Lettre à Azita Rahinpoor, qui veut réformer l’islam

Publié le 9 novembre 2009 - par
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Suite à votre article « Le voile : protection ou instrumentalisation des femmes ? » publié sur le site de notre amie Nadia Geerts, permettez-moi de vous apporter le point de vue du laïque nord-africain que je suis.

J’ai trouvé votre attitude très intéressante. Vous vous définissez comme musulmane, vous avez saisi les enjeux liés à l’intégrisme islamiste, ce fascisme vert du XXIème siècle et, vous tentez, par conséquent d’apporter votre précieuse contribution à la libération des femmes musulmanes en particulier et des femmes belges en général, des visions confuses pour ne pas dire carrément fausses qu’on se fait souvent des islamistes. Une véritable mise en garde contre ce danger pour la cohésion sociale et la stabilité politique ; véritable socle pour toute perspective d’épanouissement et de développement de la collectivité.

Je relève cependant une insuffisance qui me paraît fondamentale à savoir, cette tendance à présenter l’islamisme comme une fausse interprétation de l’islam qui, selon ce point de vue qui se veut tantôt stratégique, tantôt populiste et tantôt autre compromettant, serait parfait, profondément irréprochable et totalement innocent par rapport à la violence qui a jalonné l’expansionnisme de l’islam depuis Mahomet à nos jours. Or, il est de notoriété publique que le dogme islamique reposant sur un corpus de versets et de hadiths, dont un certain nombre, très explicite et confirmé par ailleurs par les exégètes de l’islam et autres ulémas reconnus et représentatifs de la pensée musulmane, fait état d’une apologie assumée du crime, de la violence, de l’intolérance et de la misogynie.

Des islamologues éclairés, du reste denrée rarissime, ont été jusqu’à dénoncer cela en proposant tout simplement une réforme de l’islam qui, affirment –ils, comportait bien des versets et des hadiths totalement incompatibles avec notre époque et avec tout idée de démocratie, de tolérance et de république. Il conviendrait donc aux citoyens qui se définissent comme musulmans laïques et respectueux des valeurs démocratiques et de modernité, de se démarquer de ces versets et de ces hadiths, car au demeurant, ces questions internes à l’islam ne concernent au final que les musulmans eux-mêmes. Or jusqu’à preuve du contraire, ce sont les islamistes qui sont la vitrine de l’islam et qui le connaissent dans le détail, contrairement aux « musulmans » laïques qui, eux, ne connaissent de l’islam que des bribes hérités par la tradition et quelques versets, en partie incompris, imposés par l’école et qui donc, ne doivent finalement leur esprit de tolérance qu’à leur méconnaissance des textes de l’islam dans leur ensemble !

La religion étant une question de foi et d’idées transcendantes à l’intérieur d’un individu, celle-ci n’a aucunement besoin de s’exhiber sur la place publique contrairement à la quintessence même de toute idéologie fasciste et fascisante qui a grandement besoin de signes distinctifs extérieurs pour maintenir en permanence sa visibilité dans la société. Ces signes apparents sont en fait les moyens de communications par lesquels la propagande et son corollaire l’expansionnisme, s’exercent en permanence, faisant le lit au bourrage des cerveaux, à l’endoctrinement, à la manipulation, aux intimidations, à la corruption, à l’exploitation des désarrois collectifs et individuels… à travers les rencontres, les meetings, les conférences, les cours dans les mosquées, les regroupements de jeunes sous couverts de colonies de vacances, de séminaires, de sorties, de camping, les supports subversifs de la littérature intégristes (livres, CD, internet…)

Une fois de plus, cette question de réforme, d’adaptation de l’islam aux valeurs démocratiques, à la laïcité, à l’esprit de liberté et tout simplement au monde d’aujourd’hui, ne regarde et ne concerne que les musulmans et l’islam à l’intérieur de leurs mosquées. Dans les pays occidentaux comme dans les républiques du sud qui se battent pour un ordre laïque, il n’est et ne devra jamais être question de lier le débat sur le dogme islamique aux valeurs de démocratie qui portent ces sociétés. La laïcité fait que les questions internes aux religions ne doivent, en aucun cas, s’inviter sur la place publique, pour la simple raison qui fait que, les lois et les valeurs sociétales et institutionnelles ne devraient aucunement s’accommoder ni s’imprégner, de près ou de loin, de religion au motif d’une certaine conception décousue de l’identité culturelle, des droits de l’homme, de la liberté et du droit à la différence.

La rigueur démocratique et républicaine ne doit souffrir d’aucune équivoque pour repousser la religion dans son espace naturel (Mosquée, Eglise, Synagogue, Temple…) où ses pratiquants auront toute la liberté et toute la latitude d’organiser la pratique de chaque foi et, cas de l’islam en particulier, de débattre et de décider (enfin) sur l’opportunité ou pas d’une réinterprétation du coran et de la Sunna (tradition mahométane) et/ou la suppression pure et simple des versets et hadiths qui ne souffrent d’aucune ambiguïté par rapport à leur portée antidémocratique, misogyne et faisant l’apologie de la violence. Tant que l’on n’aura pas compris que la religion ne peut plus être considérée comme élément constitutif de l’identité culturelle, étant différemment appréhendée, voire même carrément non partagée, au sein d’une seule et même communauté, l’intégrisme continuera d’exploiter ces confusions sémantiques et ces petites lâchetés politiques pour grignoter, chaque jour un peu plus, sur le terrain de la république.

Ainsi, ayant toujours vécu dans un pays frappé de plein fouet par l’obscurantisme islamiste, je suis plus que jamais convaincu qu’aucune concession à cette idéologie, aussi minime soit-elle, ne pourrait être justifiée, car à chaque fois que la Démocratie recule d’un pas, l’intégrisme avance d’un autre et crie victoire ! Tout le reste n’est que littérature.

Salutations laïques

Halim Akli

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