Les nouveaux procès de Moscou, avec Eyschen dans le rôle de Béria

Quand devions-nous, Jean-François Chalot et moi-même, militants ouvriers laïques et internationalistes, écrivains à nos heures, être traînés dans la boue et assimilés soit à des nazis soit à des racistes, après la sortie de nos livres respectifs ? (La laïcité, une exception menacée et L’islam, nouveau cancer du mouvement ouvrier)…

C’est chose faite, depuis peu, par nos ex-camarades (le mot camarade est peut-être de trop…) dont certains se défoulent à la manière des accusateurs publics staliniens des années 30 ; la preuve avec les propos de C. Eyschen, président de la Libre Pensée (http://librepensee04.eklablog.com/a-la-niche-les-glapisseurs-de-macron-18-fevr-2021-par-libre-pensee-blo-a206588694)… On y lira à plaisir dans ses propos tout le mal qu’il pense de nous – c’est de bonne guerre, dira-t-on – mais on ne trouvera, hélas, pas trace de nos véritables textes ni de quelconques arguments en rapport ; à défaut de raison on ne relèvera que la volonté de nuire et de dénigrer.

Avec son livre, Jean-François et ses amis ont tenté de baliser les différents dangers encourus par la loi de 1905 et ils l’ont fait sans haine ni invectives, dénonçant simplement ce qui aujourd’hui saute aux yeux de tous… sauf apparemment de certains “libres” penseurs issus pourtant de la même famille politique que nous mais qui, comme si leur regard souffrait de strabisme idéologique, ne voient dans l’islam et l’islamisme aucune source d’inquiétude cependant que la religion catholique reste à jamais l’ennemi juré… Ainsi, débattre du Coran et de ses préceptes ravageurs, dénoncer les menées salafistes et les revendications “musulmanes” contraires à nos valeurs républicaines est dangereux, autant pour l’émancipation individuelle que pour notre combat politique ; tout cela est absurde et interdit, du point de vue des gens comme C. Eyschen et les siens…

Moi-même, dans mon livre, et même si l’éditeur peut déplaire à certains (ce que je peux comprendre), j’ai eu à cœur de faire œuvre d’impartialité en cherchant les arguments de certains et, surtout, à citer mes sources et ne déformer aucun des propos tenus par les personnes ou les organisations concernées.

Jean-François et moi, et beaucoup d’autres encore, nous pensons que les rapports sociaux ne peuvent s’examiner que dans leur entier et sans censure d’aucune sorte, pour tout le bien du combat contre le capitalisme et ses conséquences désastreuses sur l’individu, dont la religion est un des paramètres aliénants. Nous cherchons nous aussi la voie pour transformer ce monde dont le moteur reste l’exploitation de l’homme par l’homme et dont le principe économique de profit conduit l’humanité au plus grand chaos social (guerres, asservissement des peuples, remises en causes de tous les acquis humanistes, etc.) Ce n’est pas en niant le danger islamique que l’on pourra construire le parti révolutionnaire capable de mener à un nouvel ordre économique humaniste et socialiste.

C’est de cela dont nous aimerions discuter avec Eyschen, la FNLP et toute autre organisation se revendiquant de la démocratie ouvrière. Il n’est pas trop tard. »

Il y a eu ensuite la réponse de Guylain Chevrier sur Agoravox :

« La « Libre pensée » dans ses œuvres : procès en xénophobie, dogmatisme, division des laïques, et mise en danger… (Tribune collective)

par guylain chevrier
lundi 12 avril 2021

Sur son Blog, la Fédération nationale de la Libre pensée (1) s’est encore livrée à un de ces procès qu’elle affectionne contre des laïques dont la critique des religions ne s’arrête pas aux portes de l’islam, titré tout en nuances : « A la niche, les glapisseurs de Macron ! », détournant, par un raccourci historique grossier, le titre d’un tract des surréalistes de 1948 « A la niche, les glapisseurs de dieu !  » La suite ne vaut pas mieux, infamante à souhait : « La laïcité, une exception menacée », co-signé entre autres par Jean-François Chalot, Caroline Fourest, Eddy Khaldi, Guylain Chevrier, bref, le ban et l’arrière-ban des pseudo-laïques pétris de xénophobie antimusulmane. » Que peut donc avoir en commun avec les surréalistes, qui visaient la religion et donc toutes les religions, cette agression qui tourne le dos à ce principe pour décréter une religion sacrée, intouchable ? Depuis quand la critique d’un culte ou d’un autre serait de la xénophobie ? « Xénophobie antimusulmane », expression choisie sans doute pour éviter le terme « islamophobie » un peu trop décrié…

Tout d’abord, on cherchera dans notre livre le moindre soutien à Emmanuel Macron que sous-entend l’article. Il accuse la loi confortant les principes républicains qui entend lutter contre « le séparatisme » d’être une « offensive xénophobe », et de « cause infâme » contre les musulmans. Si on peut la critiquer ce n’est certainement pas à cet égard, mais plutôt, parallèlement à certaines avancées contre un communautarisme qui n’a rien d’un fantasme, de nouvelles largesses qu’elle donne aux religions affaiblissant la loi de séparation de 1905, par la possibilité par exemple, qu’elles puissent faire fructifier des biens immobiliers pour se financer. Dans le même état d’esprit est désignée « d’ignoble campagne médiatique », appelée plus loin « ratonnade médiatique » (des fois que l’on n’ait pas compris), « l’affaire de Trappes ». L’enseignant à l’origine de celle-ci, bien malgré lui, aujourd’hui sous protection policière, n’intéresse évidemment nullement l’auteur de ce texte qui joue aux apprentis sorciers.

L’auteur récupère Desproges sans vergogne, pour lui faire dire là qu’« avec La Nausée, on peut aussi avoir Les mains sales. », dévoyant le libre trait d’esprit de ce magicien des mots pour en faire un censeur de la liberté de pensée. Il fallait oser.

Pour rejeter l’idée d’une laïcité française d’exception qu’affirme notre livre, ce qui est bien le cas puisque la France est le seul pays à avoir été aussi loin pour faire de ce principe un pilier de l’organisation politique de l’État, est défendu que « cette notion figure, sous des formes diverses, dans un très grand nombre de constitutions d’une multitude de pays. », et donc rien de moins que le relativisme en la matière. Ce qu’un Jean Baubérot, apôtre d’une laïcité dite « ouverte », ne renierait pas. La laïcité française, si elle est exceptionnelle, est par essence un exemple universel tout autant que 1789 !

Extrait de la diatribe : « Pour tous ces pseudo-laïques, de l’extrême-droite à une « gauche » bien-pensante et vallsiste, c’est le musulman qui est l’ennemi. Tout est permis contre lui. » L’auteur s’autorise surtout n’importe quoi, en feignant que « le musulman » soit attaqué. Ce qui révèle où on peut en arriver, à essentialiser toute critique de l’islam sous prétexte que le pauvre serait nécessairement immigré et musulman, jusqu’à l’aveuglement devant l’islamisme. Une attitude qui sert le délit de blasphème !

On cherchera ainsi longtemps la moindre attaque gratuite contre les musulmans dans notre livre, la critique portant sur les excès voire les dangers de la religion en général, où la religion chrétienne en prend aussi pour son grade. La laïcité, pour ceux qui la défendent, c’est bien plus que le libre choix d’avoir une religion ou non, c’est l’absence, quelle qu’elle soit, de tout compromis, avec elle. Ce qu’avaient compris les libres penseurs d’un autre temps.

Par ce procès en moralité, on entend atteindre les personnes dans leur probité, leur intégrité, tout en déformant leur pensée, leurs dires, au regard d’un livre dont le seul but est de faire progresser pour ce qu’il peut, un combat laïque et social qui entend donner force à notre République, pour reconquérir l’idée de ne faire qu’un peuple, seule voie au progrès social.

Nous nous confrontons à la montée d’affirmations identitaires, communautarisme islamique voire intégriste en bonne place, réclamant un droit à la différence dont on sait qu’il conduit à la différence des droits, à la fin de l’égalité entre tous qui seule permet le mélange au lieu de la séparation, qui déjoue le mieux le racisme. Critiquer les excès du religieux quel qu’il soit, ce que fait ce livre, c’est protéger chacun et tous contre l’arbitraire, et particulièrement ces concitoyens de confession musulmane qui attendent de la République qu’elle leur garantisse leur droit de pratiquer leur culte à leur façon, sans se le voir imposé par des groupes de pression qui les assignent à des choix faits par des chefs religieux, contre leur liberté.

Cette critique de toutes les radicalisations religieuses, et recherche de séparation sur fond de revendication au multiculturalisme juridique, est un préalable pour rassembler sans distinction autour des valeurs et principes républicains humanistes, et tout le contraire des divisions que promeut ainsi la Libre pensée dans le mouvement laïque. Combat laïque et combat social étant indissociables, ces divisions se répercutent aussi sur les forces sociales, ce qui ne peut que servir un ultralibéralisme qui fructifie sur l’adage « diviser pour mieux régner ».

On soulignera ce discours de haine qui désigne à la vindicte des personnes, dont le nom est déjà sur des listes, celles de ces intégristes qui, si l’occasion leur en était donnée, n’hésiteraient pas à passer à l’acte. « Tout cela » nous-dit-on, « ne peut déboucher que sur de nouveaux pogroms. » Mais au fait, de qui ? Face à cette volonté de diviser les laïques et d’incitation à la haine, l’antidote est tout désigné, notre livre : « La laïcité, une exception menacée ».

1 « A la niche, les glapisseurs de Macron ! » (Blog Mediapart de la FNLP) https://blogs.mediapart.fr/libre-pensee/blog/180221/la-niche-les-glapisseurs-de-macron

Signataires :

Claude Barratier. Proviseur de lycée public retraité, militant d’associations laïques

Jean-François Chalot. Militant laïque d’éducation populaire, responsable associatif

Guylain Chevrier. Docteur en histoire, formateur, enseignant et consultant, ancien membre de la mission laïcité du Haut Conseil à l’Intégration, militant laïque

Jean Mourot. Editeur militant

Nabum. Conteur

Nathalie Rocailleux. Psychologue Clinicienne, Spé. Psychopathologie, Directrice AFL Transition »

Ensuite j’ai moi-même rajouté un encart (sur Agoravox) :

« Je ne peux que souscrire totalement à la réponse de Guylain Chevrier, de J.F. Chalot et des autres co-auteurs de cet excellent livre, d’autant plus que je suis moi-même cité, en raison de ma présentation du livre de J.F. Chalot et du fait que j’ai également commis un livre déplaisant fortement à la FNLP : « L’islam, nouveau cancer du mouvement ouvrier ». C’est donc sans ménagement aucun que Christian Eyschen de la FNLP m’a inscrit au club des xénophobes, fascistes ou macroniens (c’est au choix) et qu’en plus je sois pour lui gratifié d’un qualificatif emprunté à la psychologie clinique ; jugeons-en: « Ce brûlot de haine (il parle de « La laïcité, une exception menacée ») est présenté par un dénommé Loiseau Patrick, qui n’a laissé qu’un souvenir d’un dérangé dans les milieux qu’il a pu fréquenter plus jeune ». Il est dommage que ce personnage, critiquant nos livres de la manière la plus outrancière sans même pouvoir citer le moindre passage ni argumenter sur le fond, ait omis de préciser qu’il essayait de régler des comptes avec ceux qu’il considère dorénavant comme des “ennemis politiques”. Bref, une attitude qui ne peut se prévaloir d’une quelconque « libre pensée », au sens déontologique du terme mais se rattache plutôt à une tentative de musèlement intellectuel, social et politique de la pensée de l’autre. C’est pourquoi je n’hésite pas à dire que cette attitude résonne en moi, trotskyste de toujours et militant laïque convaincu, comme un triste écho des procès staliniens que nous sommes nombreux à avoir subis, dans les années 30 comme beaucoup plus tard.

Patrick Loiseau

 

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6 Commentaires

  1. « Libre pensée » c’est un peu comme les « pays démocratiques » !!!!

  2. Dommage qu’un si long et intéressant plaidoyer se perde dans la répétition de l’adoration de 1789 et les suites…Loiseau n’a pas assez progressé dans la remise en cause de ce que défendent ses détracteurs qui glorifient les ignominies de 89…

  3. Des qu’un communiste emploie le mot « libre », on sait qu’il s’agit d’un gros mensonge ! Quand il l’associe au mot « pensée », on comprend qu’on a affaire au directeur de goulag !

  4. Malraux, 1948, postface des « conquérants »
    les techniques discursives du stalinisme, c’est d’abord de déshonorer l’adversaire, rendre impossible la discussion, attaquer surtout sur le plan moral, il faut que l’adversaire soit un scélérat.
    le son unique de cette propagande c’est l’indignation, la fin qui justifie les moyens…

    rien de nouveau à l’ouest

  5. Pour la libre pensée, c’est le catholique qui est l’ennemi, et ce depuis toujours.
    Maintenant, il faut y rajouter celui qui ne Revere pas l’islam.
    Et ça se dit libre, et penseur. Robot enchaîné, plutôt.

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