Les origines de la gauche politique israélienne

Yair Lapid à l’ONU

On se demande très souvent comment Israël qui se prétend être un État juif se permet une gauche politique qui le mène tout droit vers un État laïc pour tous ses composants à l’instar des États démocratiques occidentaux. Nous allons faire une petite revue pour comprendre comment les Juifs d’Israël ont échoué face à une impasse qui les scinde en deux moitiés bien distinctes :

Le Juif laïc (?) un oxymore et le Juif religieux-conservateur et parfois même non-pratiquant.

L’immigration juive en Israël/Palestine

Durant plus de deux mille ans, nonobstant les Juifs de la diaspora, une communauté juive demeure obstinément vissée au sol d’Israël. À cette communauté s’ajoute, au fil des ans, une immigration progressive d’origine juive.

Antérieure à l’Empire ottoman et même durant son ère, une population juive indigène s’accroche et se développe. Les concentrations de Juifs les plus accentuées se constatent dans les villes saintes de Jérusalem, Safed, Tibériade et Hébron. Néanmoins, la présence juive en Palestine, avant la création de l’État d’Israël, a fluctué dans le temps avec la formation et la disparition de différentes communautés. Quoi qu’il en soit, selon les rapports existants en 1880, avant le début de l’immigration, quelque 25 000 Juifs habitent en « Palestine » depuis plusieurs générations – ces Juifs étaient surtout orthodoxes.

L’intensification de l’immigration juive en Palestine concorde avec la fondation du mouvement sioniste moderne. Celui-ci naît en Europe au début du XIXe siècle. Quelques petits groupes de Juifs dispersés en Europe se rallient pour établir des implantations agricoles dans l’Israël historique en Palestine –pionniers généralement laïcs. Leur union devient officielle en 1897, débouchant sur la première conférence sioniste à Bâle, en Suisse.

Deux importantes premières vagues d’immigration juive ont donc lieu sous l’Empire ottoman. La première Alya de 1882 à 1903 ramène de 20 000 à 30 000 Russes qui fuient les pogroms en Russie tsariste. De 1903 à 1914, lors de la seconde Alya, de 35 000 à 40 000 autres Russes, majoritairement socialistes, s’établissent en Palestine. Ces nouveaux arrivants sont très actifs dans la construction de Tel-Aviv. Ils fondent également des kibboutzim (villages collectivistes).

Cette immigration est néanmoins marginale comparée à la population locale et aux autres destinations choisies par les migrants. À la veille de la Première Guerre mondiale, les 80 000 Juifs de Palestine ne constituent qu’un dixième de la population totale du pays. De plus, l’immigration juive sous l’Empire ottoman ne représente que 3 % de la migration transocéanique juive durant cette période. À titre de comparaison, sur les 2 367 000 Juifs qui quittent alors l’Europe, 2 022 000 d’entre eux s’établissent aux États-Unis.

Avec la Première Guerre mondiale et la famine qui s’ensuit, l’ensemble de la population de la Palestine diminue. La communauté juive ne compte plus que 60 000 membres. Les troisième et quatrième alyoth amenèrent respectivement 35 000 Juifs d’URSS, de Pologne et des pays Baltes entre les dates de 1919 à 1923, et 82 000 Juifs des Balkans et du Proche-Orient de 1924 à 1931. À la fin de 1931, 174 600 Juifs vivent en Palestine, soit 17 % de la population locale. Durant cette période, 15 % de la migration transocéanique juive s’oriente vers la Palestine ». –Extrait de mon étude : L’origine du peuple juif, hors du contexte biblique.

Une autre alya se développait en parallèle – celle des Juifs de l’Afrique du nord qui ne s’intensifia qu’après la déclaration de l’ONU de la création de l’État d’Israël en Palestine. Elle était et demeure majoritairement orthodoxe.

La gauche ne prit de l’ampleur qu’avec la chute du rideau de fer et l’imposante alya russe qui se prétendait juive. En fait, plusieurs d’entre eux n’étaient juifs que de noms, d’autres recherchaient à la loupe dans leur généalogie quelques traces d’ancêtres juifs afin de s’extraire de la Russie et d’obtenir l’autorisation d’émigrer en Israël. Beaucoup s’en étaient servis comme station intérimaire avant de fuir vers les USA ou autres démocraties.

« Entre 1989 et 2002, ce furent ainsi plus de 900 000 Russes qui immigrèrent en Israël à partir de l’Union des républiques socialistes soviétiques et agrandirent la Communauté russe d’Israël déjà forte d’environ 120 000 personnes. Ils forment aujourd’hui la première communauté juive du pays ». (Wikipédia)

Près de 35 % parmi les nouveaux immigrants avaient des épouses et des enfants non juifs. Ces derniers étaient éligibles pour la citoyenneté israélienne mais ne pouvaient se voir reconnaître une identité juive, ce qui est source de problèmes en Israël en matière de mariage, divorce et enterrement pour les personnes d’« héritage mixte ».

Selon Howard Sachar, l’intransigeance du rabbinat et des partis orthodoxes en la matière fut assouplie pour des raisons politiques sous l’influence du Likoud et Yitzhak Shamir. Le projet du Grand Israël et d’annexion des Territoires occupés nécessitait une immigration massive de manière à conserver une majorité juive importante en Israël.

Et c’est là où est le piège : naissance et expansion de la gauche israélienne !!!

À l’inverse de la communauté russe déjà établie et plus ancrée dans le judaïsme orthodoxe, les nouveaux immigrants russes étaient peu sensibles à la problématique religieuse. Ils ne se laissèrent pas « intimider » par les problèmes pratiques et les conversions se limitèrent à quelques centaines par an. Leur arrivée eut pour conséquence directe un accroissement de la tolérance envers les activités laïques. Elle permit l’ouverture de petits magasins le shabbat, un plus grand accès à l’alimentation non casher et la limitation au strict minimum requis par la Halakha des cérémonies religieuses de mariages ou d’enterrements.

Le cas identique a lieu en ces récents jours durant la guerre d’Ukraine :

Des Russes recherchent désespérément des origines juives pour émigrer en Israël

Depuis le début du conflit en Ukraine, avoir des origines juives est devenu un luxe pour les Russes souhaitant fuir leur pays et la mobilisation. Les demandes d’immigration, qui proviennent également d’Ukraine, se multiplient. Depuis le début de l’offensive russe en Ukraine lancée le 24 février, « 90 % de nos clients viennent pour trouver des preuves de leurs origines juives », révèle à l’AFP Tatiana Kalajnikova, qui travaille dans un centre de démarches administratives dans l’ouest de Moscou. « Ils veulent quitter la Russie en guerre pour Israël, où la guerre ne se termine jamais », lance-t-elle avec sarcasme, en référence au conflit israélo-palestinien.

*****

D’où la scission entre le Juif orthodoxe et le Juif (?) laïc qui insiste à vivre dans un État pas forcément juif. La tolérance est bien belle, mais elle devient suicidaire lorsqu’elle mène vers la disparition certaine de l’unique foyer juif sur cette planète.

Les récents votes ont démontré la maturité du peuple juif d’Israël et son besoin vital de s’accrocher à ses racines théologiques.

Netanyahu ne peut plus se permettre des zigzags entre la droite et la gauche qui lui promet d’être un véritable écueil pour les exigences/règles de l’orthodoxie en Israël.

Tiendra-t-il le coup ? Il le faut pour la pérennité de l’État juif d’Israël.

Thérèse Zrihen-Dvir

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5 Commentaires

  1. Etes vous êtes en train de confirmer que les israéliens ne sont pas plus malins que les français ?
    L’origine de la gauche, toujours mortifère, ne se situe t elle pas du côté des bolcheviques de 1917 ?

  2. Gauche israelienne ?
    Laissez – moi deviner car je connais la gauche mais pas la gauche israelienne: elle doit être en faveur de frontières béantes, adepte du multiculturalisme , antiraciste par démagogie , d’ une totale irrssponsabilité et haineuse de son pays , acharnée à la perte d’ Israel et surtout être la voix de son maître Soros
    Est – ce que je me trompe ?

  3. quand les séfarades d’afrique du nord sont arrivés ils n’ont pas oublié qui les avaient persécuté

  4. éternel problème, général : droit du sol, bien que les frontières changent, du sang, du père, de la mère, langue « maternelle », éducation, pays de vie, amour d’un pays (fantasmé?), tout cela est bien compliqué, et si les mariages s’en mèlent…des arguments pour les citoyens du monde, qui ne sont de nulle part, ce qui est évanescent, utopique, etc ; bon alors, quelle position ? je n’ai pas trouvé, bien que personnellement, ce soit plus simple, mais le quidam ?

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