Les petites combines du marché aux pauvres, grâce auxquelles j’ai poireauté 17 minutes dans une file d’attente

Publié le 18 juillet 2013 - par - 4 165 vues
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J’avais un rendez-vous d’affaires dans le quartier Montparnasse. J’hésitais à déjeuner à la Closerie, ou rentrer et me faire une vraie « bouffe » avec produits naturels. J’optais pour la seconde solution. La chaleur m’importune en ville. Je me dirige donc vers un Monoprix pour acheter de quoi me distraire de manière solitaire aux fourneaux.

A la caisse, devant moi, une très jeune femme, rom, enceinte jusqu’au cou et derrière moi, son engrosseur qui poussait le premier rejeton. Les deux, s’interpellaient à haute voix, devant et derrière. J’ai du intervenir pour leur imposer silence. L’engrosseur quitta la file pour se placer, poussette et rejeton devant la caisse. La jeune femme qui avait acheté une quantité impressionnante de produits d’hygiène, savons et shampoings s’apprêtait à payer. Elle tira de la poche de sa veste pouilleuse quelques tickets restaurant en guise de titres de paiement. J’observais que les tickets restaurant comportaient le nom du groupe Bouygues. Comment étaient-ils parvenus à obtenir de tel titres de paiement ? La caissière fit remarquer que les articles achetés ne sont pas des denrées alimentaires. La jeune femme qui ne comprenait pas le français fit intervenir son engrosseur en série. La caissière lui déclare qu’il faut acheter une banane, ou une tomate pour justifier le paiement avec les tickets restaurant. L’engrosseur comprit et se précipita à aller chercher une banane. Une file impressionnante attendait, sans moufter évidemment. Des fois qu’on les traiterait de racistes. Je marquais mon impatience sur ces palabres autour du paiement. L’engrosseur, en terrain conquis, me lançait méchamment dans un français approximatif, le geste accompagnant son attitude baveuse de rage: « Madame, pas contente, allez autre caisse ! » A ce quoi enragée et à haute voix, je lui ordonnais de se taire et qu’il n’avait pas à me dicter ce que j’avais à faire. Devant mon attitude directive, il n’osa plus répliquer. La file, toujours silencieuse, d’apparence patiente. Ensuite, des tractations interminables, après la banane en question, sur des centimes qu’il devait compléter avec ses tickets Bouygues. Montre en main, 17 longues minutes se sont écoulées, avant que je puisse à mon tour payer. J’avais compris ce genre d’achat. Le samedi matin, au métro Barbès, une foule de roms viennent proposer des produits de toutes sortes à la vente adressée à plus pauvres qu’eux. Nous appelons çà le marché aux pauvres. Ils se fournissent au restaurant du coeur, dont ils stockent la marchandise, ou de cette façon décrite, dans les super marchés, pour ensuite revendre à des prix modestes. Ainsi, ils font un petit chiffre d’affaire qui les fait vivre, à côté de toutes les subventions qui leur sont accordées avec nos contributions sociales. Il n’y a pas de petits profits.

Quant à la file d’attente, elle était, selon moi, le reflet de la France assoupie. Je me demandais ce qui allait encore falloir comme humiliations, avant qu’ils rentrent enfin dans le tas des édiles qui nous gouvernent. En ce quoi, Alain de Benoist a raison dans son post d’hier sur BV. « On ne fait pas la révolution avec des gens bien élevés. » Qui seront donc les révolutionnaires ? S’ils existent ?

Sylvia Bourdon

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