Les raisons économiques du conflit russo-ukrainien

PoutineLe conflit russo-ukrainien a permis à certains écrivaillons et autres « spécialistes » de la Russie de pondre beaucoup de phrases pour ne rien expliquer ou plutôt pour éviter que leurs lecteurs ne comprennent les vrais enjeux de cette crise afin de servir leur idéologie. Notre propos sera diamétralement opposé, nous allons tenter dans les limites de cette chronique d’expliquer les ressorts de cette crise. Elle ne pourra pas développer toutes les facettes de ce conflit car s’entremêlent des enjeux financiers obscurs, des enjeux commerciaux, économiques et géopolitiques complexes.

A°) L’action de la Russie :

La crise russo-ukrainienne a débuté en novembre 2013 lorsque les Ukrainiens n’ont pas accepté que leur gouvernement annule sa décision initiale de conclure un accord d’association avec l’Union européenne. Les manifestations ont amené le 22 février 2014 à la fuite et à la destitution du président pro-russe Viktor Ianoukovytch auquel a succédé Oleksandr Tourtchynov avec un gouvernement dirigé par Arseni Iatseniouk. Ils ont voulu appliquer une politique plus indépendante vis à vis de la Russie. La réaction russe fut l’occupation militaire de la Crimée qui proclama son rattachement à la Russie par referendum, aussitôt reconnu par la Russie. Cette annexion par la force armée d’un territoire appartenant à un État dont les frontières sont reconnus internationalement a été justifiée par les russes par le fait que la Crimée a été russe et qu’elle doit le redevenir. Moscou justifie son agression au prétexte que la Crimée a été russe et que Khrouchtchev l’a donnée aux Ukrainiens. Justification que les idiots ultra nationalistes accréditent sans broncher. Pourquoi Monsieur Poutine ne demande-t-il pas que la Crimée revienne aux légitimes habitants de la Crimée, les Tatars, qui ont été déportés par Staline ? Dans l’Est de l’Ukraine, des séparatistes russes puissamment armés sont apparus et se sont soulevés en réclamant leur rattachement à la Russie. Il s’en est suivi une guerre entre Ukrainiens et séparatistes russes armés par la Russie. Cela c’est la version basique, en fait le conflit russo-ukrainien est né il y a plusieurs années et il s’articule principalement autour du gaz naturel avec deux acteurs principaux : Gazprom le fournisseur de gaz russe (première entreprise russe et la 3e au monde par sa capitalisation boursière) et Naftogaz le fournisseur de gaz ukrainien.

B°) Les conflits gaziers russo-ukrainiens :

Les tensions naissent dès 2005, quelques semaines après le début de la Révolution orange. Gazprom refusa d’alimenter les gazoducs ukrainiens à la suite d’un désaccord sur le prix de transit par les gazoducs ukrainiens. Le conflit se résorba en 2006 à la suite d’une entente préliminaire entre la Russie et l’Ukraine. En octobre 2007, Gazprom menaça de suspendre son alimentation en gaz de l’Ukraine en raison du non-paiement d’une dette de 1,3 milliard $ que lui devrait Naftogaz. Quelques mois plus tard, en 2008, les relations entre Gazprom et Naftogaz se tendent de nouveau, toujours au sujet de la dette due par Naftogaz. En réalité, Naftogaz n’avait pas de contrats de fourniture avec Gazprom, mais avec RosUkrEnergo [1] (société de droit suisse), lié à Gazprom pour 50%. Naftogaz a reconnu l’existence d’une dette envers RosUkrEnergo, d’un montant de 1,267 milliards $ et a procédé à des paiements successifs totalisant fin décembre 2008 1,5 milliard $ pour solde de tout compte. Naftogaz a été retardée en raison de difficultés à recouvrer les créances de ses propres consommateurs fragilisés par la crise économique et parce que l’effondrement de la hryvnia (monnaie ukrainienne) par rapport au dollar rendait le remboursement de cette dette (en $) beaucoup plus cher. En outre, RosUkrEnergo avait insisté pour le paiement à l’avance du gaz stocké en Ukraine et non encore transmis à Naftogaz, ce qui impliquait des moyens de paiements supplémentaires pour du gaz qui n’avait pas encore été distribué. Selon les calculs de Gazprom, Naftogaz devait payer à RosUkrEnergo 450 ou 614 millions $ correspondant à des pénalités de retard. Le conflit s’amplifie en janvier 2009 entre Gazprom et Naftogaz sur plusieurs éléments : le prix du gaz naturel, le volume de gaz à faire transiter par l’Ukraine et le remboursement de la dette de Naftogaz. Les Russes ne voulurent pas attendre l’arbitrage de la cours de Stockholm, ils arrêtèrent leurs livraisons gazières à l’Ukraine à partir du 1er janvier 2009, puis la rupture complète des approvisionnements gaziers russes à travers l’Ukraine vers l’Union européenne (du 7 au 20 janvier 2009). Les Russes accusèrent l’Ukraine de voler du gaz pendant cette période, accusation dénuée de fondement après analyse.

B°) La situation de l’Ukraine :

Déjà fortement endettée, l’économie ukrainienne subit la crise économique internationale que le monde connaît depuis 2007. L’économie ukrainienne s’est détériorée. En 2009, l’économie ukrainienne était en récession de 15%, elle s’est relevée en 2010 avec une croissance de 3,5%. Celle-ci s’est brutalement interrompue en 2012 et l’Ukraine est entrée en récession en 2013. L’Ukraine a parié sur l’euro de football 2012 et a engagé des investissements importants qui ont accru sa dette. La balance des paiements et la balance commerciale connaissent des déficits de plus en plus importants. Les caisses de l’État sont vides. Cette situation, la Russie en a une part de responsabilité, l’intransigeance qu’elle a montrée envers l’Ukraine lors des crises gazières est la preuve que la Russie ne veut pas que l’Ukraine redresse son économie et ses finances. L’Ukraine n’est pas auto-suffisante en gaz, elle doit en acheter aux Russes et chaque année, des tractations difficiles se déroulent entre les deux partenaires. Le gaz distribué internationalement par la Russie passe, en grande partie, par les gazoducs ukrainiens, 80% du gaz destiné à l’Union européenne passe par l’Ukraine qui fait, naturellement, payer ce transit. Mais ce n’est pas l’Ukraine qui contrôle ces exportations de gaz, car Gazprom a le monopole de l’exportation du gaz en dehors de l’Ukraine ! Sur les tarifs, le conflit est évident, les Russes veulent payer ce transit le moins cher possible, mais le coût du transit est à la charge des Ukrainiens qui veulent que les Russes paient un prix leur permettant de faire un profit. D’où des tractations conclues en 2009, en échange d’un prix avantageux du gaz pour les Ukrainiens ceux-ci devaient diminuer le coût du transit. Mais le prix du gaz vendu à l’Ukraine devait progressivement atteindre le niveau du prix du gaz à la frontière allemande. Ce qui fait que Gazprom vend à l’Ukraine du gaz à des prix les plus élevés d’Europe, ce qui handicape son industrie et oblige l’État ukrainien à s’endetter afin de pouvoir payer les factures russes. Sur ce dossier, la Russie fait du chantage à l’Ukraine, elle admettrait de baisser ses tarifs à conditions que l’Ukraine privatise son réseau gazier au profit de Gazprom ! Moscou pousse l’Ukraine à adhérer à l’Union douanière Russie-Biélorussie-Kazakhstan toujours dans l’objectif de contrôler le coût du transit du gaz ; c’est pour cela que la Russie n’a pas accepté que l’Ukraine entame des négociations avec l’Union européenne. L’intransigeance de la Russie a poussé plus vite Kiev, qui redoute ses velléités hégémoniques, vers l’Union Européenne.

B°) L’objectif des Russes.

Le conflit actuel n’est que le prolongement des conflits gaziers. Pourquoi s’emparer d’une partie de l’Ukraine et pas d’une partie de la Biélorussie ? Comme cela est souvent le cas, les justifications publiques d’agression cachent des intérêts autrement plus substantiels. Que Naftogaz ait des dettes à régler envers Gazprom soit, est-ce une raison pour que la Russie annexe la Crimée par la force armée, au mépris des lois internationales ? Évidemment non, pourquoi des séparatistes russes apparaissent –ils oudainement bien armés à l’Est de l’Ukraine et pas ailleurs ? Qu’est-ce qui peut intéresser Monsieur Poutine en Crimée et dans l’Est de l’Ukraine ? La réponse se trouve dans la carte que nous joignons des ressources énergétiques de l’Ukraine. Où se trouvent-elles ? Et bien, en Crimée et dans l’Est de l’Ukraine, comme par hasard. Il existe trois gisements gaziers en Crimée et les Chinois doivent y construire une usine de vapeur gaz. L’Est de l’Ukraine recèle huit gisements gaziers, quatre gisements pétroliers et trois mines de charbon. Le centre de l’Ukraine est vide de richesses énergétiques, seul l’extrême Ouest possède quelques gisements gaziers, un gisement pétrolier et une mine de charbon. Bref les richesses ukrainiennes se trouvent dans les régions que la Russie veut accaparer. C’est aussi simple que cela. La population russe et les justifications pseudo-historiques ont bon dos. Les conflits gaziers avaient déjà montré par la mise en accusation systématique par les Russes de l’Ukraine d’être un mauvais payeur, d’être un partenaire non fiable qui vole du gaz et bloque le transit, que les Russes avaient une stratégie délibérée de décrédibiliser l’Ukraine comme pays de transit aux yeux de l’Union Européenne, ainsi que les dirigeants ukrainiens qui ont participé à la « Révolution orange ». Nous avons vu que la Russie avait tenté le chantage pour que l’Ukraine lui cède son industrie gazière, puisqu’ils n’y réussissent pas, ils utilisent d’autres méthodes, la guerre étant selon Clausewitz la continuation de la politique par d’autres moyens. C’est purement et simplement vouloir détruire l’Ukraine. Les vrais motifs de l’agression russe n’ont qu’un objectif principal : le gaz ukrainien. Pourquoi ?

C°) La situation de la Russie :

La Russie est, avant tout, une puissance gazière et pétrolière. Le pétrole et le gaz sont les deux premières sources d’énergie consommées dans le monde. La Russie est le deuxième producteur de gaz derrière les États-Unis et le premier exportateur devant la Norvège et le Qatar. Le pays détient les réserves les plus importantes de gaz, soit 24%, contre 16% pour l’Iran et 14% pour le Qatar. Depuis 2012, la Russie est devenue le premier producteur de pétrole et le deuxième exportateur. La Russie a lancé l’exploitation de trois gisements pétroliers, y compris en Sibérie orientale et sur le champ de Prirazlomnoe qui constitue le premier du plateau arctique russe. Les gisements de Trebs et Titov dans le bassin de Timan-Pechora sur le littoral arctique ont été mis en service et la production pétrolière en Sibérie orientale a sensiblement augmenté notamment à Vankor.

Le problème est que la crise économique survenue en 2007 a provoqué une récession économique dont une des conséquences est d’avoir fait chuter la demande de pétrole et de gaz. En fait, l’augmentation de la production gazière et pétrolière n’est d’aucune utilité pour la Russie qui voit sa croissance s’effondrer : + 8,5% en 2007, + 5,2% en 2008, – 7,8% en 2009, + 4,3% en 2011, + 3,5% en 2012, + 1,3% en 2013[2], en 2014 le P.I.B. connaîtrait un recul de 0,5%, et en 2015 et dans les années à venir, la croissance du PIB devrait se situer aux alentours de 1,5-2%. Nous sommes loin des 10% de croissance de l’année 2000. Le géant gazier russe Gazprom a vu sa production s’affaisser à 478,8 milliards de mètres cubes en 2012, bien en-dessous des 513,1 milliards de mètres cubes de 2011.

Confronté à une baisse de la demande de la plupart de ses clients européens, touchés par la crise économique, Gazprom subit également le contrecoup de la décision de l’Union européenne de diversifier ses sources d’approvisionnement de gaz afin d’être moins dépendante de la Russie. 80% du gaz russe destiné à l’Europe passe par l’Ukraine, qui contrôle l’Ukraine contrôle en partie l’économie européenne. Monsieur Poutine pensait être en position de force par rapport aux Européens : Les États baltes et la Finlande sont dépendants à 100 % du gaz russe, la Bulgarie à 90 %, la Grèce à 81 %, la Hongrie à 65 %, l’Autriche à 55 %, l’Allemagne à 43% et la France à 15 %. 25% de la consommation de gaz naturel de l’Union européenne provient de la Russie. Que Moscou ferme le robinet du gaz et ce sont des milliers de travailleurs en chômage technique, comme cela s’est passé en 2009. Il n’est pas surprenant que l’Europe veuille diversifier son approvisionnement en gaz, ce qui irrite Monsieur Poutine qui n’a pas compris que qui paie commande, sans les clients européens, la Russie verrait ses caisses se vider à grande vitesse et c’est ce qui est en train de se passer. La rupture des livraisons de gaz en plein hiver 2009 a été une erreur de Monsieur Poutine. Il a placé les Européens dans l’obligation de réduire rapidement leur dépendance énergétique envers la Russie.

La récession économique n’est pas la seule ombre au tableau pour la Russie. L’exploitation du gaz de schiste a déjà bouleversé le marché gazier. Le gaz de schiste a permis aux États-Unis d’augmenter de 19% sa production ces cinq dernières années, et de plus de 50% ses réserves prouvées sur 10 ans. Les États-Unis qui étaient traditionnellement importateurs de gaz sont devenus les premiers producteurs de gaz, ils sont auto-suffisants et en 2015, le pays devrait commencer à exporter du gaz. Et nous n’en sommes qu’aux balbutiements de cette technique qui devrait représenter 50% de la production gazière en 2035 selon l’E.I.A.

Nous assistons aussi au développement du gaz naturel liquéfié (G.N.L.) qui facilite les échanges internationaux indépendamment des réseaux de gazoducs existants. Le G.N.L., que sa forme liquide rend transportable par bateau, a ainsi permis au Qatar, troisième réserve mondiale, de développer extrêmement rapidement son industrie gazière. Sa production a été multipliée par cinq entre 2000 et 2010 et le Qatar est devenu le 3e exportateur mondial, avec 94,9 milliards de m3 mis sur le marché international en 2010, essentiellement à destination de l’Asie et de l’Europe. 80% des exportations du pays sont réalisées sous forme de GNL. Au niveau mondial, celui-ci concerne déjà 30% des échanges internationaux.

La conséquence de ces bouleversements dans la production gazière et la récession économique ont pour résultat que la production est devenue supérieure à la consommation depuis plusieurs années. Les nouvelles filières de production et de distribution contribuent à cet excédent qui pèse naturellement sur les prix. Est apparue une dé-corrélation entre les cours du gaz et ceux du pétrole qui traditionnellement étaient liés. En juillet 2008, le cours du gaz a atteint 13,50$. Entre début 2010 et fin 2011, les cours du gaz naturel à New York ont chuté pour passer de près de 8 $ à 3 $ ; sur la même période, ceux du pétrole progressaient de plus de 20%. La crise ukrainienne a fait flamber le cours du gaz jusqu’à 6,20$ le 20 février 2014 pour, immédiatement après, connaître une chute vertigineuse. Aujourd’hui il tourne autour de 3,75$.

Tout ceci a de quoi donner des sueurs froides à Monsieur Poutine, qui pensait que l’Union européenne était prisonnière du gaz russe et que les cours du gaz continueraient à augmenter, est dépité. Puisque le gaz n’augmente plus, il faut en trouver plus pour maintenir ses revenus. Il n’est pas étonnant de voir la Russie tenter de trouver d’autres gisements pétroliers et gaziers au risque d’affrontement avec ses voisins comme les États-Unis, le Canada, le Danemark et la Norvège. La Russie a demandé l’élargissement au-delà des 200 milles marins de son plateau continental arctique dans le cadre de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer afin de pouvoir augmenter sa production pétrolière ainsi qu’en extrême Orient, pour étendre le territoire russe sur le plateau continental dans le nord et l’est de la mer Okhotsk (située entre la péninsule du Kamtchaka et les îles des Kouriles). Bref, la Russie s’apprête à intégrer 52.000 kilomètres carrés de territoire supplémentaire.

La Russie traverse une grave crise : réduction de sa croissance, fuite des capitaux, crise sociale, investissements insuffisants, corruption généralisée, etc.

Pour appuyer ses revendications, Monsieur Poutine n’hésite pas à multiplier les démonstrations de force. En mars 2014, Moscou n’a pas écarté la possibilité d’augmenter ses capacités de dissuasion nucléaire et conventionnelle en Extrême-Orient. Toujours en mars 2014, dans le cadre d’un exercice militaire de grande ampleur, la 98e division de la Garde s’est déployée sur l’île de Kotelny qui fait partie de l’archipel de Nouvelle-Sibérie situé dans l’océan Arctique. Durant cet exercice, 350 parachutistes ont été largués sur l’île pour simuler une attaque sur l’aérodrome de Temp, une base militaire datant de la guerre froide et qui, après 27 ans d’inactivité, a été rouverte en octobre 2013. Au total, près de 3.500 parachutistes ont été largués dans la région en quelques jours. Début avril 2014, Moscou a annoncé avoir réalisé le premier parachutage militaire sur de la banquise dérivante dans l’océan glacial Arctique, non loin du Pôle nord. Une cinquantaine d’hommes et du matériel ont ainsi été largués près de la station polaire dérivante russe Barnéo.

La crise ukrainienne loin d’être une démonstration de force de la Russie est une preuve de sa faiblesse. La situation économique ne cesse de se dégrader et la crise ukrainienne va l’accélérer, Moscou pense y remédier en s’appropriant tous les gisements pétroliers et gaziers à sa portée en Arctique, en Extrême-Orient et en Ukraine. Poutine en bon fonctionnaire formé par le KGB n’a pas compris que les anciennes locomotives de croissance de l’économie russe, datant de l’époque soviétique, ne fonctionnent plus, il aura beau augmenter sa production gazière et pétrolière ce n’est pas pour cela qu’il en vendra plus. Il est coincé entre la crise économique qui sévit en Russie et par les exigences de ses oligarques qui n’entendent pas continuer à perdre de l’argent. Poutine n’a pas compris que la solution passe par ce que font les autres pays : par la création de nouveaux segments de croissance, par la création de conditions favorables pour les entreprises, par le développement des hautes technologies. Poutine s’est trompé de siècle, la conquête de territoires étrangers par la guerre afin de s’approprier de nouvelles richesses énergétiques n’est plus une solution. Par sa structure mentale de « kgbiste », il prend la responsabilité d’engager le monde dans une nouvelle déstabilisation qui peut dégénérer en une nouvelle guerre mondiale.

Louis Chagnon

[1] RosUkrEnergo jouait les intermédiaires entre l’Asie centrale, la Russie et l’Ukraine au profit d’affairistes russes et ukrainiens.

[2] Banque mondiale.

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