Les routes de la soie et la mondialisation à la chinoise

Publié le 1 janvier 2020 - par - 12 commentaires - 724 vues
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La montée en puissance  de la Chine, depuis la fin de la guerre froide, en termes économiques, politiques, diplomatiques et militaires, fera de celle-ci, selon nombre d’observateurs, le plus grand protagoniste de l’histoire mondiale.

Cette émergence est susceptible de produire une inversion du rapport de prééminence entre les États-Unis, puissance dominante établie et  premier empire global de l’histoire et la Chine,”Empire du milieu” ou État-civilisationnel, vieux de trois mille cinq-cents ans et fort d’un milliard quatre-cents millions d’hommes.

À ce sujet, Chalmers Johnson, spécialiste de l’Asie, a soutenu la thèse d’une antinomie conceptuelle  entre “expansion impériale” et “adaptation régionale” et il a précisé, quant à  la conception de l’ordre mondial : “qu’on l’appelle “consensus de Washington”, “soft power”, ou “nation indispensable”, cela aboutit toujours à la nécessité de maintenir un ordre mondial, inspiré, financé et dirigé par les États-Unis.”

Les tentatives américaines pour établir une hégémonie sur la Chine tendent vers des futurs explosifs et sont, en tous cas, vouées à l’échec.”

En effet il n’y a pas de place dans le monde pour deux empires.

Contestation chinoise du “statu quo” normatif américain

Or, dès à présent, la contestation chinoise du “statu quo” normatif, imposé par les États-Unis après la fin de la guerre froide, a déjà pris corps avec le rejet de l’universalité des valeurs occidentales et de la première menace ressentie par Beijin, qui est la menace idéologique du “régime change” et donc le défi intérieur de libéralisation du pouvoir et du pluralisme  politique, identifiés à la démocratie occidentale. (ex.Hong Kong)

Quant à l’Europe, le destin de celle-ci se jouera en Eurasie, tant sur le plan diplomatique que militaire. Quant au  premier, dans la capacité de la diplomatie européenne de dissocier la Russie de la Chine, quant au deuxième, par le rôle accru du Pacifique et de l’Indo-pacifique dans l’échiquier stratégique global.

Puisque le modèle de la stratégie dominante des deux derniers siècles a été celui de Clausewitz, la puissance de la terre qu’est Chung Kuo’ se prépare à une politique d’affrontement  par une logistique qui peut adopter Clausewitz sur terre, en cas de guerre conventionnelle, Mahan, sur les deux océans, Pacifique et Indo-Pacifique, et Sun Tzu dans l’hypothèse d’un double front de combat, terrestre et maritime.

Dans ce contexte, la logistique du système “One Belt, One Road”  devient l’élément décisif de l’épreuve de force probable entre les puissances de la terre et les puissances de la mer, au Nord, au Sud et à l’Ouest du continent européen.

Au même temps , la “limite” du conflit, entre guerre d’alternance hégémonique et guerre d’alternative civilisationnelle deviendra la variable des ambitions et du combat des acteurs aux prises avec le bouleversement de perspective, la dominance continentale et  l’inversion des politiques.

Un rappel peut éclairer ce point non négligeable.

Si l’Europe et l’Asie appartiennent géographiquement à un même espace continental, l’Eurasie, un seul pays tâche de les rapprocher par un immense réseau d’infrastructures routières, portuaires et numériques.

Ce pays est le Chung Kuo’, l’héritier de l’Empire du milieu, dominant “tout ce qui est sous le ciel”.

Puissance de la terre, la Chine, rivalisant avec la puissance de la mer, entend manœuvrer, en cas de conflit, par les lignes intérieures du continent, sans dépendre de la logique des flux et des reflux de la “société liquide”.

En Eurasie, marquée par la diversité des États et des institutions, la dominance continentale est passée de la Russie à la Chine et le resserrement des alliances prendra la forme d’une activation du réseau des routes de la soie, modifiant le rapport global des forces.

En effet la guerre, selon Sun Tzu, ne se gagne pas principalement à la guerre ou sur le terrain des combats, mais dans sa préparation.

Les risques  de conflit instaurent une politique ambivalente, de rivalité-partenariat et d’antagonisme.

Il s’agit d’une politique qui a pour enjeu le contrôle de l’Eurasie et de l’espace océanique indo-pacifique, articulant les deux stratégies complémentaires du Hearthland (1) et du Rimland.(2).

Les rivalités, qui secouent aujourd’hui l’Eurasie, ont forcé l’Est et l’Ouest à s’interroger sur un nouveau projet de sécurité en Europe, de stabilité stratégique et d’unité  de l’espace européen.

Mouvements stratégiques de l’Occident et antinomies d’alliances en Eurasie

Dans tout système international, le déclin de l’acteur hégémonique se signale par un resserrement des alliances militaires autour du leader.

Ainsi, dans la conjoncture actuelle, deux mouvements stratégiques rivaux s’esquissent au niveau planétaire :

– l’alliance sino-russe, assurant l’autonomie stratégique du Hearthland, en cas de conflit et promouvant, en temps de paix, la coopération intercontinentale en matière de grandes infrastructures, (projet OBOR -One Belt, One Road – avec la participation d’environ 70 pays)

– la stratégie du « containement» des puissances continentales, par les puissances maritimes du « Rimland » (Amérique, Japon, Australie, Inde, Europe etc.), comme ceinture péninsulaire extérieure à l’Eurasie.

Rappelons que les deux camps sont en rivalité déclarée et que leurs buts stratégiques respectifs ne sont pas de cerner des équilibres, fondés sur les concepts d’échanges et de coopération, mais de prévoir les ruptures stratégiques, sous la surface de la stabilisation apparente.

Ainsi la fin de la bipolarité, avec l’effondrement de l’empire soviétique, a engendré une source de tensions, entre les efforts centrifuges mis en œuvre par les États de proximité, « les étrangers proches », visant à s’affranchir  du  centre impérial et la réaction contraire de Moscou, pour reprendre son autorité à la périphérie, par une série d’alliances enveloppantes. (OTSC, OCS)

À l’Ouest, c’est l’Alliance atlantique, aujourd’hui en crise, qui a vocation à opérer la soudure de l’intérêt géopolitique d’Hégémon, dans l’ immense étendue continentale entre l’Amérique et la Russie.

Le “déclin d’Hégémon”. Alternance hégémonique ou “révolution systémique” ?

La question qui émerge du débat en cours  est de savoir si la “stabilité hégémonique” (R.Gilpin), qui a été assurée pendant soixante-dix ans par l’Amérique, est en train de disparaître, entraînant le déclin de l’Empire et de la civilisation occidentale, ou si nous sommes confrontés à une alternance hégémonique et à un monde post-impérial dans le cadre toutefois, d’un système planétaire.

L’interrogation connexe peut être formulée de manière plus abrupte et intempestive : “Quelle forme prendra-t-elle, cette transition ?”

La forme, déjà connue, d’une série de conflits en chaîne, selon le modèle de Raymond Aron, calqué sur le XXe siècle, ou bien, la forme d’un changement d’ensemble de la civilisation, de l’idée de société et de la figure de l’homme, selon le modèle des “révolutions systémiques”, de Stausz-Hupé, embrassant l’univers des relations sociopolitiques du monde occidental et couvrant les grandes aires de civilisations connues ?

Irnerio Seminatore

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Notifiez de
POLYEUCTE

Article de très haut niveau qui en a dégoûté plus d’un…. Dommage…
Entre GJ et retraites, la Géopolitique échappe à tous…. Et pourtant !
Le Monde de demain sera dangereux, non plus par des guerres fratricides, mais par les “influences” nées des technologies.
Une Chine devenue athée (voir XI) consacrée aux Routes de la Soie, à l’emprise du numérique, sera plus dangereuse qu’une Armée de millions d’Hommes.
L’Occident, accablé de toutes parts (Islamisme, populisme, mondialisme, rejet de la Russie, etc..) s’inclinera.
AUX ABRIS !

fraxino

Vous avez très bien résumé le péril qui nous guette.

Vova

Quel bla-bla stérile ! La puissance de la Chine repose sur le pouvoir d ‘ achat des Occidentaux ! Que ceux-ci ferment leurs portes aux produits “Made in China , ou PRC ” , et ce pays s ‘ écroule !!! Une preuve ? Les excédents commerciaux chinois sont faramineux , ce qui explique la colère de Trump qui veut rééquilibrer les échanges , mais la Chine ne veut pas , pourquoi ???

MYLENE

bien dit! mais les européens sont tellement matérialistes qu’ils consommeront bêtement ce que produit la Chine jusqu’à ce qu’elle les domine. Mais entre temps, les USA lui feront la guerre.L’oncle Sam n’aime pas perdre.

Gilles VINCENT

Respects à ce pays au-delà de toute idéologie politique ; patriotes , travailleurs , organisés , intelligence exacerbée propre aux asiatiques… Claire, c’est pas les bougnoules !

Ivar

J’ai hâte que les Chinois nous civilisent un peu.
La Laïcité à la chinoise ça en calmera plus d’un.
L’Empire du Milieu a déjà comme projet de réécrire les 3 Livres monothéistes pour qu’ils deviennent conformes au dogme politique de Pékin.
Magnifique.

Patapon

L’Europe a d’ores et déjà signé son arrêt de mort lente mais sûre.Nous avons gâché l’opportunite d’une alliance forte avec la Russie de Poutine,comme le demandait une géostratégie bien comprise.”De l’Atlantique à l’Oural”, selon les vœux du Gal de Gaulle.La Chine super puissance du XXIème siècle,face au nain politique européen,confrontée à l’empire américain déclinant,est un facteur de déséquilibre très dangereux pour l’avenir du monde.Comme chacun sait,cela finira par une guerre de tous contre tous…

Le king

Il n’y aura pas de Chine dominant le monde !
Pourquoi ? Parce que les Chinois sont dépourvus de cette mentalité universelle, indispensable pour conquérir le monde, non seulement matériellement, mais aussi spirituellement. Pas de conquête mondiale sans conquête spirituelle…

bernard

Bonne remarque mais de quelle conquête spirituelle s’agit-il ? Seul le
Christ peut vaincre Satan qui se profile derrière cette Chine fasciste…

Requiem

Mouloud le roi du Djebel parle de lislam mais pour ça aussi les chinois ont une solution, mettre ses frères dans des camps de formation et leur faire bouffer du jambon

Paskal

Elle n’a jamais dominé le monde mais le Sud-est asiatique, la Corée, le Népal. Elle domine toujours le Tibet, le Turkestan Oriental, a longtemps revendiqué la Mongolie Extérieure, des territoires kazakhs.

Patapon

Les Chinois ont l’esprit très pratique.Chez eux,Nécessité fait loi.Pour le moment,ils obtiennent a peu près ce qu’ils veulent par le biais du commerce et d’accords internationaux très avantageux.Le Dragon rentre ses griffes et retient ses flammes…Xi est un homme très avisé…Il a lu S’un Tzu,et connaît son histoire…La ou nos politiciens ne voient guère plus loin que la prochaine échéance électorale,la Chine de Xi travaille pour les générations.a venir…

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