Les patriotismes locaux et le régionalisme sont deux forces pour la France, y compris dans la lutte contre l’islamisme

Cet article a été rédigé en réponse aux textes de monsieur Gérard Couvert contre le régionalisme breton, publiés en février et mars 2010 par Riposte Laïque. (1)
En Bretagne, le sentiment local est fort. Une majorité des habitants se considèrent bretons avant d’être français. En 2000, un sondage CSA a montré que les Bretons « se sentent d’abord appartenir » à la Bretagne à 42%, à la France à 26%, et à leur commune à 24%. (2)
En 2005, un sondage du Conseil Général du Finistère a montré que 73% des habitants de cette région « se sentent appartenir très fortement » à la Bretagne, quand seulement 58% « se sentent appartenir très fortement » à la France (2). Les Bretons sont donc en plus forte proportion attachés très fortement à la Bretagne qu’à la France. Cependant, nombreux sont les régionalistes bretons à ne pas remettre en cause leur nationalité française.
Enfin, la communauté bretonne à travers toute la France est très forte. Être breton, c’est appartenir à cette communauté. Nous étudions ensemble notre langue, et nous apprécions de nous retrouver entre Bretons même en dehors de la Bretagne.
Bien que je sois breton, je comprends parfaitement que cette réalité puisse troubler (voire choquer) les partisans d’une République une et indivisible. Je comprends aussi parfaitement les souhaits d’une France unie et solidaire dans le combat contre l’islamisme qui milite pour une scission communautariste au sein de notre pays.
Régionalismes et autonomismes ne sont pas – par nature – hostiles au patriotisme national
Pour autant, les articles de monsieur Gérard Couvert sont-ils dans cet esprit ?
M. Couvert considère que se sentir une appartenance régionale est anti-français. Il va même plus loin, puisqu’il considère apparemment que le peuple breton en particulier est un ennemi de la République laïque. (3)
Pour affirmer cela, il reprend les mensonges et raccourcis utilisés par trop de dirigeants français dans leur objectif de détruire la culture bretonne.
Les critiques qu’il utilise ne sont non seulement pas fondées (accuse-t-on tout patriote français d’avoir porté la francisque comme M. Couvert accuse tout patriote breton d’être raciste et complice de la collaboration sous l’occupation allemande ?), mais surtout contre-productives.
Pire, ces articles ne s’attaquent pas au mouvement indépendantiste. Ils s’attaquent aux personnes elles-mêmes, et à nos attachements et héritages culturels. En clair, ces textes cherchent à confirmer l’argument selon lequel être attaché à sa région signifierait être anti-français. M. Couvert s’attaque donc au régionalisme.
Le régionalisme est le fait d’être attaché à sa culture, à son histoire locale, à sa langue, et parfois à la religion de ses ancêtres. Le régionalisme n’est donc pas fondamentalement indépendantiste ou autonomiste. Il s’agit simplement d’aimer sa région et sa culture. Il ne faut donc pas mélanger régionalisme, autonomisme et indépendantisme.
L’indépendantisme est un sentiment de rejet de la France. L’autonomisme et le régionalisme, souvent liés, sont la volonté de rester en France tout en garantissant nos pouvoirs locaux et la protection de notre culture. L’indépendantisme est donc un nationalisme anti-français, quand l’autonomisme est un patriotisme breton qui ne rejette pas la France. Enfin le régionalisme n’est qu’un attachement culturel avec la volonté de ne pas être soumis à Paris.
Régionalismes, autonomismes et indépendantismes : d’où viennent-ils ?
Souvent, les régions possédant aujourd’hui de forts mouvements régionalistes ont nourri une rancœur née de la haine que la République Française leur vouait au cours des XIXème et XXème siècles (en particulier sous la IIIe République).
Dans nombre de pays, être attaché à sa région, son Land, voire parfois à son État, n’empêche en rien un dévouement à la nation ! C’est le cas de l’Écosse et du Pays de Galles au sein de la Grande-Bretagne. C’est aussi le cas dans les Länder Allemands, en Italie du Nord, ou encore pour de nombreux peuples en Espagne. Allons même plus loin, c’est le cas dans les États des États-Unis d’Amérique. Ainsi, les Texans se considèrent d’abord comme étant Texans. De cette réalité découle le fait qu’ils sont Américains (les Texans sont Américains car le Texas est au sein des États-Unis). Et pourtant, personne ne met en cause le patriotisme des Texans envers les États-Unis d’Amérique.
Dans ces nations, l’attachement local et national sont possibles de concert justement parce que le pouvoir national accepte l’autorité locale. Si l’autorité nationale s’attaque aux cultures, naturellement il y aura un repli identitaire local. A l’inverse, associez la culture locale avec le patriotisme national, et les deux travailleront de concert.
En France, cet attachement à la région pourrait se faire aussi dans l’attachement à la nation. Chez moi, mon drapeau breton est à côté de mon drapeau français. Comme de nombreux Bretons, en rien je ne renie la France lorsque j’affirme ma fierté d’être breton. Pour autant, la majorité des Bretons ne réclament pas l’indépendance. C’est la différence entre indépendantisme, autonomisme et régionalisme que nombre de Jacobins refusent de reconnaitre, croyant servir leur cause en cherchant à supprimer toute identité locale.
Ce patriotisme local est un plus pour la France. L’accepter – en particulier sachant qu’une majorité de Bretons se sentent appartenir plus fortement à la Bretagne qu’à la France – permet de mieux comprendre ces peuples locaux, mais aussi et surtout de s’assurer de leur soutien à la France.
Si vous dites à un Breton qu’il n’a plus le droit de se considérer breton, et qu’il a l’obligation de se considérer français, il se considérera breton. C’est le cas pour tout peuple local dans tout pays. En revanche, si la France laisse aux Bretons le droit de se sentir bretons, ils se sentiront d’autant plus attachés à la nation. Tolérer l’attachement aux origines locales ne s’oppose pas à l’attachement à la France. Au contraire, cela permet de renforcer l’attachement à notre pays, et lui permettrait enfin d’être en accord avec ses valeurs auto-proclamées d’humanisme et de protection des peuples.
La force du message régionaliste s’associe aux valeurs de tolérance et d’ouverture que refusent les islamistes. Le régionalisme est donc un allié naturel face à l’islam radical.
Dans notre combat commun contre l’islam radical, nous avons besoin de cet attachement au pays. Les Bretons en particulier sont attachés à leur culture, leur mode de vie et leurs pratiques. Imposez-leur une mosquée visible ou un minaret, la réaction sera immédiate. Les Bretons n’acceptent déjà que rarement une « architecture non-bretonne » moderne. Pensez-vous qu’ils pourraient accepter l’islam conquérant ?
Il est vrai que les Bretons ne sont pas aujourd’hui au premier plan dans le combat contre l’islam radical. La raison en est simple : les symboles de la conquête musulmane ne sont pas présents. Pas de prières publiques, très peu de mosquées (en dehors de Naoned [Nantes] et Roazhon [Rennes]) et pas de minarets. Cependant, il est certain que cela arrivera un jour, et qu’alors les Bretons refuseront cette invasion.
Pourquoi s’attaquer ouvertement au régionalisme ? Au-delà des Bretons, les habitants d’autres régions se considérant comme ayant une particularité locale se sentiront eux aussi agressés. Des attaques contre les peuples locaux sont contre-productives, car elles ne provoqueront que l’hostilité de populations qui devraient être des alliés naturels dans la lutte contre l’islam radical.
Le discours haineux de Gérard Couvert est donc parfaitement contre-productif. Dans le cas de la Bretagne, son discours risquerait d’avoir pour résultat qu’une grande majorité des 4,3 millions de Bretons vivant en France deviendraient hostiles au message de résistance envers l’islam radical.
La diversité culturelle originelle de la France (à travers ses multiples cultures régionales qui existaient avant que la France ne soit créée) est une force. Respecter ces particularités locales est donc un choix de bon sens. L’action de Riposte Laïque est fondamentale car elle rappelle les valeurs qui ont fondé notre pays. Ces valeurs de tolérance, d’humanisme et de laïcité sont celles de Riposte Laïque et des autres mouvements islamo-vigilants. Elles sont le cœur de notre combat. Nous nous opposons à l’islamisme parce que cet islam radical s’oppose à nos valeurs de cœur. L’islam radical est intolérant, xénophobe, refuse la liberté des individus et s’attaque à toute personne n’étant pas de confession musulmane.
Cette tolérance, nous devons l’appliquer aussi chez nous, pas uniquement en réaction à leurs pratiques.
Le respect des cultures locales renforcera le combat de Riposte Laïque
Les Corses, Basques, Alsaciens, Bretons, Savoyards et tous les autres peuples locaux sont français, tout en revendiquant un véritable patriotisme local. Respectons les valeurs qui font que nous sommes opposés à l’islamisme, et gagnons la confiance de ces peuples régionaux.
« Nous, Bretons de cœur, aimons notre vrai pays », dit le premier couplet de l’hymne national breton. Cela va en conjonction avec les valeurs de la France moderne. Battons-nous ensemble pour protéger ces valeurs. Si ceux qui défendent la tolérance et l’humanisme nient la réalité des peuples locaux, alors ceux qui souhaitent ne pas voir l’islam dominer en France risquent de se donner, envers ces peuples locaux, une image d’équivalent occidental de l’islamisme radical, et de perdre ainsi leur crédibilité.
Respectez les peuples locaux, nos langues, nos savoirs, nos coutumes et nos souhaits (parfois) d’autonomie. En retour, les peuples locaux seront du côté de la France. Nous ne sommes pas des communautés étrangères qui s’implantent en France en refusant de s’intégrer, comme tant de musulmans le font. Nous ne voulons pas du communautarisme. Nous voulons le respect de notre culture, de nos valeurs, de notre langue, de notre drapeau et de notre intégrité régionale. Nous sommes des citoyens français possédant leur culture régionale depuis des siècles. Respectez-nous.
Pierre Toullec
Président de l’Association des Amis du Parti Républicain (GOP France).
Président du Comité John McCain France (en 2008).
1) Le régionalisme Breton s’est toujours construit dans la haine de la République : https://ripostelaique.com/Le-regionalisme-breton-s-est.html
L’usage inconsidéré d’une autre langue que le Français marque une volonté de casser l’unité nationale :
https://ripostelaique.com/L-usage-inconsidere-d-une-autre.html
Le biniou, le joueur de fifre et l’empire :
https://ripostelaique.com/Le-biniou-le-joueur-de-fifre-et-l.html
2) http://fr.wikipedia.org/wiki/Nationalisme_breton#Sentiment_d.27appartenance
3) Voir son article « Le régionalisme breton s’est toujours construit dans la haine de la République » : https://ripostelaique.com/Le-regionalisme-breton-s-est.html

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