Lettre à Guy Birenbaum : l'émission me laisse un sentiment complexe

Cher Guy Birenbaum,
L’émission à laquelle vous avez invité Riposte Laïque me laisse un sentiment complexe, que je vais essayer de vous faire partager.
J’ai eu, dans un premier temps, Laure Daussy au téléphone, pendant une bonne heure, et le contact a été sympathique. J’ai senti une divergence, j’ai compris qu’elle ne partageait pas notre discours, je n’ai donc pas été surpris par son article, le lendemain. Je lui ai même dit – j’avoue que j’ai un côté joueur – que c’était de bonne guerre.
Je savais qu’en acceptant votre invitation, vous n’alliez pas nous dérouler le tapis rouge.
Je n’avais aucune illusion quant aux types d’arguments, parfois crapuleux, que nos contradicteurs allaient nous opposer, notamment Bernard Teper. Le coup de Doriot, c’est sans surprise, j’y étais préparé. J’ai vu que cela vous a choqué, et je vous en remercie.
Le débat que vous avez animé me laisse perplexe. D’un côté, vous nous avez invité. Vous avez également créé les conditions pour que le plateau soit équilibré. Vous nous avez accordé un temps de parole appréciable, dont je vous remercie.
Mais de l’autre côté, j’ai ressenti que vous n’aviez qu’un seul but : prouver coûte que coûte notre connivence avec le FN, marteler cette évidence, quoi que nous disions. Vous étiez complètement dans la suite de l’article de Laure Daussy.
Nous avons eu beau amener des réponses, donner des exemples, rien n’y faisait, je sentais comme une volonté de « se faire Riposte Laïque » et ses connivences supposées avec Marine Le Pen.
Tout a été axé là-dessus.
Nous lançons un débat sur l’affiche du FN, contestant qu’elle soit raciste. Vous traduisez cela par « propagande pour le FN ».
Comment voulez-vous qu’on lance un débat sur une affiche, sans la porter à la connaissance de nos lecteurs ?
Nous publions une lettre d’une lectrice, Catherine Ségurane, où cette femme de gauche explique son parcours, et les raisons qui l’ont conduite à ne plus se reconnaître dans cette gauche, et à rejoindre Marine Le Pen. Vous traduisez cela par « vous avez des gens du FN dans la rédaction.

Vous ne citerez jamais un texte de Christine Tasin, ou de Roger Heurtebise, virulents contre le FN.
Vous ne voulez pas voir que nous ouvrons un débat, sans tabou, sur l’évolution d’un pan du FN, derrière Marine Le Pen.
Vous faites passer la chanson « Peuple de France », et vous traduisez cela par « chanson d’extrême droite, alors que c’est une chanson de résistant. Donc, volonté de nous mettre en permanence sur la défensive.
Vous aviez une deuxième obsession, montrer que la réalité de l’offensive de l’islam était un « délire », vous avez laissé échappé ce mot, à la fin de notre entretien.
Nous avons eu beau vous donner de multiples exemples, vous avez terminé par ce mot « délire », montrant une volonté de déni de réalité.
Concernant votre différent avec Anne, ce n’est pas gentil, même si cela est de bonne guerre, de chercher à nous opposer, Anne et moi, dans une réponse que vous lui faites. Nous avons un tempérament différent, et j’ai été contrarié, effectivement, de la tournure de la fin du débat, et de son départ précipité.
Cela ne retire rien au fait que vous m’avez donné l’impression de prendre un certain plaisir à rentrer dans cet affrontement, et à chercher à désabiliser Anne, en l’interrompant fréquemment. Je comprends donc son sentiment d’exaspération, et son ressenti contre vous.
Je vous avoue que j’ai été quelque peu surpris que vous utilisiez à deux reprises un argument d’autorité – vos diplômes – pour contrer le discours de RL, sur le FN et sur le Coran.
De même, je n’ai pu cacher à Laure, dans un mel, mon agacement devant le fait que vous continuez à marteler, après ce débat, le fait que Riposte Laïque marche avec le FN. L’affiche de Marine Le Pen à côté de notre autocollant est vacharde. J’avoue que sa question, pour savoir si d’autres laïques de gauche avaient rejoint l’extrême droite, m’a horripilé.
Je ne vous cache pas que nous ferons un dossier sur les arguments qui nous ont été opposés par nos contradicteurs, mais aussi sur notre ressenti sur l’émission, telle qu’elle s’est déroulée. Votre façon d’animer le débat, et votre propos « ni neutre, ni objetif » seront commentés par quelques rédacteurs, et lecteurs, qui nous ont déjà envoyé des premières réactions.
Nous allons, nous aussi, faire un « arrêt sur image ».
Par ailleurs, je suis quelqu’un qui discute avec tout le monde, et qui serre la main à tout le monde. J’ai constaté un désaccord (je n’oublie pas le mot « délire ») sur notre vision de la réalité de la France, et la vôtre.
Cela ne m’empêchera pas de vous faire découvrir, si vous en êtes toujours d’accord, quelques endroits fortement islamisés, comme je vous l’ai évoqué en fin d’émission.
Je vous proposerai même Le Bourget, et un ou deux autres endroits, si des amis à moi, qui connaissent mieux, sont disponibles.
Pierre Cassen
Texte publié, à la demande de Daniel Schneidermann, sur le forum d’Arrêts sur Images

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