Lettre à Pierre Izard, cet homme qui se dit de gauche et qui m’a interdit d’intervenir à Toulouse

Publié le 14 mars 2011 - par - 1 583 vues
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Monsieur le Président,

J’étais invitée le 9 mars à Toulouse depuis plusieurs mois par la commission « Droits des femmes » de la fédération du PS. de Haute Garonne. Il s’agissait de débattre sur le féminisme, après la projection du film « La journée de la jupe ». Depuis des décennies, je suis compagne de route du PS, j’ai été proche collaboratrice d’Yvette Roudy quand elle était ministre des droits de la femme, je suis souvent invitée par des délégations femmes PS. Martine Aubry m’a remis en 1998 la Légion d’honneur pour mon engagement dans la cause des femmes. Je me réjouissais donc d’avoir un échange avec les femmes du PS. Mais il est vrai que je prends certaines distances avec votre parti, quant à ses positions floues et peu courageuses sur la laïcité.

Et voilà qu’on m’annonce, alors que j’arrive à l’aéroport de Blagnac que le réunion est annulée. Le bruit court qu’une poignée d’extrémistes de gauche, NPA et Libertaires, ont décidé d’empêcher la réunion. Mais Il faudra attendre le communiqué local du PS, deux jours après, pour connaître les raisons de cette censure venue d’en haut et à laquelle vous n’êtes pas étranger. Le motif ? Les propos que j’aurais tenus lors des assises sur l’islamisation de l’Europe le18 décembre 2010 . Ils ne seraient pas conformes à votre éthique, qui serait de défendre l’antiracisme et l’antisexisme.

Antisexisme ? Je ne l’ai pas constaté sur place : déni d’une parole libre, recours à des méthodes autoritaires pour interdire d’en haut une réunion démocratique, mépris total pour les femmes de votre parti qui avaient décidé de cette réunion. Vous vouliez bien consentir à les laisser projeter le film, mais pas à m’accueillir !! Non seulement, elles n’ont pas accepté ce compromis qui ne vous honore pas, , mais elles ont quand même tenu notre réunion dans un restaurant. Nous y avons échangé librement et joyeusement.

Quant au racisme dont vous osez me soupçonner, il faut lui faire un sort. Les propos que j’ai tenus lors des Assises n’ont rien à voir avec du racisme, ou alors vous confondez race et religion. il s’agissait, lors de cette réunion mémorable qui a attiré plus de mille personnes venues de l’Europe entière, de mettre en cause une certaine islamisation des pays européens que vous cautionnez, donc de tirer la sonnette d’alarme sur l’intrusion du religieux dans la sphère publique, ce qui est en contradiction parfaite avec la loi de 1905. Vous êtes en train de mettre à mal cette loi, au travers des accommodements déraisonnables que vous lui opposez. Ce n’est pas parce qu’on peut coïncider avec Marine Le Pen sur certains points qu’on est d’extrême droite. Raccourci intolérable et malhonnête. Je n’ai jamais fait alliance avec Marine Le Pen., par contre vous vous commettez avec les staliniens gauchistes qui ont fait pression sur vous pour m‘interdire de parole.

Vous ne vous posez jamais la bonne question : pourquoi cette montée du FN ? Etes vous sûrs de ne pas y contribuer, en restant sourds aux avertissements et à la souffrance de ceux que vous êtes censés représenter, que vous avez abandonnés et qui en retour vous abandonnent ? Quand tirerez vous les leçons de vos échecs successifs à la présidentielle depuis des décennies ? Il y a longtemps que vous désespérez le peuple de gauche.
Mais une autre question se pose : êtes vous encore à gauche ? Vous êtes prompts à donner des leçons de pensée correcte à quiconque ose repenser les dogmes sur lesquels vous campez. Mais les respectez vous ? Vous avez préféré céder aux pressions d’une poignée d’extrémistes, dont le parti est en voie de désertification, plutôt que de respecter l’élémentaire liberté d’expression, revendiquée par les femmes du PS, au travers de cette réunion démocratique.

Etes vous bien conscient du mépris avec lequel vous traitez les femmes en général à travers cet interdit ? En passant outre la décision des membres de votre Parti d’organiser en toute connaissance de cause, un débat sur le féminisme, vous vous conduisez comme un potentat local, qui traite ses femmes comme des petites filles du haut de son paternalisme suffisant. Avez vous bien mesuré votre outrecuidance et l’offense que vous me faites ? Vous vous prétendez homme de gauche, mais vous recourez à des méthodes autocratiques et infligez une grave vexation à une personnalité reconnue . Vous vous étonnerez ensuite que l’électorat féminin, qui vous a porté au pouvoir en 1981, se détourne de plus en plus de vous.
Et vous vous présentez comme défenseurs de l’antisexisme ?!
La censure ne sert jamais ceux qui la pratiquent. Vous n’aurez pas réussi à nous empêcher de nous réunir quand même. Par contre vous ne sortez pas grandis face à vos militant/es, de cette regrettable erreur politique.

Je ferai savoir autour de moi, pas voie de presse, dans le réseau associatif, auprès de mes amis/es socialistes, Jean Marie Le Guen, Anne Hidalgo, Yvette Roudy, Françoise Durand, l’inadmissible censure dont vous vous êtes rendus coupables.
Je vous prie de croire à l’expression de mes sentiments distingués.

Anne Zelensky

Professeur agrégée, présidente de la Ligue du Droit des femmes, cofondée avec Simone de Beauvoir en 1974, auteure de plusieurs ouvrages.

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