Les transitions macroniennes fatales et le précédent russe sous Eltsine

On nous assomme de toutes les transitions : énergétiques, numériques et maintenant démographiques, voire sexuelles. J’ai connu les classes de transition où l’on plaçait les jeunes les moins à l’aise dans les collèges. J’ai connu les transitions dans nos rédactions de français pour faire le lien entre les parties. Mais la mode est à nous dire que nous devons nous mettre en chemin, dans de vastes transitions, pour aller on ne sait où… Nos sociétés  seraient prises d’un mouvement compulsif général, un vaste transit pour un monde meilleur. L’expérience montre que la catastrophe est au bout de ces transits incertains. La preuve.

La transition fatale sous Eltsine

Mais  d’où nous vient cette propagande de la transition, car elle a déjà existé dans les années 90 ? C’est sous l’influence des conseillers américains présents autour de Gorbatchev puis d’Eltsine que fut lancée cette mode de la transition. Il fallait sortir de l’économie soviétique et assumer une vaste transition vers le libéralisme. La transition était partout : transition des marchés, transition vers la privatisation, transition politique. On se souvient du désastre. La société russe a frôlé la guerre civile, elle a connu le chômage de masse et la misère. Il faudra un coup d’éclat pour empêcher l’effondrement fatal de la Russie, alors que des oligarques et des sociétés américaines commençaient à se partager le fantastique gâteau des sociétés pétrolières et minières et les pépites de l’industrie soviétiques : armement, aéronautique et spatial par exemple. Sa démission, fin 1999, ouvre l’ère Poutine. La Russie connaît là une époque de ruine et de misère humaine catastrophique, très mal connue en Occident. J’emprunte cette introduction à de brillants chercheurs :

« Plusieurs crises conjoncturelles récentes importantes (1992, 1998) ont eu pour conséquence une chute de grande ampleur des niveaux de vie (division par deux en 1992). Le bilan démographique résume bien l’état actuel de la situation, celle d’une indéniable crise, mais avec des signes récents d’amélioration. L’espérance de vie pour les hommes n’est plus que de 58,8 ans, en baisse de 5 ans par rapport à 1990 ; pour les femmes, elle est désormais de 72 ans, soit 2 ans de moins qu’il y a une douzaine d’années. La mortalité infantile reste à un niveau élevé par rapport aux pays de l’Europe de l’Ouest, mais elle est en constante diminution. Globalement la population a tendance à diminuer. Divortialité élevée et cohabitation entre générations pour résoudre les problèmes de rareté des logements expliquent la fréquence élevée des familles monoparentales et des ménages complexes.  Le passage vers l’économie de marché a bouleversé le marché du travail. Mais le chômage, après avoir crû, a diminué dans les années récentes ; le taux actuel (7,9 %) est plutôt inférieur à ce que l’on observe dans les autres pays en transition, résultat d’une politique qui a préféré substituer à du chômage potentiel une baisse des salaires réels. Conséquence de l’inflation galopante qui a marqué la décennie 1991-2001, le salaire réel moyen de 2004 est à peine supérieur à la moitié de ce qu’il était en 1991. L’écart est moindre au niveau de l’ensemble des revenus, qui ont davantage profité de la reprise récente : en 2004, les revenus moyens représentent 83 % de ce qu’ils étaient en 1991. Plus de la moitié du budget est désormais consacrée à l’alimentation. Même si l’importance relative des prestations sociales a crû légèrement, dans les conditions actuelles de restrictions budgétaires, l’accès aux soins et à l’instruction n’est pas garanti pour tous. »

Conditions de vie et pauvreté en Russie, Irina Kortchagina, Lilia Ovtcharova, Lidia Prokofieva, Patrick Festy et Daniel Verger in ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 383-384-385, 2005, p.219

La presse française en parle un peu, à l’instar de Libération

LES ANNEES ELTSINE. Une économie en hibernation.Malgré l’embellie, le pays souffre encore de la crise de 1998. – Libération (liberation.fr)

En résumé, la crise des années 90, c’est :

  • Une inflation de 2000 % en 1992 et un effondrement total du pouvoir d’achat des Russes 
  • Un tiers de la population sous le seuil de pauvreté en 1995 
  • Un autre tiers consacre 90 % de ses revenus aux dépenses de toute première nécessité 
  • Une constitution de fortunes colossales par acquisition des biens d’État 
  • Une destruction massive de l’appareil productif : licenciements, fermetures, etc. 
  • Une chute du PIB de 50 % entre 1991 et 1998
  • Une amputation drastique des retraites faute d’argent disponible
  • Un pillage des arsenaux et une corruption croissante des fonctionnaires
  • Un niveau de vie en 1998 égal à 60 % de celui de 1991
  • Un désastre démographique (largement documenté dans l’extrait précédent).

La propagande de la transition décryptée par Sergei Kara-Mourza

Cet historien des sciences et sociologue, largement méconnu en Occident, est très probablement le plus grand sociologue vivant, auteur d’un ouvrage magistral : Manipulation de la conscience humaine. Il étudie avec attention cette hystérie des élites soviétiques pour la grande transition promue par les Américains comme la seule manière d’abandonner le modèle communiste. De nombreux experts économiques et financiers occidentaux eurent la responsabilité de la promotion de cette transition brutale. Elle va ruiner le pays en moins de dix ans, mais enrichir quelques rares élites et les compagnies mondiales, transitoirement aussi.

Il explique très bien cette fascination ridicule pour la transition. Déjà, Kara-Mourza interroge ce vocabulaire subversif : la transition, qui définit le mouvement sans dénommer le but de ce transit. Il étudie la période de 1989 à 1991 où des économistes américains viennent conseiller les politiques russes au nom de leur expertise en matière de réforme des marchés. Ils vont convaincre de la nécessité de privatiser au prix d’un chômage de masse. Kara-Mourza appelle cela : la suggestion. Rien ne démontre que privatiser est un bien pour l’économie dans l’absolu, tout montre que cela sera catastrophique pour de nombreux travailleurs. Pourtant la suggestion opère sur les décideurs, sans concertation avec les principales victimes de leurs décisions. Et cette transition économique provoque une crise sociale et culturelle profonde. Les populations ont été dépossédées, soumises et précarisées.

Avec finesse, il détricote la propagande américaine sur la grande transition. Il s’agit bien d’une campagne de subversion et de manipulation des esprits. Les élites russes perdent le sens des réalités, elles se laissent abuser par des verbiages pompeux. Elles cèdent à la pression de stéréotypes ridicules. Elles vantent le mythe américain et spéculent sur l’imaginaire. Ces décideurs ne voient pas où tout cela va les mener. Kara-Mourza appelle cela une entreprise de désarmement intellectuel et de destruction de la pensée logique. Les promesses sont incohérentes, irréalistes, mais les populations sont anesthésiées par la subversion américaine qui vend l’impératif de la grande transition libérale.  

Les transitions vers le chaos en Europe

Cela décrit, me semble-t-il, du même coup, l’époque actuelle en Europe. Les promoteurs des transitions déversent des tombereaux de propos incohérents, sans assises scientifiques, sans examen effectif des réalités industrielles et sociales. Abandon du nucléaire, voiture électrique au bilan carbone catastrophique, dépendance à des matières rares rendant leur généralisation impossible, parcs éoliens improductifs et au rendement économique dérisoire, destruction des terres noyées sous des milliers de tonnes de béton, etc. Transition numérique vorace en énergie, destructrice des matières rares, productrices de dépotoirs polluants, créatrices d’addictions, etc. 

Bref, nous subissons la même destruction de l’intelligence pour justifier toute ces transitions absurdes. Très étonnamment, les premiers signes sont les mêmes que dans la Russie d’Eltsine. Inflation, effondrement du pouvoir d’achat, destruction des outils industriels, pénurie de toute sorte, concentration des richesses sur des oligarchies. Bref, les grandes transitions précipitent les populations et les nations européennes dans la misère. Voilà de quoi méditer notre destin à l’aune de l’aventure de la grande transition russe qui fut une catastrophe. Est-ce bien ce que nous voulons ? Et là encore, à qui va profiter le crime : oligarchies, une grande puissance, mais certainement pas les peuples européens, plongés dans ce désastre des transitions fatales dont la Macronie se vante d’être à la pointe.

Pierre-Antoine Pontoizeau

image_pdfimage_print

6 Commentaires

  1. Forces de Droite unissez-vous, apprenez le langage contre révolutionnaire pour envoyer les gauchos dans les cordes.
    Il faut agir vite. Il faut un seul et même langage…

  2. je vais vous dire pourquoi poutine est haï par l’occident: il défends son peuple, sa culture, ses traditions

    • Totalement exact.
      je dirais plus : il aime son peuple, sa culture et ses traditions.

    • je dirais mme plus, la guerre en Ukraine contre la Russie fait partie des diversions ayant permis aux Us et en Europe de rameuter sans tambour ni trompette un maximum de millions d’intrus par la frontière mexicaine et par l’espagne.

  3. On pourrait completer : Le Migrant, c’est un type en Transit.
    C’est le vrai virus de notre nation.
    Rapellons que le transit intestinal, comme la transition au pays de Macron, produit de la merde.
    CQFD

  4. La connaissance du passé éclaire l’avenir. Les USA n’ont de cesse de détruire tous leurs concurrents.

Les commentaires sont fermés.