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Les soldats français chassés du Mali comme des malpropres

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Le 19 septembre 2013, Hollande vivait ce qui fut d’après lui « le plus grand jour de sa vie » à Bamako, au Mali. Accueilli en libérateur, sous les cris et les applaudissements d’une foule en liesse (c’est vrai qu’il n’était pas habitué), Flambi était devenu un chef de guerre, un vrai. Il venait de sauver le Mali des griffes des djihadistes. Dans la foulée, l’opération Barkhane était lancée le 1 août 2014.
Après 14 ans d’opération, 58 morts et des centaines de blessés dans nos rangs, près de 3000 combattants ennemis tués, des milliards d’euros dépensés, la junte au pouvoir au Mali nous crache à la gueule et nous ordonne de débarrasser le plancher dans les plus brefs délais.

À la lecture du nom des soldats morts en opération, quelque chose saute immédiatement aux yeux : une majorité de noms et de prénoms bien de chez nous, de la France moisie. Curieusement ne figure aucun Traore, Dembélé ou Coulibaly. On dirait que chez la diaspora malienne en France, l’amour des allocations familiales l’emporte sur celui de leur patrie de cœur.
La même populace qui nous encensait nous jette maintenant des cailloux. Un groupe qui s’autoproclame « Les forces vives » nous envoie même un ultimatum afin de procéder à l’évacuation de nos 5 000 hommes dans les 48 heures, sous peine de représailles. Les mêmes qui nous ont suppliés de venir les sauver nous accusent maintenant d’être une force d’occupation coloniale.

Humiliation suprême, ils nous remplacent de leur plein gré par le groupe de mercenaires Wagner, téléguidé par la Russie. Nous, dont les règles d’engagement sont parmi les plus strictes au monde dans le but de préserver les populations civiles, parfois au prix de la sécurité de nos propres soldats, nous sommes sommés de dégager fissa au profit d’une bande de pillards sanguinaires.
Quant à l’Europe, à laquelle nous avons tout de même évité, au prix du sang de nos soldats, un tsunami migratoire supplémentaire, elle ne nous a jamais réellement soutenus, ni financièrement, ni en hommes. La sorcière von der Leyen et le clown Borrell, qui fourrent habituellement leur nez dans toutes les affaires, restent silencieux. Ils sont en réalité trop contents de nous voir humiliés.

Pour toute réponse à ce camouflet, Macron n’a rien trouvé de mieux que de faire une petite tournée en Afrique, durant laquelle il a expliqué à des dictateurs comme Biya, au pouvoir au Cameroun depuis 40 ans, réélu régulièrement avec plus de 70 % des suffrages, combien la présence de la France était bénéfique pour la démocratie. Il avait l’air détendu là-bas, avec son petit air goguenard habituel.
Sans doute l’Afrique s’est-elle avérée bonne hôtesse et que ses canicules l’emballent (toute ressemblance avec une contrepèterie est complètement fortuite).

À bien y penser, les Maliens ont raison. Il faut d’urgence que nous cessions de les infantiliser en nous comportant comme une puissance coloniale. Les Maliens forment un grand peuple au sein d’une grande nation, et comme le dit leur slogan « c’est aux Maliens de décider de l’avenir du Mali ».
Alors oui, il faut partir au plus vite. Rien à discuter sur ce point. Mais il ne faut surtout pas s’arrêter là. Il faut leur rendre leur dignité dans tous ses aspects politiques, économiques et culturels.

Une première mesure dans ce sens consisterait à supprimer les milliards d’aide au développement que nous leur versons chaque année. Vu leur attitude, j’imagine qu’ils n’en ont pas besoin. De plus, comme le dit le fameux adage « Donne un poisson à un homme, il mangera un jour. Apprends-lui à pêcher, il mangera toute sa vie ». Il est donc grand temps d’apprendre aux Maliens à pêcher des devises au lieu de leur en envoyer.

Afin d’accélérer la formation, il faudrait peut-être aussi reconsidérer l’existence du franc CFA (devise que partagent certains pays de notre ex-Empire colonial et dont le cours est garanti par rapport à l’euro par la Banque de France). Un grand économiste africain se répandait récemment dans la presse de gauche, expliquant combien cette monnaie était un vestige de la présence coloniale française. Curieusement, après quelques pages de lecture d’un style ampoulé, il apparaît que ce brillant économiste ne réclamait cependant nullement la fin du franc CFA. Il suggérait seulement que la France continue à donner sa garantie, mais qu’une liberté totale soit accordée aux pays africains dans la gestion des réserves de devises. En somme, ni plus ni moins que le beurre, l’argent du beurre et l’arrière-train de la crémière.

Il considérait de plus le franc CFA comme beaucoup trop fort eu égard à la compétitivité de leurs économies, un peu comme l’euro actuel est pour nous comme un « Deutsche mark CFA » qui a ruiné notre tissu industriel.
Il faut en réalité aller beaucoup plus loin et restaurer leur pleine souveraineté en leur permettant de recouvrer leur monnaie nationale. Évidemment cela va tanguer un petit peu au début et cela ressemblera probablement au dollar zimbabwéen de Mugabe au milieu des années 2000, avec une inflation de 76 600 000 000 % mensuelle. Ce sera le prix de l’apprentissage de la gestion d’une banque centrale. Un mal nécessaire.

Mais la mesure la plus cruciale, c’est surtout que nous cessions de les priver de leurs forces vives et de siphonner leur jeunesse. La valeur d’un pays se mesurant à son capital humain, il est donc inique que nous continuions à accueillir sur notre sol des centaines de milliers d’entre eux, qui font la richesse de la Seine-St-Denis, cette Silicon Valley française sans la mer, sans les ingénieurs et sans les multinationales de la haute technologie. Il convient donc immédiatement de cesser de délivrer des visas et de renvoyer au plus vite chez eux ceux qui sont déjà sur notre sol. L’essor économique de leur patrie en dépend. Une mesure hautement symbolique pourrait consister à leur restituer la fameuse famille Traore, par exemple.
Enfin, dernier point mais non le moindre, il est plus que nécessaire qu’un audit soit effectué dans les plus brefs délais au sein de nos musées afin que leur soient restituées toutes les œuvres d’art que nous aurions injustement accaparées. Nos réserves regorgent d’artefacts européens du paléolithique, il n’est pas nécessaire de voler ceux des autres.

Chers amis maliens, si dans le futur, après vous être fait spolier vos mines d’or par le Groupe Wagner et vos réserves d’uranium par les Canadiens, après que les premiers vous ont liquidés sommairement et les seconds traités comme des chiens, après que votre devise est devenue tellement faible et dévaluée que vos coupures de 100 milliards auront moins de valeur qu’une feuille de papier toilette, après que la moindre infrastructure de valeur que vous possédez a été préemptée par les Chinois en guise de payement de l’échéance d’un prêt qu’ils vous auront accordé, je puis vous assurer que la prétendue présence coloniale française vous apparaîtra comme la période la plus heureuse de l’histoire de votre jeune nation.

Alain Falento