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Les parents Perez, orphelins de leur enfant et interdits de haine : la double peine !

Combien de nuits sans sommeil ? Combien de soudaines bouffées d’angoisse en songeant, à la lumière d’un fait divers, à tout ce qui pourrait lui arriver sur le chemin de l’école ? Combien de petits et de gros bobos, de départs en trombe pour l’hôpital parce qu’il est tombé de vélo et qu’il faut s’assurer qu’il ne souffre pas d’un traumatisme crânien ? Et les mystérieux accès de fièvre, les genoux écorchés, les éruptions de boutons, tout ce qui – même anodin – fait suspecter le pire ?

Ces années-là comptent double pour les mères, comme les périodes de guerre pour les militaires de carrière.

Pour les pères aussi, sans doute, mais dans une moindre mesure.

Il faut vingt ans, peu ou prou, pour faire un homme de la petite créature chiffonnée, désarmée, fragile à l’extrême qui émerge un jour d’un ventre de femme. Vingt ans qui font blanchir les cheveux et se creuser les rides, vingt ans aussi, bien sûr, de petits bonheurs et de grandes joies…

Parlant d’un homme, j’entends naturellement un membre à part entière de notre commune humanité. Ai-je besoin de préciser que celle-ci se compose d’hommes et de femmes d’égale dignité ? Nous ne sommes pas ici dans la démagogie lexicale des politiciens prostitués qui arpentent le macadam électoral en hélant les Françaises et les Français, les citoyennes et les citoyens, les Mussipontaines et les Mussipontains : « Tu viens, chéri(e) ? Un petit bulletin à mon nom glissé dans le creux de mon urne et tu oublieras tous tes soucis ! Je te promets le septième ciel pour dimanche soir après 20 heures… »

Vingt ans au moins, donc, pour faire d’un nouveau-né un homme ou une femme digne de ce nom.

Mais pour ce qui était de leurs fils, les mères étaient confrontées, il n’y a pas si longtemps, à un déchirement particulier. Les guerres revenaient à intervalles réguliers, comme une plaie d’Égypte, une martingale de sang et de mort, un destin à la fois banal et tragique. Et cet homme qu’elles avaient élevé et construit au prix de tant d’efforts leur était arraché pour aller se battre – et souvent mourir – au service d’une Patrie que tous chérissaient encore.

Ces temps sont révolus. La conscription universelle et obligatoire a pris fin et les guerres traditionnelles ne sont plus qu’un lointain souvenir. Seuls partent encore se battre ceux qui ont choisi le métier des armes et qui vont parfois mourir dans un lointain pays d’Afrique, au service d’une cause qui n’est pas la nôtre et qui ne leur vaudra nulle reconnaissance de la part des autochtones qu’ils seront pourtant venus secourir.

À ces exceptions près, les mères et les pères pouvaient donc, depuis quelques décennies, espérer voir vivre et s’épanouir leurs enfants devenus adultes, les voir fonder à leur tour une famille et perpétuer ainsi le cycle de la vie.

Mais cela n’est plus tout à fait vrai.

Une barbarie nouvelle s’installe, jour après jour, dans nos rues et dans nos vies. Plus de guerres, plus d’uniformes, plus de soldats en armes clairement identifiés que l’on part combattre, front contre front, fusil contre fusil.

Mais des sauvages en hordes, en meutes, de plus en plus en plus nombreux, de plus en plus sanguinaires, de plus en plus triomphants. Ils viennent d’ailleurs, d’un autre monde, d’une autre civilisation. Ils nous sont étrangers absolument, définitivement, irrémédiablement.

Et ils veulent notre mort.

Ils veulent notre mort physique qu’ils nous infligent salement, à leur manière ignoble, sanglante, dégradante. Tous les prétextes sont bons, du mauvais regard à la cigarette refusée, du rappel à la civilité au refus de se laisser insulter. Notre simple présence, honnie, sur un territoire qu’ils ont désormais annexé justifie à leurs yeux notre élimination.

Ils veulent notre mort physique, en tant qu’individus, et ils veulent notre mort collective en tant que culture, que civilisation, que Nation à l’héritage historique grandiose. Rien n’est plus insupportable à la laideur que la beauté. L’intelligence, le raffinement, l’élévation de l’âme suscitent chez le médiocre et le sot une haine inextinguible.

Les barbares haïssent la civilisation qu’ils s’acharnent, sans trêve, à détruire.

Et ils sont en train d’y parvenir.

Les mères d’aujourd’hui ne craignent plus de voir leurs enfants partir à la guerre.

Elles tremblent dorénavant à l’idée de voir leur fille se promener seule, un soir d’été, dans les rues de la ville. Elles redoutent de voir leur fils prendre un train ou un autobus. Et une angoisse sourde les taraude s’il décide d’aller fêter son anniversaire dans une discothèque.

La France d’aujourd’hui est devenue cela, un champ de bataille où seuls nos ennemis sont armés, où hommes, femmes, enfants sont offerts en holocauste à l’Autre, divinité venue d’ailleurs, aux cent visages grimaçants, jamais rassasiée de sang et de mort.

Cet enfant devenu grand, ce petit morceau d’elle-même qu’elle a conduit à l’âge d’homme au prix de tant d’efforts, sa mère va venir le voir une dernière fois. Elle fera le chemin vers la morgue de l’hôpital, somnambule à jamais prisonnière de son cauchemar. Elle restera figée, incrédule, le cœur éteint et le regard vide, devant cette statue glacée au teint de cire qui ressemble tellement à son fils chéri mais qui ne peut pas être lui. Elle guettera un souffle, un frémissement, un miracle. Elle suppliera silencieusement un Dieu inventé pour l’occasion de toucher du doigt ce corps inerte, de lui redonner vie, de faire une exception, pour une fois, une seule…

Il n’y a pas de nom pour qui est orphelin de son enfant. Peut-être parce que cette douleur-là est indicible, innommable, au-delà de tout entendement humain.

Autrefois, au temps des guerres, il existait un dérivatif à cette souffrance, une manière de contre-feu qui permettait de survivre, de ne pas s’effondrer, de rester debout.

C’était la haine.

On savait qui était l’ennemi. On pouvait le nommer et le haïr. On pouvait le combattre et le tuer, sans crainte ni remords… Le jeune homme qui, comme mon grand-père, avait vu son frère aîné mourir au champ d’honneur, s’engageait avant l’âge pour aller le venger. Et les pères, comme les mères, entretenaient cette flamme salvatrice de la haine légitime.

Mais les parents d’aujourd’hui n’en ont plus le droit. Ils ne sont même plus autorisés à désigner l’ennemi, à nommer les assassins de leur fils.

Ces derniers jours, les parents du jeune Adrien, Monsieur et Madame Perez, reviennent souvent dans mes pensées, comme ne les ont jamais quittées ceux d’Ilan Halimi, des petites Laura et Mauranne et de tant d’autres de nos enfants assassinés par des tueurs venus d’ailleurs.

Et j’apprends ce matin qu’ils viennent de dénoncer une initiative de Génération Identitaire réclamant qu’une justice exemplaire soit rendue contre les meurtriers de leur fils :

https://www.francebleu.fr/infos/faits-divers-justice/meutre-d-adrien-perez-la-famille-denonce-la-recuperation-politique-de-generation-identitaire-1534013119

Ils verraient là, si l’on en croit leur avocat, Denis Dreyfus, une récupération politique et en seraient extrêmement choqués… Il ne faudrait pas, ajoute le baveux, que le beau visage d’Adrien devienne, pour certains, l’étendard de la haine…

S’agit-il d’une nouvelle mouture du fameux « Vous n’aurez pas ma haine » ?

Les malheureux parents ont-ils pris spontanément cette position ou bien leur a-t-elle été très fortement conseillée ?

Quoi qu’il en soit, ils n’ont décidément rien compris !

Ce ne sont pas les Identitaires qui ont provoqué la mort de leur fils. Ce sont ceux qui, depuis cinquante ans, ont laissé entrer en France, s’y installer et s’y reproduire les parents ou les grands-parents des Younes et des Yanis, des Rachid et des Mohamed, des Aboubakar et des Amedy.

Si ces Identitaires qu’ils condamnent avaient été au pouvoir depuis un demi-siècle, la France serait encore habitée par des Français et Adrien Perez serait encore en vie. Comment peuvent-ils ne pas se rendre à une telle évidence ?

Mais j’imagine ce qu’on leur a dit, ce que l’on nous serine depuis des années. La haine, nous explique-t-on, est un poison qui nous détruit de l’intérieur, qui nous consume lentement. Il faut la chasser de notre cœur, bannir de notre esprit toute idée de vengeance.

Encore un peu et on leur demandera de prendre position contre la peine de mort !

Encore un peu et on leur demandera d’accorder leur pardon aux assassins de leur fils ! On leur expliquera qu’ils trouveront là le repos de l’âme, l’apaisement du cœur, une douce consolation…

C’est un mensonge, Monsieur et Madame Perez, une anesthésie générale de tout un peuple pour qu’il ne bronche pas, pour qu’il se laisse conduire sans regimber à l’abattoir, pour qu’il consente à sa propre extermination.

La haine peut être un poison lorsqu’elle est sans cause, sans objet, lorsqu’elle est pathologique.

Mais elle est salutaire quand elle est justifiée, légitime, quand elle est l’auxiliaire indispensable de l’instinct de conservation.

La haine de notre ennemi, de celui qui veut notre mort ou celle de nos proches est à notre esprit ce que l’adrénaline est à notre organisme. Nous sommes des individus normaux, dotés d’empathie, forgés par des siècles de civilisation. Nous ne pouvons pas, nous ne savons pas tuer « à froid », à la différence de nos ennemis. Et c’est ainsi qu’ils nous abattent sans trop d’efforts, surpris que nous sommes et sidérés naturellement devant une violence qui nous est étrangère.

C’est pourquoi nous devons cultiver cette haine envers ceux qui ont juré notre perte et qui, jour après jour, assassinent, mutilent, violent ceux que nous aimons. Ne pas haïr les assassins de son enfant, c’est le tuer une seconde fois ! Il eût mieux valu ne pas le laisser naître…

Et maintenant ?

Cette mère, ce père, bien sûr, ne m’entendront pas… Qui suis-je, d’ailleurs, pour songer à leur prodiguer des conseils ?

Toute l’empathie, toute la compassion que j’éprouve à leur égard ne sauraient alléger d’un iota la souffrance qui désormais sera la leur.

Cette douleur, je le sais, ne les quittera plus jusqu’à leur dernier souffle. Elle sera un gouffre béant dans leur poitrine et chacun des jours du reste de leur vie aura un goût de cendre.

Et ils n’auront même pas le droit de haïr leurs bourreaux !

Et ils n’auront même pas le droit de les nommer !

Et ils n’auront même pas le droit de dénoncer leurs complices !

N’est-ce pas là comme une double peine pour des parents orphelins de leur enfant ?

Raphaël Delahaut