Les prosternés de Washington prient pour les fossoyeurs de l'Histoire de France.

Dans le flot continu de l’information, il est des images qui, soudain, s’imposent comme dépassant les autres de toute leur force. On les regarde, on se voudrait incrédule, mais elles prennent, en quelques secondes, le pouvoir, accaparant l’alerte, remettant l’analyse du reste à plus tard. Ainsi la prière publique de quelques centaines de musulmans sur les pelouses faisant face au Capitole, à Washington, est-elle entrée, le 30 Août 2011, dans l’Histoire.
L’endroit en a vu, pourtant, de la crise de 29 à celle des subprimes en passant par la libération de la femme, la guerre du Vietnam, les droits des Noirs, l’engagement en Irak et cent causes plus défendables l’une que l’autre. Gazon des contestations, point G des plaisirs démocratiques, espace absolu de liberté, la perspective washingtonienne est le lieu où la pensée, le refus, la révolte et l’espérance ont élu domicile depuis que les États-Unis existent.
Cette fois, cependant, il s’est agi de bien autre chose. Les acteurs sont passés de la supplique plus ou moins ardente à l’affirmation tranquille, quasi-sereine, de leur volonté de dominer. Cette fois, ce ne sont pas des citoyens ruinés, des jeunes anxieux de partir à la guerre, des gens confinés dans la misère sociale, des défenseurs des canaris encagés ou des femmes exigeant l’égalité devant la vie, qui se sont réunis là. Mais des soldats au service d’une cause. Cette fois, il ne s’est pas agi de pousser les politiques à prendre en compte la réalité, mais d’exhiber la réalité elle-même, dans son besoin urgent de s’imposer, avec ses impatiences, sa trivialité, son insolence, derrière la mécanique implacable de sa stratégie.
Car il s’agit bien de cela. La fuite des pleutres Européens devant les exigences islamiques a encouragé les tacticiens de l’oumma à franchir l’Atlantique, pour s’en aller tester les capacités de réaction des grosses bêtes anglo-saxonnes. La pérenne lâcheté de nos gouvernants a persuadé les tenants de la charia qu’ils pouvaient se risquer outre-mer et c’est vrai, l’assoupissement des intéressés après le 11 Septembre, leur erreur monumentale de porter le fer là où personne n’a encore pu à ce jour triompher, ces fautes tactiques indifférentes aux hurlements des gens lucides, ont ouvert, au nom des approvisionnements en pétrole, la porte de nos pays au miel tueur de la prédication. On a négocié, par le verbe et par le feu, le prix du baril. Ça continue en Libye. Les créanciers réclament leur dû, essence contre minarets. Ils auraient tort de se gêner, les financiers ayant décidé que ces paramètres étaient égaux en droit, on les met sur la table et on commerce, dans les délicats apartés des conférences internationales.
Ainsi, le 30 Août 2011, dix ans après avoir lancé ses éclaireurs sur Manhattan, l’Islam des conquérants  a-t-il occupé une parcelle hautement symbolique du territoire américain. Et les Américains ont laissé faire. Imagine-t-on les Japonais venant là exhiber les photos de leur puissance navale par une belle journée d’été 1939? Eh bien, il s’est passé très exactement l’équivalent de ce défi, il y a moins d’une semaine, sous le regard blasé de la planète mondialisée. Coup gagnant à première vue. Avancée, certes non décisive mais sans réplique à l’heure qu’il est. Bravo les artistes! Je serais vous, je n’attendrais pas longtemps avant de porter le coup suivant.
Pour les démocraties du monde libre (j’emploie ce terme à dessein car, oublié depuis la chute du Mur, il réclame d’être sorti du tiroir et à nouveau brandi tel une bannière), ce serait en principe le moment de l’éveil collectif : mémoire et cultures réanimées, réflexes de défense aiguisés, volonté affichée de repousser la barbarie, les yeux grands ouverts sur sa volonté de puissance comme sur les armes dont elle se sert. Au lieu de cela, en France, des pédagogues qui prennent leur pantalon aux chevilles pour le salut aux morts, des collaborateurs zélés dont il est permis de supposer que certains sont financés par l’étranger, ont décidé que les écoliers de leur pays se dispenseraient désormais de connaître les hommes qui ont bâti leur histoire. Demain, nul doute qu’après Clovis, Henri IV, Louis XIV et Napoléon, ce sera au tour de Gambetta, de Clemenceau, de Jean Moulin et de de Gaulle de s’effacer des livres. Ça piaffe, pour la besogne, ciseaux et gommes, peinture noire et suaires pour fosses communes, tout est prêt. Y’a plus qu’à.
Face à la montée du péril, ces gens-là baissent la garde et nous entraînent dans leur propre chute. Faire de nos enfants des ombres asexuées, préparer la mortelle mélasse des peuples, voir surgir, la gueule grande ouverte sur l’imprécation, leurs complices nettoyeurs d’un passé vieux de deux millénaires, raser les nations, broyer les âmes et disperser les esprits, tel est le projet qu’ils se sont mis, nostalgiques des grands soirs, en tête. Et cette fois, le condamné, au lieu de se cabrer, tend le cou ; il en redemande, même. La masse en mains, il aide à la destruction de ses propres murailles, hilare et décomplexé, il exhorte la foule à le rejoindre. Plus les brèches seront larges, mieux il se sentira dans ses certitudes imbéciles, ses projets personnels et ses tactiques électorales.
Moi, j’aimerais connaître les noms de ces purgeurs pour écoliers décervelés. Après tout, ils sont les responsables conscients d’un fait historique désormais avéré : la négation d’une mémoire, semblable sur le fond à celle de quelques crimes de masse.  Gommer la France d’un simple texte signé par un ministre, l’affaire n’est tout de même pas ordinaire. C’est Bazaine capitulant dans Metz, Gamelin faisant retraite vers Paris, c’est Rethondes version 1940, c’est Jean de Luxembourg vendant Jeanne d’Arc aux Anglais pour quelques arpents de Bourgogne. Les héritiers de ces stratèges rattrapés par leurs erreurs existent, anonymes, au fond de leur trou idéologique. Malheureusement, nous ne saurons jamais qui ils sont et c’est bien dommage.  Ils ont dès maintenant leur place au Panthéon des désastres.
Écartés du débat, jugés par contumace, dépossédés et priés d’applaudir, nous crions alors le mot trahison, à l’image des soldats sommés de se rendre et que leurs chefs ont abandonnés à leur sort. L’analyse de Jacques Philarcheïn est à cet égard limpide. Aussi loin qu’elle s’exerce et cherche des motifs de se tromper, la raison bute sur l’évidence. Nous sommes au centre d’une crapulerie mafieuse financée par des bailleurs de fonds sans états d’âme, servie par des petites mains interchangeables et nourrie, tel un brasier, par des incendiaires qui ne se donnent même plus la peine de jouer les pompiers.
Aucun espoir là-dedans.
La question est donc, aujourd’hui : à Washington comme à Paris, à Québec ou à Camberra, allons-nous laisser les prosternés marcher vers le Palais et l’investir? Allons-nous leur donner les clefs d’un fantôme de pays où, personne ne sachant plus qui il sera, ils se verront accueillis comme des porteurs de vérité, des sauveurs de civilisations, des maîtres prenant enfin les choses en main? Irons-nous pour de bon au bout du cauchemar, comme les coccinelles de Washington, rompues depuis toujours aux discours publics cocasses ou poignants, virulents ou bonhommes et qui ont entendu,  dans une pénombre de corps pareillement forcés à la plicature, la voix impérieuse, totalitaire et sans la moindre grâce des écraseurs d’insectes?
Nous disons non à cette fatalité pour boutiquiers en faillite. Et, face à la subversion sans retour qu’ils encouragent, nous citons les fossoyeurs  de notre pays, anonymes ou non, au tribunal de l’Histoire.
Alain Dubos

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