Les trahisons de Zelensky et des médias : l’emprise des oligarques

Que disait la presse main stream lors de l’élection de Zelensky en avril 2019 ? Reprenons trois sources du moment : l’article du Monde du 21 avril de Benoit Vitkine, celui de La Croix du 28 mars d’Olivier Tallès après le premier tour et la synthèse de France Info du 22 avril 2019 actant son élection. Alors que ces rédactions nient maintenant la corruption, l’ukrainisation, la promesse de la paix et 4. L’emprise des oligarques, ces trois articles jetaient en avril 2019 un regard cru sur l’élection présidentielle. Continuons aujourd’hui par l’ukrainisation.

Les trois références :

Ukraine : Volodymyr Zelensky remporte la présidentielle, le pays fait un saut dans l’inconnu (lemonde.fr)

En Ukraine, le show Zelensky a rythmé la campagne (la-croix.com)

Ukraine : ce que l’on sait du programme du nouveau président Volodymyr Zelensky (francetvinfo.fr)

Et quelques autres sur le poids des oligarques :

Guerre en Ukraine: dans le viseur de Volodymyr Zelensky, les oligarques ukrainiens affaiblis (lefigaro.fr)

Guerre en Ukraine : un parti politique prorusse officiellement interdit par Kiev (lefigaro.fr)

Le classement des 5 oligarques ukrainiens les plus riches et leur influence sur l’économie | UACRISIS.ORG

Les oligarques de l’Ukraine post-Maïdan : une imbrication des sphères politique et économique | Cairn.info

« La jeune Ukraine est minée par de vieux démons et ces démons ont un nom : les oligarques » (lemonde.fr)

 

Le piège des oligarques

Et comment se libérer d’une oligarchie omnipotente ? C’est bien le piège d’une démocratie largement factice où les candidats sont interchangeables. Personne ne peut affronter réellement cette gangrène qui mine la société ukrainienne. B. Vitkine doute de la capacité de Zelensky à mener ses réformes promises aux populations et qui lui valurent 73 % des voix. Il explique à ce sujet :

« Preuve en est, les accusations faisant de lui une marionnette de l’oligarque Ihor Kolomoïski lui ont glissé dessus, malgré des enquêtes sérieuses sur l’influence prêtée au milliardaire. Celui-ci est l’un des plus grands perdants de l’ère Porochenko, durant laquelle sa Privatbank a notamment été nationalisée, et plusieurs de ses hommes gravitent dans l’entourage du président élu. » (Le Monde)

Le journaliste du Monde témoigne de la potentielle violence des oligarques qui n’accepteront pas de perdre de leurs avantages :

« Mais il faudra aussi compter sur l’opposition de ceux qui ont à perdre d’un changement « Il y aura des résistances énormes, admet également Oleksandr Danyliouk, un ancien ministre des finances et le plus expérimenté des réformateurs à avoir rejoint le jeune candidat. » (Le Monde)

Et sans aucune naïveté, B. Vitkine indique que Zelensky est lui aussi lié à certains de ces oligarques qui règnent sans partage sur l’Ukraine :

« Mais plus encore la question de son entourage interroge. A ses côtés, des réformateurs bon teint comme M. Danyliouk cohabitent avec d’autres cercles moins recommandables issus notamment des équipes de l’oligarque Kolomoïski, à qui le candidat a rendu visite à plusieurs reprises durant la campagne. » (Le Monde)

Le piège des oligarques est bien décrit. La démocratie est défaillante parce que les promesses ne seront pas tenues. Elles ne sont pas tenables, sans un bouleversement politique beaucoup plus radical. « Casser le système » disait le candidat en campagne !

La dictature au motif des ingérences étrangères

La chose est presque passée inaperçue en Occident, mais la pratique a de quoi inquiéter puisque l’Union européenne a usé du même argument des liens avec la Russie pour justifier des mesures contre la liberté de la presse. Or, en Ukraine, ce ne sont pas moins d’une dizaine de partis politiques qui ont été interdits, parce que leurs financeurs étaient des oligarques trop proches de la Russie, du fait de leur relation d’affaires. Pourtant, l’avocate Tetiana Montian alerte depuis des années. (voir notre précédent article : (Les trahisons de Zelensky et des médias : la promesse de la paix – Riposte Laique)

Le ministre de la Justice ukrainien, Denys Maliouska a motivé l’interdiction du parti Plateforme d’opposition – Pour la Vie pour « atteinte à la souveraineté ». Argument étonnant mais inquiétant (cf. L’Ukraine interdit onze partis politiques d’opposition accusés d’être « pro-russes » (marianne.net)). La guerre est devenue le moyen de suspendre la démocratie et de poursuivre les opposants. Très ingénieux ! Dans une vidéo, Zelensky justifie sa décision en ces termes :

« Toute activité de la part de politiciens participant à diviser la société ou à collaborer avec l’ennemi ne réussira pas, et recevra une réponse sévère ».

Il continue son argumentation :

« Je voudrais rappeler à tous les hommes politiques de tous les camps : le temps de guerre expose assez bien la misère d’ambitions personnelles de ceux qui tentent de faire passer leurs propres ambitions, leur propre parti ou leur carrière au-dessus des intérêts de l’État, des intérêts du peuple. Ceux qui se cachent à l’arrière, tout en faisant semblant d’être le seul qui se soucie de la défense. »

La liste des partis interdits est la suivante : Plateforme d’opposition – Pour la vie, Parti de Charij, Nachi, Bloc d’opposition, Opposition de gauche, Union des forces de gauche, Derjava, Parti socialiste progressiste d’Ukraine, Parti socialiste d’Ukraine, Socialistes, Bloc de Volodymyr Saldo. Signalons que Plateforme d’opposition – Pour la vie était le deuxième parti avec 44 sièges au Parlement ukrainien, qui en compte 450.

L’argument pro-russe est très ambigu. Les partis contestataires de gauche, les anti-occidentaux de toute sorte, les populistes sont liés de manière plus ou moins arbitraire à la Russie. Cependant, ces partis ont en commun de critiquer les positions de Zelensky en s’interrogeant sur l’alignement occidental, le choix d’aller à la guerre, le refus d’appliquer les accords de Minsk, etc., ils sont alors sur la liste. Liberticide ou élan démocratique et d’unité en temps de guerre ?

À l’examen, des partis de cette liste font d’ailleurs l’objet de sanction des Russes et leurs revenus proviennent bien d’Ukraine. En ayant interdit les références au communisme dans la décommunisation, Zelensky est allé encore plus loin en éliminant les partis de gauche, supposés proche des influences des réseaux ex-soviétiques. La décommunisation est alors devenue un prétexte à la liquidation des mouvements de gauche. Que reste-t-il dans ce paradis démocratique ? Bien évidemment, la base juridique est douteuse et les faits peu établis.

Tout cela révèle la chasse aux opposants. Cette véritable purge politique a reçu la bénédiction des Américains, l’ambassade des États-Unis se félicitant de ces décisions. Signalons que le parti de Viktor Medvedchuk, oligarque proche de Poutine, constituait une menace électorale réelle. Il a été poursuivi, arrêté, puis échangé contre des prisonniers. L’homme le plus riche d’Ukraine, disait-on, a donc été dépossédé de ses capacités d’influence. La dérussification de l’oligarchie a donc été menée au nom de la guerre, mais cela ne signifie pas que les oligarques aient perdu le pouvoir, loin de là.

Des oligarques puissants et douteux autour de Zelensky

Zelensky n’a-t-il pas autour de lui quelques oligarques ? Attardons-nous sur les deux plus célèbres.

Rinat Akhmetov serait l’Ukrainien le plus riche, possédant le site sidérurgique d’Azovstal, détenant le fournisseur d’électricité DTEK, etc. Il est propriétaire d’une villa à Saint-Jean-Cap-Ferrat dans les Alpes-Maritimes estimée à 200 millions d’euros. (Qui est Rinat Akhmetov, l’homme le plus riche d’Ukraine, qui a déposé plainte contre la Russie ? – Edition du soir Ouest-France – 28/06/2022).

C’est aussi un homme d’influence et un homme politique. Il possède la chaîne de télévision Ukraine et le journal Segodnya. Il a bénéficié des faveurs de Victor Yanoukovitch lors de privatisations, usage des oligarques dans les pays de l’ex-URSS. Il dispose d’un groupe d’influence constitué d’une vingtaine de députés. Via l’entreprise Oblenergo, il est en position de monopole sur la distribution d’énergie. Le secteur de l’énergie donne lieu a des accords entre les politiques et leurs intermédiaires : Porochenko, puis Zelensky et des intermédiaires dont Igor Kononenko, homme d’affaires mais aussi député. Des jeux de surfacturations entretiennent la richesse de ces oligarques en position de monopole au détriment des consommateurs, victimes de ces inflations tarifaires.

Ihor Kolomoïsky serait le deuxième Ukrainien le plus riche du pays. Lui aussi dispose des faveurs des politiques en ayant le contrôle d’entreprises d’État sur le négoce du pétrole et la distribution d’essence. Il a été temporairement gouverneur d’un oblast. Il possède en partie un holding de médias. Ses réseaux d’influence le mettent en proximité de plusieurs partis politiques dont Front Populaire, Renaissance et Oukrop. Il est de nouveau aux affaires, proche de Zelensky. (cf. Ihor Kolomoïsky, le cavalier noir de la présidence ukrainienne (lemonde.fr)). Sa réputation est sulfureuse. (cf. Kolomoïsky, l’oligarque qui embarrasse le président ukrainien – Le Point) Il aurait financé des milices ultra-nationalistes en 2014 pour se battre contre les séparatistes du Donbass (cf. Pourquoi cet oligarque ukrainien, propriétaire d’une villa à Anthy, aurait une responsabilité dans la guerre | Le Messager). Sa banque, nationalisée dans un premier temps, a été mystérieusement restituée, durant l’entre-deux-tours des présidentielles de 2019, suscitant l’ire du Président Porochenko. (Ukraine : la nationalisation de PrivatBank invalidée à trois jours des élections (rfi.fr))   

Ces oligarques ont en commun d’avoir des entreprises industrielles ou énergétiques gagnées lors des privatisations avec la complicité des politiques, des groupes de médias, des banques et des partis politiques. L’ensemble permet de créer des marges, de financer les acquisitions, d’influencer l’opinion, de peser sur les lois. Ces oligarques exercent une prédation des activités par la captation des entreprises publiques de l’ère soviétique. Ce pillage organisé se fait contre les populations dont le niveau de vie est l’un des plus faibles d’Europe.

En conclusion, il est inouï de constater que ces mêmes médias ont changé totalement leur narratif de la situation en Ukraine : sous l’influence de qui ? Pour quelles raisons ? Dans quels buts ? Ces rédactions savent comme nous ce qu’il en est des faits. Pourtant, plus rien sur ce pouvoir mafieux, plus rien sur le nationalisme destructeur, plus rien sur les promesses du candidat, plus rien sur le redressement économique et sur la paix. Cette inversion s’explique-t-elle ? Oui. Elle a une seule et unique origine possible, l’intrusion massive d’institutions subversives étatiques totalement hostiles à la paix et au développement de l’Ukraine. L’enjeu est ailleurs.

Et les pauvres électeurs ont été trahis comme cette jeune femme dont O. Tallès reprend les propos, la pauvre :

« « Son inexpérience ? Je n’en ai pas peur, il ne peut faire pire que ses prédécesseurs », lance Alina Lissenko, 29 ans. La jeune femme aux ongles interminables tient la permanence électorale à Marioupol » (La Croix)

Certains évoquaient alors l’ultime espoir offert par le comédien, disant ce que le peuple voulait entendre, croyant peut-être illusoirement pouvoir agir en ce sens. Mais le système est plus fort que le peuple, il est plus fort que ce jeune Président qui va se retourner pour défendre tout ce qu’il a dénoncé. Voilà le destin tragique d’une Ukraine promise à la destruction pour des enjeux qui en font l’instrument d’une puissance visant l’affaiblissement d’une autre. Je persiste dans ce diagnostic que nous sommes outrageusement manipulés par des oligarchies qui n’ont que faire des populations, en Ukraine et ailleurs.

Cela pose des questions sur nos propres dérives anti-démocratiques, suspicion contre des partis politiques, restriction des libertés publiques dont celle de s’exprimer ; poids d’une oligarchie à la tête de holding dépendant des concessions d’État et des budgets publics dans la construction, les télécoms, les médias. En regardant l’Ukraine, j’ai parfois l’impression de voir la France demain.

Pierre-Antoine Pontoizeau

image_pdfimage_print