Les Suisses viennent de nous apprendre que clochers et minarets ne sont pas la même chose

Publié le 21 décembre 2009 - par

A priori, clochers et minarets sont blanc bonnet et bonnet blanc : ronds ou carrés, chacun lance sa flèche symbolique vers le ciel, et leur symbole respectif se fond dans l’universel par le divin dont l’un et l’autre se disent habités. Cette universalité est d’ailleurs si forte qu’elle a même rejailli sur la votation suisse, au vu de l’abondance des réactions que cette dernière a suscitées.

Le problème est que ces réactions diffèrent du tout au tout, les unes condamnant radicalement le vote suisse, les autres le magnifiant. La preuve : hormis l’extrême droite, la classe politique juge le résultat de ce référendum aussi «inattendu» que «révoltant». Pour les musulmans, il représente une «énorme déception». Pour les protestants, il s’agit là d’une «inégalité de traitement» absolument «inadmissible». Les catholiques y voient la «détérioration» de la «saine cohabitation des religions et des cultures». Quant aux juifs, ils l’interprètent comme le réveil d’une Europe qui commence enfin à comprendre «les dangers de l’Islam» !

Il reste qu’au cœur de ces mêmes réactions – hormis, cette fois, chez les musulmans (!) – revient sans cesse l’idée de réciprocité : réciprocité pour construire des églises, des temples et des synagogues en terre d’Islam.

On sait, par exemple, que le Vatican avait demandé – et obtenu – que la hauteur du minaret de la grande mosquée de Rome, bâtie dans les années 90, fût revue à la baisse : le minaret avait, certes, le droit d’être visible, mais pas celui d’être dominant… Evidemment, le monde occidental attend que l’islam – qui se présente comme l’archétype de la tolérance et de la paix – veuille bien autoriser l’édification d’une cathédrale et d’une synagogue à la Mecque et à Médine. Mais puisqu’il nous faudra attendre longtemps pareil miracle, on est en droit de penser que les Suisses ont eu raison de s’opposer à la construction, sur leur sol, de signes religieux on ne peut plus ostentatoires, émanant de ceux-là mêmes qui veulent imposer leur mode de vie et de pensée chez les autres, sans la moindre contrepartie !

Certes, on objectera qu’un clocher est tout aussi ostentatoire qu’un minaret, et a qu’il a un but identique, à savoir appeler les fidèles à rendre gloire à Dieu.

En effet, Dieu mérite nos louanges parce qu’il transcende toute réalité. Voilà pourquoi clochers et minarets doivent dépasser les autres constructions, pour rappeler d’abord la grandeur incommensurable de Dieu, indiquer ensuite la voie céleste, et enfin le chemin terrestre qui conduit au lieu de culte. Et si les clochers et les minarets peuvent être sonores, c’est encore mieux ! Vive donc le son des cloches et les appels du muezzin ! Le jour où les clochers et les minarets parisiens s’élèveront au-dessus de la Tour Eiffel – dont on a pu dire qu’elle était le premier minaret de France ! – les communautés chrétienne et musulmane seront comblées… au grand dam, toutefois, des agnostiques, des athées et de tous les allergiques aux nuisances sonores, qui auront – et on les comprend – le plus grand mal à supporter le vacarme des cloches et les cris du muezzin !

Pourtant, le hic est ailleurs. Si les minarets étaient le symbole des Droits de l’Homme, pourquoi l’interdiction de leur construction aurait-elle été accueillie joyeusement par les peuples européens ? Pourquoi aurait-elle déclenché le tollé médiatico-politique que l’on sait ? Les Suisses eux-mêmes auraient-ils eu seulement l’idée de cette votation ?

On rétorquera, non sans raison, que les clochers ne sont pas plus construits sur le modèle des Droits de l’Homme que ne le sont les minarets, l’Eglise étant foncièrement théocratique, alors que les Droits de l’Homme ne font nulle référence à la Toute-puissance de Dieu. Mais l’Eglise parle en faveur de l’égalité des consciences – qui ont toutes été créées dans un même amour divin – et, par suite, plaide pour tous les humains, puisque, d’une part, chacun est notre prochain, et que, d’autre part, nous devons aimer notre prochain comme nous-mêmes. Or, quel imam oserait, dans cet esprit, embrasser la Bible, à l’instar de Jean-Paul II embrassant, le 14 mai 1999, un exemplaire du Coran ?

Où sont donc les musulmans capables de voir en tout être humain le prochain, qu’il soit femme, chiite, sunnite, juif, chrétien, sans religion, homosexuel ou autre ? Où sont les musulmans susceptibles de manifester contre les attentats islamistes, les lapidations pour adultère, les châtiments corporels et la peine de mort ? Où sont ces fameux musulmans modérés qui défendraient les droits des juifs et des chrétiens en terre d’Islam ? Quel est le pays musulman où la situation de ces derniers se serait améliorée au cours des trente dernières années ? Faut-il citer ici la Turquie – pour laquelle, soit dit en passant, les minarets sont les «baïonnettes» de l’islam ! Quel homme politique d’obédience chrétienne s’exprimerait ainsi en parlant des clochers ? Quel prêtre même se risquerait à présenter en ces termes la croix chrétienne ? Et quel chrétien s’y reconnaîtrait ?

Et l’on voudrait, devant cette absence flagrante de réciprocité, que l’on maudisse le peuple suisse parce qu’il ne serait pas digne des Lumières ? Et on lui demanderait de confesser son intolérance, faute d’accepter l’autre en sa différence ? Mais que peut signifier la tolérance face à une religion dont le but – déclaré dans son saint livre ! – est la domination du monde par la suppression des Lumières ? Les «idiots utiles» de l’islam – toujours prompts à donner des leçons d’humanisme – ont-ils seulement lu les textes coraniques qu’ils entourent de leur bienveillance – alors même que leur contenu porte atteinte aux Droits de l’Homme ? Les appels à la violence contre les juifs et les chrétiens ne tiennent-ils pas lieu de paroles divines ? Le Coran ne s’ouvre-t-il pas sur la Fatiha, dont les deux derniers versets déclarent ceci : «(Allah), Guide-nous dans le droit chemin, le chemin de ceux que Tu as comblés de faveurs, non pas de ceux qui ont encouru Ta colère, ni des égarés» (1) ?

Que cela plaise ou non, le mérite des Suisses est d’être non seulement en avance sur des élites à la fois bienpensantes et apeurées, mais encore décomplexés vis-à-vis de ce qui leur paraît inacceptable – et qu’ils n’acceptent donc pas – pour avoir compris deux choses : que «tolérance» n’est pas «soumission», et qu’un minaret sera l’égal d’un clocher le jour où son appel conviera le fidèle à l’amour du genre humain, non à l’amour exclusif d’une communauté posée d’entrée de jeu comme supérieure à toute autre !

Maurice Vidal

(1) Ady Ben Hatem a dit : «J’ai demandé à l’Envoyé de Dieu – qu’Allah le bénisse et le salue – au sujet de ceux qui sont désignés par ce verset : (Non le chemin de ceux qui ont encouru Ta colère) ; il me répondit : «Ce sont les juifs ; quant aux égarés, ce sont les chrétiens».

Maurice Vidal

(1) Ady Ben Hatem a dit : «J’ai demandé à l’Envoyé de Dieu – qu’Allah le bénisse et le salue – au sujet de ceux qui sont désignés par ce verset : (Non le chemin de ceux qui ont encouru Ta colère) ; il me répondit : «Ce sont les juifs ; quant aux égarés, ce sont les chrétiens».

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