’elles-même. Despotisme religieux et immobilité sociale ne font en effet pas bon ménage avec une économie florissante. Une société de consommation ne peut en effet se développer dans une société religieuse figée, dans laquelle notamment tout loisir est plus ou moins interdit (cinéma, musique, danse, jeu, etc.). Le magazine Capital avait fort bien expliqué cette évidence il y a quelques mois (4). Comment nos mondialistes peuvent-ils alors s’imaginer que faire venir cette même population musulmane serait en mesure de développer la société de consommation en Europe ?! Ah oui, c’est vrai qu’ils s’imaginent que les musulmans se convertiront aux valeurs progressistes, par le métissage des cultures. Que les filles qui se voilent en haut se dévoileront demain en bas (alors qu’on assiste plutôt à l’inverse). Que certaines musulmanes seront un jour « à voile et à vapeur », et défileront sur les chars de la Gay Pride. Ben voyons ! Non, le « super consommateur universel » n’est pas prêt de voir le jour. Quand on voit que le vote des tunisiens de France est le même que ceux de Tunisie (40 % pour le parti islamiste Ennahda), on devine aisément le chemin que risque de prendre notre « nouvelle civilisation ». Nous nous tiers-mondiseront plus qu’autre chose en faisant venir une importante population du tiers-monde. Le phénomène est déjà visible dans un département tel que la Seine-Saint-Denis. Et la société de consommation sera ce qu’elle est dans les pays du tiers-monde : anémique. Le patronat serait-il au bout du compte l’idiot utile du trotskisme, et non l’inverse ?

Voici maintenant une autre remarque de Tocqueville qui peut non seulement nous éclairer sur l’Islam, mais aussi sur une partie de la société occidentale actuelle : « Comme le Coran est la source commune dont sont sorties la loi religieuse, la loi civile et même en partie la science profane, la même éducation est donnée à ceux qui veulent devenir ministres du culte, docteurs de la loi, juges et même savants. Le souverain prend indistinctement dans cette classe de lettrés les ministres du culte ou imams, les docteurs de la loi ou muphtis et les juges ou cadis. Ces différentes professions ne donnent aucun caractère indélébile à celui qui en est revêtu. Il y a donc une religion, mais, à vrai dire, il n’y a pas de sacerdoce. ». En effet, relisez ce texte non plus en pensant à la religion musulmane, mais à la «religion des droits de l’homme » (celle qui pousse la logique des droits de l’homme jusqu’à l’absurde). N’avez-vous pas l’impression que le texte colle tout aussi parfaitement ?! Des juges, des politiques, des savants (pensez au « réchauffement climatique ») et des prêcheurs médiatiques ayant reçu la même éducation politiquement correcte. Une élite interchangeable. Une religion des droits de l’homme présente à tous les niveaux de la société, mais sans clergé officiel. Voilà encore un point commun entre la gauche droit-de-l’hommiste et les islamistes ! Ce rapprochement entre certaines élites intellectuelles occidentales et l’Islam ne date d’ailleurs pas d’aujourd’hui. Dans une de ses lettres, Tocqueville le reprochait déjà à un son ami Richard Milnes : « Vous me paraissez seulement comme Lamartine être revenu de l’Orient un peu plus musulman qu’il ne convient. Je ne sais pourquoi de nos jours plusieurs esprits distingués montrent cette tendance. À mesure que j’ai mieux connu cette religion, j’ai mieux compris que c’est surtout d’elle que sort la décadence qui atteint de plus en plus sous nos yeux le monde musulman. Quand Mahomet n’aurait commis que la faute de joindre intimement un corps d’institutions civiles et politiques à une croyance religieuse, de façon à imposer au premier l’immobilité, qui est dans la nature des Saoudiens, c’en eût été assez pour vouer dans un temps donné ses sectateurs à une infériorité d’abord et ensuite à une ruine inévitable. La grandeur, et la sainteté du christianisme, est de n’avoir au contraire entrepris de régner que dans la sphère naturelle des religions, abandonnant tout le reste aux mouvements libres de l’esprit humain. ». Le comble, c’est que la plupart de nos islamophiles sont ceux qui comprennent le moins la philosophie de l’Islam ! Sans doute parce qu’ils projettent sur cette religion leurs propres valeurs, mélange de droit de l’ homme, de marxisme et de néo-christianisme dévoyés. Tout en ne comprenant pas la différence fondamentale entre une Bible qui, en laissant le champ politique libre, a permis l’émergence de la démocratie. Et un Coran qui ne laisse place à rien d’autre qu’à lui-même. S’ils comprenaient mieux l’Islam, nul doute que les islamophiles soit se convertiraient, soit deviendraient les plus grands des islamophobes.

Justice et désordre
Tocqueville précise comment s’imbriquent tout autant la justice et la religion : « La religion et la justice ont toujours été mêlées dans les pays musulmans, comme les tribunaux ecclésiastiques avaient essayé de le faire dans l’Europe chrétienne du Moyen Âge. La justice n’est pas un droit régalien, elle se rend au nom de Dieu bien plus qu’à celui du prince. Ses règles ne sont pas contenues dans la loi civile, mais dans le Coran et ses commentaires. ». Une fois de plus, on comprend mieux l’empressement du CNT Libyen à inscrire la charia dans la Constitution du pays. La Constitution étant le plus haut texte juridique, la justice et les lois qui en découleront seront ainsi islamiques, conformément à la tradition musulmane. Et pour les islamistes du CNT, c’est forcément quelque chose d’ essentiel. Quel que soit le parti politique au pouvoir, la république libyenne sera ainsi une république islamique.

Une autre note de Tocqueville nous éclaire un peu plus sur l’une des raisons qui explique le fait que les musulmans respectent souvent strictement la loi dans les pays islamiques, et nettement moins dans les pays laïcs ou non musulmans : « De ce que la justice et la religion se trouvent mêlées, il s’ensuit que les musulmans obéissent aux arrêts avec un respect religieux qu’on ne trouve pas ailleurs. ». Autrement dit : les musulmans respectent religieusement la loi quand celle-ci est basée sur la charia. Nicolas Sarkozy n’est pas loin d’être dans le même état d’esprit lorsqu’il dit : « dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance ». Eh oui, en occident aussi la loi fut longtemps respectée au nom des valeurs religieuses (la morale chrétienne). Au lieu de tenter vainement de les rétablir, Nicolas Sarkozy ferait mieux de faire davantage respecter nos valeurs républicaines et laïques. Car celles-ci ont l’immense avantage de ne pas se contenter de dire ce qui est bien ou mal; mais d’expliquer aussi, à tous, pourquoi ! Car aujourd’hui, sous Sarkozy, notre justice est largement laxiste, même si elle est encore (heureusement) républicaine et laïque. Mais ces deux aspects de notre justice n’ont pas de quoi susciter de grandes craintes, ni un grand respect chez les musulmans. Les notes de Tocqueville montrent en effet que dans la culture arabo-musulmane (et dans une moindre mesure dans la culture sarkozo-guainoiste) la loi ne semble respectable – et pas seulement crainte – que si elle revêt un caractère sacré, au sens religieux du terme. Si « elle se rend au nom de Dieu ». Petite parenthèse, Tocqueville avait déjà écrit dans De la démocratie en Amérique : « Quand on y regarde de près, on aperçoit que ce qui a fait longtemps prospérer les gouvernements absolus, c’est la religion et non la crainte. ».

Vous le savez, 80 % des détenus dans les prisons françaises se trouvent être musulmans. Certes, ce ne sont sans doute pas les plus pieux, mais la culture arabo-musulmane fait partie intégrante de leur psychologie. Certes, leur présence en prison semble d’abord provenir d’autres facteurs que celui de la religion : ils sont musulmans, mais peut-être avant tout eux-mêmes victimes de l’immigration de masse (et de ses désastreuses conséquences). Mais parmi les nombreuses raisons qui expliquent cette surdélinquance chez les musulmans, il y a aussi le fait qu’un bon nombre d’entre eux ne reconnaissent tout simplement pas la « respectabilité» de nos lois. Beaucoup le disent. Si ce n’est pas la raison principale, cela a son importance. Car ce n’est pas seulement en tant qu’individu (et parce que ça les arrange) que ceux-ci ne reconnaissent pas nos lois, mais aussi en partie en tant que musulman. Car ce manque d’estime vient en effet de beaucoup plus loin qu’il y parait. En effet, l’Islam est un tout cohérent (comme peut l’être une religion…), qui englobe tout. Dès lors que dans une société, un élément important comme la justice se trouve hors du champ sacré de l’Islam, il n’a pas beaucoup de valeur aux yeux de bon nombre de musulmans. Une même interdiction n’est ainsi pas vue de la même façon selon qu’elle revêt un caractère religieux ou laïc : il leur semble beaucoup moins grave de la transgresser dans le second cas. Voilà pourquoi certains ont si peu d’estime pour les lois laïques des pays « mécréants ». Avec comme conséquence un certain irrespect qui entraîne un certain désordre dans ces pays. Tandis que dans les pays musulmans, la loi est respectée car elle est plus ou moins inspirée par la charia. Il en est de même dans certains quartiers, de France et d’ailleurs, tenus par les islamistes où un ordre – apparent – basé sur la charia règne.

Laissons Tocqueville conclure
Voici la conclusion d’une lettre de Tocqueville adressée à son ami islamophile Arthur de Gobineau. Je pense qu’elle conclue aussi très bien cette série d’articles sur Tocqueville et l’Islam : « J’ai beaucoup étudié le Coran à cause surtout de notre position vis-à-vis des populations musulmanes en Algérie et dans tout l’Orient. Je vous avoue que je suis sorti de cette étude avec la conviction qu’il y avait eu dans le monde, à tout prendre, peu de religions aussi funestes aux hommes que celle de Mahomet. Elle est, à mon sens, la principale cause de la décadence aujourd’hui si visible du monde musulman et quoique moins absurde que le polythéisme antique, ses tendances sociales et politiques étant, à mon avis, infiniment plus à redouter, je la regarde relativement au paganisme lui-même comme une décadence plutôt que comme un progrès. Voilà ce qu’il me serait possible, je crois, de vous démontrer clairement, s’il vous venait jamais la mauvaise pensée de vous faire circoncire… »

Stéphane Buret

(1) http://ripostelaique.com/tocqueville-et-lalgerie.html

(2) http://ripostelaique.com/les-notes-de-tocqueville-sur-le-coran.html

(3) http://classiques.uqac.ca/classiques/De_tocqueville_alexis/notes_sur_le_coran/notes_sur_le_coran.html

http://www.capital.fr/enquetes/economie/l-islam-est-il-un-frein-au-developpement-economique-610950

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