L'Etat Islamique chante « les routes inondées de sang écarlate »

défilé Ei raqqa

Défilé de l’État Islamique à Raqqa (Syrie)

L’État Islamique (EI) excelle dans l’art de la propagande. Les séances filmées d’égorgements collectifs, les crucifixions des adversaires et des contrevenants aux lois de la charia, le brasier public d’un homme en cage ont tous et toutes pour points communs d’exprimer la politique de l’État Islamique, de saper le moral des ennemis mais aussi de stimuler l’ardeur de ses combattants.
Le chant est aussi une arme de propagande pour l’EI. Nous avons choisi l’un de ses chants qui sont des hymnes guerriers. Les paroles sont un poème composé  et mis en musique au goût du jour pour la cause du jihad. Leur violence est une ode aux massacres. Nous avons voulu traduire ce chant et le porter à votre connaissance pour que vous appréhendiez dans quelle ambiance psychologique évoluent les apprentis jihadistes.
Remarquons tout d’abord – et cela bien sûr est tout à fait intentionnel – que la langue arabe utilisée dans ce poème n’est pas à la portée de tous les jihadistes tchétchènes, afghans, turkmènes, yéménites, tunisiens, britanniques, français…, dont le niveau en arabe littéraire est quasi nul, sauf pour certains dirigeants éduqués et de niveau universitaire. Cette langue tire les jihadistes vers le haut, exalte leur valeur : l’EI construit son épopée. Pour en comprendre exactement les paroles, le combattant a besoin d’un dictionnaire pour trouver certains mots non usités actuellement dans la presse, les médias, la vie quotidienne. Observons ensuite que c’est avant tout le rythme guerrier qui parvient à son oreille, porte d’entrée du conscient. Une brève étude métrique du poème montre un rythme saccadé, qui respecte la métrique arabe. Il s’agit ici d’ « al’mutaqâreb », c’est-à-dire de 2  hémistiches (2 demi-vers) bien distincts, sur le modèle de la poésie arabe classique. L’auteur emploie dans chaque hémistiche 4 fois le pied de « fa’ûlun », transcrit ainsi : //. /.  (فعولن ).  Ce rythme est très employé dans les chants patriotiques et dans les hymnes nationaux de certains pays arabes.
Voici le premier vers de ce chant guerrier de l’État Islamique :

قريباً قريباَ ترونَ العجيبَ          صِراعاً رهيباً وسَوف ترى ←

Kariban kariban tarouna al-‘ajîba    Sirâ’an rahîban wa saoufa tara

Écoutez le chant en vous aidant du texte ci-après, vous arriverez à saisir la logomachie de cette propagande jihadiste qui veut, en chauffant les esprits, en exaltant les combattants, envahir le monde et instaurer le règne de l’islam conquérant. La traduction, bien sûr, ne peut faire sentir les mots ni le rythme, ni les rimes (ici en -ra), elle n’en donne que le sens. Elle a respecté l’absence de ponctuation.
[youtube]_iV0pJ-p_9o[/youtube]
https://www.youtube.com/watch?v=_iV0pJ-p_9o
 
Bientôt bientôt vous verrez des merveilles
Un combat féroce tu le verras
Au cœur de ta demeure auront lieu les batailles
Pour te détruire j’ai aiguisé mon glaive
Nous avons marché de nuit pour trancher et massacrer
Le couteau de la vengeance est une voie pour quiconque le mérite
Avec les spectres de la nuit les jeunes hommes de terreur
Et une explosion de malheur qui mènent à sa défaite
Vous avez commencé à me combattre par l’alliance de l’ombre
Goûtez donc à ma malédiction quand elle éclate
Tu mettras du temps pour me combattre tu souffriras
Avec quoi affronteras-tu un homme jeune dans sa  puissance ?
Quand le cheval  est au galop relève la tête et bondit
Alors il se transforme en flamme lumineuse
Les balles sont de feu l’heure du châtiment est venu
Alors où fuir créatures scélérates ?
Vers vous nous venons en égorgeant et en apportant la mort
Par la frayeur et le silence nous déchirons l’espace
Votre échec est patent goûtez donc à votre perte
Déguerpissez fuyards sous le couvert de la nuit
Quand la mécréance gronde, écume et s’agite
Nous inondons les routes de sang écarlate
Avec des baïonnettes obscures, en frappant les cous
Pour entasser ces chiens de soldats
Nous sommes là nous sommes là nous sommes partis déterminés
Nous faisons tout pour humer l’air des sommets
Nous nous lançons vers la mort nous serrons les rangs
Nous mourrons debout comme les lions du courage.
 
Transcrit puis  traduit de l’arabe
par Bernard Dick
Au 03/03/2015 : nombre d’attaques terroristes islamiques mortelles :
TERRORISME 25244 ATTAQUES-03-03-2015
 

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