Les religions contre la femme

Publié le 23 mars 2013 - par - 2 065 vues
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A l’origine, il y a la Bible qui attribue à la femme le premier péché: voilà qui rend suspectes toutes les filles d’Eve et les voue dès leur naissance à la flétrissure. Ainsi, après la mise au monde d’un garçon, « l’impureté de la mère dure sept jours; quatorze pour une fille. Sa purification exige trente-trois jours pour un mâle, mais pour une fille soixante-six » (Lévit. 12,2 sv). D’ordinaire, les filles comptent si peu qu’on ne les mentionne pas dans une descendance.

Les fondements de la misogynie

Plus tard, le fiancé achète l’élue à son père: « il lui passe au nez un anneau et l’emmène » (Gen. 24-34). Elle est dès lors sa propriété: « Tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son esclave, ni son bœuf, ni son âne, ni rien qui lui appartienne » (Ex. 20,17 – Deut. 5,21). Aliénant jusqu’à son esprit, elle dit à l’époux: « Ton peuple sera mon peuple et ton Dieu sera mon Dieu » (Ruth 1,16).

Depuis Lamech, les Juifs étaient polygames et pouvaient répudier leurs femmes sous le moindre prétexte, par exemple un mets trop cuit ou trop salé. On lapidait la femme adultère et « la jeune épousée trouvée non vierge » (Deut. 22,21). La misogynie biblique est gratinée: « la femme est folle, frivole, niaise et ignorante » (Prov. 9,13).

Le prophète Mohamet ne dira pas autre chose:  « J’ai vu que la majorité de ceux qui résident dans le feu de l’enfer sont des femmes… [Car] elles sont ingrates envers leurs maris et déficientes en intelligence et en religion. Elles sont dangereuses et impures, dans leur corps et dans leurs pensées. Je ne touche pas la main aux femmes et Il faut empêcher les femmes d’apprendre à écrire ».

Les grandes religions monothéistes, au-delà des particularismes confessionnels, relayeront l’irrévérence et le mépris pour la femme: « Mieux vaut briser les Tables de la Loi, commente le Talmud, que les lui expliquer ». Les femmes se doivent d’être d’abord fécondes pour transmettre aux générations la foi des anciens jours: c’est le rôle majeur que le Créateur leur a dévolu.

Au physique, la femme est parfois belle mais toujours dangereuse: « son regard est un filet, ses seins un piège, ses bras des chaînes ». Au moral, « mieux vaut la malice d’un homme que la bonté d’une femme » (Eccl. 42,14). En résumé, « la femme est plus amère que la mort ».

Telle est la parole de Dieu.

Mais l’évolution sociale va nuancer la loi de Moïse: le Nouveau Testament témoigne de mœurs adoucies, marquant un progrès sur l’ancien. On y voit Jésus s’entretenir publiquement avec la Samaritaine et absoudre la femme adultère, lui évitant la lapidation. Certes, le pardon lui était plus facile qu’au mari et l’évangile donne parfois dans l’insulte: « Qu’y a-t-il de commun entre toi et moi ? » (Jean 2,4) ou encore: « Il y avait environ cinq mille hommes, sans compter les femmes et les enfants » (Matt. 14,21).

Observons aussi un fait peu remarqué: quand la Bible veut humilier quelqu’un, elle l’appelle « le fils de la femme » (Job 15,14). Mais dans l’évangile, Jésus est toujours « le Fils de l’homme » (Luc 6,5).

Théologie de la femme

L’Eglise romaine, pour conférer à la femme un rôle mineur et freiner sa libération, s’inspire de l’Ancien Testament, espérant retrouver le souffle des prophètes. Sa doctrine est simple: « l’homme et la femme sont égaux dans l’ordre surnaturel, mais l’homme est supérieur à la femme au plan naturel ».

Mais l’égalité devant Dieu n’entraîne pas l’égalité naturelle: elle ne supprime pas plus les classes sociales que les classes d’enterrement. N’ayant pas saisi la nuance, des chrétiennes de la première heure songèrent à s’émanciper mais St Paul les ramène à la hiérarchie divine: « La tête du Christ, c’est Dieu; la tête de l’homme c’est le Christ; la tête de la femme c’est l’homme » (1Cor. 11,3). Et l’apôtre d’en fixer les règles pittoresques et futiles, ordonnant à la femme de se voiler la tête dans l’ecclésia. « L’homme n’a pas à se couvrir le chef », dit St Paul, « parce qu’il est à l’image de la gloire de Dieu, mais la femme n’est que la gloire de l’homme » (1 Cor. 11,7).

Le canon 1262 interdit toujours aux femmes d’entrer tête nue dans le lieu saint. Attribuant au voile un symbole de soumission et d’humilité, Rome l’impose aux croyantes de toutes conditions: aux vierges, aux mariées, aux veuves, aux communiantes, aux nonnes et nonnettes; nulle n’y échappe. Maintes communautés chrétiennes l’imposent encore à leurs pieuses oies: emblème de sujétion, le voile ou la coiffe évoque pour certains le joug courbant le front du bœuf au travail.

St Paul reconnaît au père le droit de disposer de sa fille à son gré: dès la naissance, il peut la vouer à la virginité; veut-il la marier ou la garder vierge ? « qu’il agisse à sa guise: il ne pèche pas. Celui qui marie sa fille fait bien, mais celui qui ne la marie pas fait mieux ». (1 Cor. 7,36 sv). La jeune fille passera de la tutelle du père à celle de l’époux. La première épître de St Pierre rappelle que « Sarah obéissait à Abraham et l’appelait son seigneur ». Pour St Paul, « l’épouse doit obéir en tout au mari » (Ephés. 6,24).

Unique héritière de l’empire romain, l’Eglise en a gardé le sens autoritaire et juridique. Conservatrice par sa théologie et ses traditions, elle veut un monde agencé à son goût dans lequel Dieu sème et où chacun fleurit. De nos jours encore, la hiérarchie ecclésiastique est un modèle de minutie: interminable decrescendo de grades et d’honneur depuis le Souverain Pontife jusqu’au bas-fond du clergé de la Suisse primitive ou du bas Limousin. Les rares femmes admises au concile de Vatican II devaient se taire et écouter: leur attribution officielle d‘auditrices définissait parfaitement leur rôle.

Or, la femme a un incontestable génie pour fiche en l’air tout ce bel ordre. Dès le paradis terrestre elle essaie ses forces. Par la faute d’Eve, Adam se rebelle contre Dieu et la création entière contre Adam. La femme voue même le ciel au remue-ménage où les neuf chœurs chantaient sagement les louanges de Dieu. Mais un jour fatal les fils de Dieu virent « que les filles des hommes étaient belles » (Gen. 6,2). Adieu Seigneur, les voici sur la terre. De cette conquête fulgurante naquit une race de géants.

Et depuis ce temps-là, enrichies de ses expériences, les filles d’Eve sont en sédition permanente. Toutes n’allument pas la guerre de Troie comme la belle Hélène ou ne dissipent des royaumes par des baisers comme Cléopâtre. Mais les cas extrêmes éclairent les autres: la Très sainte Vierge, objet d’un culte onaniste, est indispensable à la continence du prélat. La Sylphide du prêtre, c’est Marie. Cet amour pour l’affriolante mère de Jésus a son clair de lune: la brûlure platonique pour une femme, objet honteux du désir masculin.

La précellence de l’homme

L’assujettissement de la femme est déduite de son origine: née de la côte d’Adam, Eve n’existe que par lui; elle n’est pas honorée d’une création personnelle. On prit longtemps au sens littéral ce récit de la Genèse. « Les femmes n’ont qu’à se souvenir de l’origine », dit Bossuet, « et songer qu’elles viennent d’un os surnuméraire ». Bousculée par la science, Rome admit enfin que cette côte est symbolique mais le fidèle est tenu de croire que « la première femme fut formée du premier homme ». L’Eglise n’omet jamais de rappeler, en toute gentillesse, qu’Eve a introduit dans le monde le péché, la malédiction et la mort: « C’est par la femme qu’a commencé le péché et c’est à cause d’elle que nous mourons tous » (Eccl. 25,24).

L’infériorité de la femme est donc naturelle. Aristote avait dit qu’elle « est un homme manqué » et St Thomas de préciser « selon la nature, le masculin est le meilleur, le féminin le moins bon: mas occasionatus ». Bonaparte, reliant le Code civil au livre de la Genèse, conclura: « La femme n’est qu’une côte, elle est l’esclave du mari ».

Ce n’est pas le culte de Marie qui a réhabilité la femme: c’est la promotion sociale de la femme qui a inspiré le culte de Marie.

Qu’on ne vienne pas nous dire que le christianisme a émancipé la femme !

Roger Peytrignet

(Suisse)

Auteur de « Jésus-Christ: mythe ou personnage historique », Ed. La Pensée Universelle, Paris.

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