Les questions posées aux laïques par le conflit de la mosquée de Drancy

Le conflit à la Mosquée de Drancy pose toutes sortes de problèmes.
A un premier niveau, nous avons le fait que le Maire de cette ancienne municipalité longtemps dirigée par le PCF a voulu largement mettre la main à la poche des finances communales, pour que les habitants se considérant musulmans puissent avoir un lieu de culte de qualité dont ils ne disposaient pas et qu’ils n’avaient pas l’argent de s’offrir.
Le maire de Drancy a, en conséquence, mis en chanson une petite musique du Président de la République reprenant celle de Chevènement, concernant les droits de l’islam en France. On sait que Nicolas Sarkozy a fait sien le discours du CFCM, même après s’être fait siffler lors d’un rassemblement annuel de l’UOIF (parce qu’il soutenait qu’une femme doit poser tête nue pour les photos d’identité), selon qui nous assisterions, en France, à l’émergence d’un phénomène quasi miraculeux : l’Islam de France ou Islam français.
Comme aurait dit Louis Althusser, parlant du marxisme de Marx d’après le manifeste du parti communiste, par rapport au marxisme du jeune Marx sortant de l’hégélianisme de gauche, nous assisterions à une rupture épistémologique au sein de l’islam, avec « l’islam de France ». L’islam en France aurait engagé de lui-même un mouvement de reconnaissance de la Laïcité, comme le fit malgré elle l’église catholique après qu’elle ait perdu la bataille provoquée par la loi de 1905.
L’Islam français serait un islam qualitativement différent de l’islam du djihad armé ; il serait différent de cet islam qui se « défend à la pointe de l’épée », que scandaient les pogromistes du mufti Husseini, ces hommes déchainés par le fanatisme et la haine pathologique, ces « croyants », qui exécutaient, d’une manière si sauvage, les internés du camp de concentration et d’extermination qu’ils avaient ouvert en Yougoslavie, pour faire la chasse aux Juifs et aux partisans titistes. L’inspecteur allemand, qui en avait vu et avait sur les mains le sang de milliers de Juifs qu’il avait fait fusiller sommairement, ne cachera pas la nausée qu’il en avait conçue, quand il fit son rapport écrit à Himmler.
Nous avons un premier niveau de questionnement : le non respect de la loi de 1905, quand on lui fait dire ce qu’elle ne dit pas. Résultat : des règlements de comptes hebdomadaires, initiés par le collectif Cheikh Yassine. Le Maire Lagarde se retrouve dans la situation de l’arroseur arrosé.

Malgré ses illusions et en dépit de ses efforts, qui lui ont fait prendre le risque de faire dire à la loi constitutive de la Laïcité en France ce qu’elle ne disait pas, le Maire de Drancy se retrouve à Drancy, la mosquée devenue OK corral sur les bras.
Il n’a jusqu’à présent pas reçu beaucoup d’appui du côté du CFCM. Ce dernier en a pourtant pissé et fait pisser des copies, même dans de respectables journaux de référence. Ses membres en ont prononcé des discours, quant à l’apparition définitive et au développement irréversible de cet islam miraculeux : un islam tout de fait de dialogue et de coexistence, un islam soucieux de son voisinage croyants d’autres religions ou irréligieux. Mais là, à Drancy, il n’y en a plus de CFCM.
Le Maire de Drancy ne dispose pas non plus de beaucoup de soutien du côté du préfet de la Seine Saint Denis. C’est pourtant un bénéficiaire de la volonté présidentielle de répondre aux appels à la mise en œuvre de la « diversité », dans toutes les structures de la société, et même dans les sommets de son armature étatique. L’Imam Chalghoumi, objet d’un lynchage moral hebdomadaire, le qualifiant « d’imam des Juifs », de « créatures du CRIF et du lobby sioniste », l’imam de la mosquée de Drancy ne voit pas bien en quoi il existe encore un état dans ce pays.

Les manifestations hebdomadaires du ci-devant collectif, se réclamant d’un homme qui n’était pas en guerre seulement contre les « yahoud » d’Israël (1), posent un autre problème qui ne regarde pas que les personnes fréquentant la mosquée financée par les impôts de la population de Drancy.
Il y a l’illustration de l’échec patent de l’illusion partagée par Nicolas Sarkozy, Chevènement et le Maire de Drancy. Il y a, d’une part l’échec d’une mise en conformité de l’islam en France avec les contraintes de l’histoire et des lois de la République.
Alain Rubin
(1) La charte du Hamas ne définit pas cette organisation comme un mouvement politique, religieux et nationaliste palestinien. Elle le définit comme une internationale du djihad, dont l’objectif est la destruction des systèmes étatiques non conformes à la charia, est la destruction de fond en comble tous les systèmes politiques, dans tous les pays. Le collectif Cheikh Yassine est donc un groupe musclé, un groupe politique à présentation religieuse, dont les objectifs ne sont qu’accessoirement connectés sur des questions « internes » des musulmans en France, à Drancy en particulier. En d’autres termes, son action « interne » concerne directement tous les français dont le système politique n’est pas considéré légitime par ce groupe politico religieux, section d’une internationale du djihad. En s’intitulant collectif Cheikh Yassine, le collectif de vengeurs anti Chalghoumi s’affirme aussi comme un groupe de choc contre ce qu’il existe encore de démocratie politique dans ce pays. En choisissant ce symbole, il déclare la guerre à tous ceux des citoyens français qui ne veulent pas entrer dans la « Oumma » en devenant des « j’accepte ».

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