Les Suisses ont montré qu’ils ont encore une âme

Publié le 2 décembre 2009 - par

Je demande pardon aux citoyens suisses. Dans un célèbre film noir, “Le Troisième Homme”, réalisé en 1949 par Carol Reed, le personnage Harry Lime, un criminel dandy joué par Orson Welles, déclare malicieusement « Pendant 30 ans en Italie, sous les Borgias, ils ont eu la guerre, la terreur, des meurtres et des massacres, mais il y a aussi eu Michel-Ange, Léonard de Vinci et la Renaissance. En Suisse, ils ont eu cinq cents ans d’amour fraternel, de démocratie et de paix, et qu’est-ce que cela a produit ? L’horloge à coucou ! ».

Les courbettes du président de la Confédération helvétique, Hanz-Rudolph Merz, devant le dictateur Kadhafi à la suite de l’emprisonnement de son fils « Hannibal » Motassim Bilal Kadhafi pour mauvais traitements présumés infligés à ses domestiques, m’avaient fait croire en 2008 qu’Orson Welles avait raison, que les Suisses n’avaient aucun sens de la grandeur, et de l’honneur, et que seules les affaires les intéressaient.

Le résultat du vote lors du référendum de dimanche dernier sur la construction des minarets, m’ont prouvé à quel point j’avais tort, et m’ont rappelé la grandeur de ce peuple d’irréductibles montagnards, multiculturalistes et ouverts avant que tous les autres européens, sachant vivre ensemble malgré les difficultés posées par les quatre langues officielles et les cultures respectives que chacune représente.

Les Suisses ont montré au monde entier qu’ils ne céderont à aucun chantage ignoble, que leur pays n’est pas une putain prête à vendre son âme, pourvu que les théocrates du monde entier viennent déposer leurs milliards dans ses banques. Quelle belle leçon de vertu citoyenne !

Les Suisses ont montré qu’ils avaient aujourd’hui encore la même force de caractère que leurs aïeux, qui étaient les guerriers les plus craints de l’Europe médiévale. Les Suisses ont montré qu’ils avaient encore en eux du sang romain et du sang spartiate, et qu’ils plaçaient plus haut les intérêts sacrés de leur république que les intérêts commerciaux, à la différence de tous les autres gouvernements occidentaux, qui font un concours de lèche bottes devant les théocrates donneurs de leçons.

C’est cet esprit qui m’a semblé animer Soli Pardo, le président de la section genevoise de l’UDC, avec lequel j’ai débattu du résultat du référendum, à côté de José-Manuel Lamarque, journaliste à France Inter, et contre Tariq Ramadan, fumiste professionnel, sur le plateau de France 24 (en anglais), ce lundi 30 novembre.

http://www.france24.com/en/20091130-the-france-24-debate-switzerland-referendum-minaret-mosque-ban

http://www.france24.com/en/20091130-the-france-24-debate-switzerland-referendum-minaret-mosque-ban-part2

M. Ramadan nous a rejoué la même comptine qu’il chante depuis des années : tout cela n’est que de l’islamophobie, de la discrimination envers les musulmans, « à travers le symbole du minaret, tout comme à travers l’interdiction du voile en 2004 en France, on signifie aux musulmans de rester invisibles », etc…

M. Pardo a vertement répliqué qu’il n’a pas à débattre avec quelqu’un stipendié par les mollahs iraniens négationnistes, et que le vote des Suisses est « sacré, dans un sens politique ». Le plus intéressant, c’est qu’il a souligné devant M. Ramadan la base légale de cette interdiction : il s’agit d’éviter tout trouble de l’ordre public, ce qui est à retenir pour toutes les actions futures à mener. En effet, notre Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen dit clairement que « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne troublent pas l’ordre public établi par la Loi. »

C’est le problème que j’ai essayé de soulever devant M. Ramadan, qu’il a évité comme d’habitude, en disant que les musulmans respectent les lois. Oui, mais quel est leur projet politique ? Qu’enseigne-t-on dans les mosquées ? L’autorité politique peut et doit prendre des mesures contre une éventualité dangereuse pour l’ordre public avant qu’elle ne devienne réalité, comme l’a statué la Cour Européenne des Droits de l’Homme, dans l’affaire Refah Partisi, que j’évoque au début de l’émission « même si la marge d’appréciation des Etats doit être étroite en matière de dissolution des partis politiques, le pluralisme des idées et des partis étant lui-même inhérent à la démocratie, l’Etat concerné peut raisonnablement empêcher la réalisation d’un tel projet politique, incompatible avec les normes de la Convention, avant qu’il ne soit mis en pratique par des actes concrets risquant de compromettre la paix civile et le régime démocratique dans le pays. » (1)

On verra bien les réactions des musulmans suisses devant cette interdiction, et s’ils sont aussi respectueux des lois que M. Ramadan le prétend. Ce qui est certain, c’est que les peuples européens commencent à en avoir assez des leçons de tolérance que leur donnent les dictateurs théocrates réunis dans l’Organisation de la Conférence Islamique, qui ont noyauté le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU.

Par la voix de la rapporteuse spéciale sur la liberté de religion ou de conviction, la pakistanaise Asma Jahangir, l’OCI menace la Suisse de représailles, comme si la Suisse avait interdit aux musulmans de prier ou de se réunir, comme c’est le cas pour les non musulmans en Arabie saoudite, en Algérie, au Soudan, et dans d’autres contrées régies par la religion de tolérance et de paix. (2)

Il faut remettre les pendules à l’heure : on n’a pas interdit la liberté de conscience en Suisse, on n’a pas interdit le rassemblement des musulmans dans des lieux spécifiques, on n’a pas interdit aux musulmans suisses de voter lors de ce référendum. Aucun non musulman ne jouit dans un pays islamique des droits dont jouissent les musulmans en Europe. C’est cette non réciprocité qui commence à énerver sérieusement les personnes qui s’entendent sans arrêt dire que l’islam n’est pas intolérant. Les Suisses ont exprimé ce que beaucoup d’européens pensent : assez de laxisme vis-à-vis d’une religion qui ne tolère rien d’autre qu’elle-même, partout où elle a le pouvoir !

C’est cet état d’esprit que les dirigeants européens doivent prendre en compte, car c’est une réalité qui crève les yeux, et qui indigne d’autant plus les peuples européens, qu’ils s’entendent sans cesse dire que ce sont eux les racistes et les intolérants, s’ils s’opposent à une doctrine fanatique, intolérante, sexiste et sanglante.

Si on souhaite que les européens aient moins peur de l’islam, comme le répètent en chœur tous ceux qui dénoncent le vote suisse, il y a une solution très simple : que les pays islamiques et les musulmans vivant sur le sol européen arrêtent de nous donner autant de bonnes raisons d’avoir peur d’eux et de leur doctrine prosélyte. Car avoir peur, c’est le signe que l’on n’est pas fou. Seuls les fous n’ont peur de rien. La peur de l’islam n’est pas irrationnelle, quand on sait ce que subissent les non musulmans dans les pays musulmans, ou bien même dans certains quartiers européens bien islamisés. On a le droit d’avoir peur, pourvu que l’on sache montrer que ce que l’on craint existe bel et bien. Et va-t-on nous dire que l’Arabie saoudite n’existe pas ? Que l’Iran n’existe pas ? Que la « sensibilité musulmane » n’existe pas ?

Les Suisses ont montré qu’ils avaient du courage, c’est-à-dire qu’ils assumaient qu’ils avaient peur de l’affirmation de l’islam que représente le minaret, parce que celui-ci signifie que la zone observable depuis son sommet doit être régie par la charia. Le courage, ce n’est pas le contraire de la peur, c’est la « rage du cœur » devant un danger, mêlée à l’espoir de vaincre ce qui cause cette crainte légitime.

Que l’islam puisse être une cause de crainte, c’est mon opinion, et il serait grand temps d’avoir un grand débat européen sur cette question, pour que ces peurs ne s’expriment pas d’une manière raciste et xénophobe, mais démocratique. Car une démocratie vivante a peur et doit entretenir la peur de la théocratie, de la dictature, de la superstition et de l’obscurantisme !

Une démocratie vivante, c’est la peur incarnée dans la Déclaration des Droits de l’Homme de tout ce qui est arbitraire, dogmatique et fanatique !

Une démocratie agissante et adulte doit avoir peur, exprimer ses craintes et les résoudre pacifiquement, comme l’ont fait les Suisses avec cette votation ! Si nous n’arrivons pas à exprimer nos craintes d’une manière adulte et les apaiser d’une manière démocratique, ces craintes s’exprimeront de plus en plus d’une manière brutale, irréfléchie et injuste. Il n’y a pas que les musulmans qui ont une sensibilité, les non musulmans en ont une aussi !

Dire aux peuples européens : « vous n’avez pas le droit d’avoir peur ! » est une erreur psychologique majeure. Cela ne peut qu’accroître le sentiment des citoyens d’être floués par leurs représentants. Les haines intercommunautaires ne peuvent pas être apaisées par les discours lénifiants, car on ne fait pas de la politique en croyant que les hommes s’aiment depuis toujours et n’ont pas d’appréhensions les uns par rapport aux autres.

On fait de la politique parce que l’on sait que les hommes se méfient les uns les autres, qu’il est très difficile de les faire vivre ensemble, et que la guerre civile ou interétatique est toujours une éventualité, un horizon probable de toute cohabitation. Il n’y a pas si longtemps, en 1945, c’était une évidence pour tous les dirigeants européens : plus de 20 millions de personnes ont été déplacées après la Seconde guerre mondiale (surtout des Allemands, mais aussi des Polonais, des Roumains, d’Ukrainiens, d’Hongrois, et de Juifs) pour éviter que des troubles entre communautés nationales et des minorités n’apparaissent et ne débouchent sur un autre conflit armé. Le rapatriement des Pieds noirs d’Algérie avait les mêmes bases.

Par rapport à l’islam, c’est une folie d’exiger des européens de le considérer comme une religion sœur, ou une religion européenne, comme l’a affirmé Tariq Ramadan, dans la discussion que j’ai eue avec lui. Les pays de l’Union européenne partagent un passé commun de combat contre les différents empires musulmans qui ont existé de l’autre côté de la Méditerranée, qui ont continuellement menacé l’Europe de leur glaive, et qui ont été plus ou moins victorieux dans leur jihad.

L’Europe a été une terre de colonisation musulmane bien avant que le Maghreb ne devienne partiellement une colonie européenne. Les Espagnols, les Bulgares, les Grecs, les Roumains, les Autrichiens, les Polonais, les Serbes, les Corses en savent quelque chose ! On ne peut pas demander aux peuples européens d’oublier leur histoire, d’autant plus que l’islam revendique fièrement tout son héritage sanguinaire, et n’a jamais montré un quelconque signe de repentance pour son colonialisme, son impérialisme et son racisme, et qu’il continue toujours de pratiquer aujourd’hui, au Darfour par exemple.

Si les pays arabo-musulmans s’étaient démocratisés, s’ils étaient sortis d’une vision partisane et mythique de leur histoire, alors un véritable « dialogue des civilisations » pourraient avoir lieu. Tant que la repentance n’est qu’à sens unique, et que l’interlocuteur d’aujourd’hui n’est que l’héritier spirituel des califes théocrates d’antan, de ceux qui ont assiégé Vienne il y a trois cents ans, le dialogue des civilisations n’est qu’une supercherie, et une mystification des européens.

Les européens ne vivent pas une crise d’identité, ils vivent dans une intoxication de leur identité par ceux qui prétendent que leur identité démocrate, humaniste, et rationaliste, pourrait avoir quelque chose en commun avec l’identité théocrate, dogmatique, obscurantiste et arriérée d’un Tariq Ramadan, et de ceux qui l’écoutent avec ferveur et font beaucoup moins de nuances que lui.

Notre force, l’ouverture d’esprit, qui nous a permis de surmonter tant de catastrophes internes et de bâtir le monde moderne, en développant une pensée rationnelle et expérimentale, délivrée des dogmes, cette force qu’est la tolérance, est en train d’être retournée contre nous par les ennemis de la démocratie et de la tolérance. Il est grand temps de dire, comme les Suisses, que la tolérance ne saurait signifier le suicide culturel et politique, et qu’aimer nos ennemis ne veut pas dire qu’on accepte toutes leurs idées et leurs projets politiques.

Aussi, je trouve particulièrement malheureuse la présentation du débat auquel j’ai participé, telle qu’on peut la lire sur le site de France 24 : « Minarets : les Suisses ont voté contre. Un résultat qui a laissé une nation en quête d’une âme ». C’est le contraire qui s’est passé : ce résultat montre que les Suisses ont encore une âme, et qu’ils ne sont nullement en quête d’une autre.

Et nous ?

Radu Stoenescu

(1) http://www.echr.coe.int/Fr/press/2001/juillet/RefahPartisi2001judf.htm

(2) http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=20688&Cr=religion&Cr1=

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