Les querelles de palais au Maroc : De « L’Homme à l’ânesse » au prince Moulay Hicham

Publié le 1 mai 2014 - par - 1 888 vues

Le branle-bas de combat suscité au Maroc par le cousin du roi Mohamed VI, le prince de sang royal en exil, Moulay Hicham, que d’aucuns accusent de prétendre au pouvoir alaouite, a fait resurgir des ténèbres de l’oubli une figure de l’histoire damnée du Royaume, le rebelle dit « L’Homme à l’ânesse » (Bou H’mara, en arabe), qui a failli mettre fin au long règne de la dynastie alaouite et changer le destin du Maroc au début du 20e siècle, il y a 100 ans.

Formé dans les écoles de Fès, Alger et, semble-t-il, aussi à Paris, où il aurait obtenu le diplôme d’ingénieur topographe dans la prestigieuse École des ponts et chaussées, Bou H’mara, de son vrai nom Jilali Ben Driss Zerhouni, fut introduit au sérail et devint rapidement un homme puissant du pouvoir, le « Makhzen », sous le règne de Hassan 1er puis de son successeur, son fils Moulay Abdelaziz.

Il allait par la suite usurper l’identité du frère du Sultan, Moulay M’hammed, mystérieusement disparu après l’accession au trône de Moulay Abdelaziz, pour appeler à la guerre sainte contre le pouvoir alaouite en s’appuyant sur les tribus berbères de l’Oriental marocain. L’insurrection débutera en novembre 1902 et se poursuivra durant sept ans. Bou H’mara – ainsi appelé du fait qu’il préférait monter à dos d’âne pour montrer son appartenance au peuple – devenu le Sultan Moulay M’Hammed, allait très vite établir son pouvoir sur une grande partie du Nord-Est du Maroc, de Fès jusqu’à la frontière avec l’Algérie, alors colonie française. Au début du mois d’août 1909, abandonné et pourchassé par plusieurs de ses tribus alliées pour avoir vendu la terre marocaine aux étrangers, il va, avec le reste de ses fidèles, marcher sur Fès et parvenir jusqu’aux abords de la ville. Il mena triomphalement des batailles contre l’armée du Sultan Moulay Abdelhafid – qui venait de renverser son frère Moulay Abdelaziz, un an plus tôt – et s’apprêtait à investir la capitale quand il fut neutralisé par l’armée française accourue au secours du souverain défaillant.

La rébellion fut matée. « L’Homme à l’ânesse » sera capturé le 22 août avec 400 survivants de ses soldats. Enchaîné aux pieds et enfermé dans une étroite cage juchée sur un dromadaire, le « Prétendant », tel qu’il était appelé dans les rapports de presse de l’époque, fut emmené à Fès et exposé plusieurs jours durant au public alors que ses partisans prisonniers devaient subir le plus cruel des châtiments : l’amputation croisée d’une main et d’un pied. Les moignons sanglants étaient aussitôt trempés dans un chaudron avec de la poix bouillante. Telles étaient les instructions du Sultan vainqueur. Les châtiments avaient lieu chaque jour en présence d’une foule en liesse et de plus en plus nombreuse.

Les historiens rapportent qu’au dernier jour, le Sultan voulant réserver à son malheureux rival une fin des plus atroces pour savourer une vengeance implacable, le fit introduire dans la cage d’un lion pour que rien ne pût subsister du misérable rebelle. Mais le fauve frôla à peine le prisonnier et s’en éloigna. Irrité, le Sultan ordonna alors que le prisonnier fut achevé par balles. Ce qui fut fait sur le champ. Bou H’mara eut la tête éclatée. Son corps fut ensuite arrosé d’essence et brûlé.

Trois ans plus tard, le sultan vainqueur signait le traité du Protectorat avec la France. Personne n’en fut surpris. Moulay Abdelhafid portait un nom qui résonnait comme une prémonition. C’est littéralement « l’Esclave du Protecteur ».

Un détail important : La révolte de « L’Homme à l’ânesse », dont la grande majorité des Marocains n’ont jamais entendu parler, eut lieu mille ans après celle d’un grand galvaniseur des peuples qui s’était soulevé contre la dynastie fatimide (qui régna en Afrique du Nord-Est du début du 10e siècle à la fin du 12e). Il s’agit de Abou Yazid, plus connu sous le nom de « L’Homme à l’âne » (Abou L’Himar). Il avait également pour monture un baudet gris.

Mais, tout cela est de l’histoire. Quelque chose qui ne se répètera plus jamais. A l’ère des Ferrari, des Cadillac et autres Lamborghini, il est plutôt difficile de faire une insurrection à dos d’âne. L’ancien président égyptien Morsi le sait très bien. Il paraît qu’il lui avait été prédit qu’il serait un jour chef d’Etat alors qu’il avait été vu monté sur une bourrique. Cela ne lui a pas porté chance.

Moulay Hicham, le trouble-fête actuel de la dynastie alaouite, n’a rien à voir avec l’espèce équidée. On le surnomme juste le « Prince Iznogoud ».

Messin’Issa

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