Lettre à tous : ennemi de la femme, qu'as-tu fait de ta mère ?

« A chaque génération ses erreurs pour lesquelles elle est condamnée.
Y aura-t-il un jour une génération qui se singularise en prenant la bonne voie ? »   (Abou al-‘Ala’ al-Ma’arri) (1)
Aujourd’hui, il ne s’agit pas d’une Lettre de Tunisie (2). Il ne s’agit pas non plus d’un repos du guerrier dont l’arme glisse de la main, mais d’une simple coïncidence : au cours de la nuit de samedi, ma douleur s’est intensifiée et j’ai fait appel aux calmants mais il n’y en avait plus. Je n’avais personne pour venir à mon secours et aller en chercher dans les pharmacies de garde. J’ai voulu détourner mon esprit des douleurs du cancer par le plaisir d’écrire.  Allongé sur le dos, je me suis appuyé sur trois coussins, le crayon à la main  … pour écrire cette lettre à toutes les habitantes de la terre d’islam.
La violence symbolique (3) est l’arme de l’extrême-droite islamique pour dompter ses victimes à la façon du dompteur de cirque qui dompte ses animaux féroces. Le concept de la violence symbolique dans la sociologie contemporaine est la principale clé pour comprendre plus en profondeur la stratégie des dompteurs religieux et des idéologues en ce qui concerne les femmes. Ils veulent qu’elles adoptent l’idée que le bourreau se fait d’elles : « Elles manquent de raison et de religion », « Consultez-les mais faites le contraire de ce qu’elles disent ». Ce hadith sadique, dans la conscience musulmane populaire s’exprime dans les proverbes populaires égyptiens : « L’avis de la femme, s’il s’avère juste, détruit la maison pendant un an. S’il s’avère faux, il détruit la maison la vie entière ! ». « La prière devient caduque si un chien noir ou une femme passe par là » … Donc, pour Dieu, le Très Haut, un chien blanc mérite plus de considération et de vénération qu’une femme !
Le parti du Hadith ou tribu du « On nous raconte » décrit par Jamal al-Banna (4) dans son livre Le crime de la tribu « On nous raconte », est pour lui un crime contre l’islam car il considère que les Hadiths hostiles à la femme sont une vengeance contre les mères car les membres de ce parti les accusent d’être l’incarnation de la personne de la mère des croyants, Aïcha. Ils se vengent ainsi  d’elle parce qu’elle a participé activement à la Grande Discorde (5) : Elle a incité l’assassinat d’Othmân (6) en disant « Tuez Othmân car il a apostasié ». Puis, quand Ali a reçu les allégeances en tant que calife, elle a refusé de prêter allégeance à Ali et a pleuré Othmân en réclamant le châtiment des tueurs au point qu’on a dit d’elle : « Hier, tu incitais son assassinat et aujourd’hui tu pleures Othmân » (al-‘Aqd al-Farid). Il semble qu’Ali avait conseillé à l’époux d’Aïcha de la répudier suite à l’affaire du « hâdithat al-ifk » (7) et parce qu’elle l’a combattu dans la bataille d’ « al-Djamal ». Parce qu’elle a comploté à l’assassinat du Prince des croyants, Othmân, et parce qu’elle a combattu le Prince des Croyants Ali, le parti du Hadith la présente comme  « une mère féroce ».

                                                  Photo  Bettina Rheims (**) NDT
Les dompteurs religieux et les idéologues sont d’habitude des cas du ressort de la psychiatrie. Ils accablent les enfants en leur exposant le choc terrible du sevrage qui représente,  avec le choc de la naissance, la section du cordon ombilical, le choc de la circoncision, un fantasme du « feu de l’enfer » dans l’inconscient du nouveau-né. Au dixième mois, qui est habituellement le mois du sevrage, la mère dit à son enfant, un jour,  en retirant son sein de sa bouche pour la dernière fois : « Tu es maintenant un être indépendant de moi, débrouille-toi seul et que Dieu vienne à ton aide … ». Sartre a dit : « La liberté donne le tournis ». L’indépendance de l’enfant sevré de sa mère, lui qui est resté un an entier à croire qu’il est un prolongement  physique de sa mère, provoque chez lui une syncope. Cette mère qui le prive de son sein, comme source de vie depuis qu’il a vu le jour, il la représente dans son imagination comme « une mère féroce », comme le dit la sociologie des profondeurs de l’âme. Devenu grand, il décide de se venger d’elle avec force par une violence symbolique en se transformant en ennemi de la femme, de toute femme, durant toute sa vie. Il  considère la femme plus méprisable qu’un chien blanc qui, lui,  ne rompt pas la prière quand il passe devant quelqu’un qui prie. N’est-t-il pas sorti du ventre de notre mère Ève, du paradis de l’allaitement, d’un paradis de félicité « en complicité avec le serpent » ? Auparavant, il avait été expulsé par sa mère du premier paradis: le paradis de la matrice d’où il recevait sa confortable subsistance. C’était le choc de la naissance.
De là vient que le fils ingrat se venge de sa « mère féroce ». Certes, c’est un crime fictif et symbolique mais les crimes fictifs et symboliques sont plus pénibles sur l’esprit que tous les crimes réels réunis. Ainsi, le cheikh de n’importe quelle mosquée ou le guide de n’importe quel mouvement de l’extrême-droite islamique fait coup double en rendant la mère complice de la vengeance que le fils exerce sur elle. Ces hommes obligent cette mère   à se convaincre qu’elle est plus impure qu’un chien blanc par le fait que c’est Dieu qui l’a informée de cela dans un honorable hadith ou un noble verset. La femme, qui s’est imprégnée de la suggestion de ce que pense d’elle son bourreau, va même très probablement interrompre sa prière au passage d’un chien noir ou d’une femme ! Incroyable, mais c’est la vérité !
Au début du 3e millénaire, l’extrême-droite islamique a organisé une manifestation d’un million de participants contre le Code du droit privé du Maghreb qui promettait à la femme de la libérer de l’esclavage tant réel que symbolique. La moitié des manifestants était des femmes voilées ou niqabées, c’est-à-dire celles qui ont enfoui en elles jusqu’à la moelle le mépris d’elle-même ! C’est ça  la violence symbolique : deviens ton propre bourreau et tu deviens complice de ton bourreau dans la marche sur la voie des douleurs tout au long des années et des époques.
La violence symbolique est un concept sociologique défini par Pierre Bourdieu. Il signifie que la victime croit à l’idée que le bourreau se fait d’elle. L’idée s’infiltre dans son esprit à travers l’éducation familiale, scolaire, sociale qui lui inculque que Dieu, son Prophète et les imbus de science (religieuse) sont tous unanimes pour dire qu’elle « manque de raison et de religion » et que « les femmes forment la majorité des gens en enfer » ! Y aurait-il après cela un doute dans l’esprit de celle qui doute  qu’elle est une création de deuxième catégorie et qu’elle a été programmée de surcroît à commettre tous les péchés mortels, qu’elle est condamnée à en payer le prix en humiliations ici-bas et en souffrances dans l’au-delà, en châtiments proportionnels à ce que ses mains et ses pieds ont commis ?
Si la victime ne croit pas le bourreau, elle ne sera pas la victime et lui ne sera pas le bourreau. A quoi a-t-elle cru ? Elle a cru que son bourreau faisait partie du « groupe des sauvés » et que la victime faisait partie des objets abandonnés par le groupe des  damnés. C’est écrit sur son front, l’œil doit le voir. Quelqu’un pourrait lui dire : « N’est-ce pas  injuste ? » Elle lui répond, irritée : « Non, les hommes imbus de science n’ont-ils pas dit que, si Dieu nous fait souffrir, c’est par pure justice, s’Il accepte notre repentance, c’est par sa pure grâce » ! L’éducation religieuse, admonestante et culpabilisante a atteint ses victimes  par un masochisme moral [en français dans le texte] c’est-à-dire  la perception par l’être humain qu’il est coupable sans qu’il ait commis aucune faute !
Cette violence symbolique,  non perçue par sa victime comme une violence, c’est elle qui autorise l’autorité symbolique, connue et reconnue par ses victimes, à abaisser la femme et à juger tout être humain. C’est ainsi que l’infériorité de la femme n’est plus un fait tyrannique dépourvu de légalité, elle est rendue légale par le fait qu’elle est une deuxième nature inséparable de sa féminité. Mais le pire, c’est qu’elle devient un jugement légal qui culpabilise la femme si elle le transgresse et qui la gratifie si elle l’applique, en premier lieu, sur elle-même. Le véritable esclavage, c’est celui qui a été intégré symboliquement car la victime est persuadée qu’elle le mérite. Avec la violence symbolique, les choses ne reprennent plus leurs noms réels  mais prennent des noms créés dans la pensée par l’éducation. La victime s’associe avec son bourreau dans le feuilleton de sa torture, exactement comme dans le masochisme où le masochiste supplie le sadique pour être, par la parole et par l’action, sadique comme lui. Bien sûr il souffre mais il se  délecte de sa souffrance. Par l’assimilation du masochisme et de son corollaire la violence symbolique, les choses perdent leur signification.  Seule compte  l’impression qu’on se fait d’elles. 
Je ne sais pas si guérir  du masochisme est possible, mais guérir de la violence symbolique est possible. Je connais des femmes qui se voilaient par une conviction religieuse à laquelle elles n’avaient pas réfléchi. Mais elles ont réfléchi un bref instant sur leur conviction religieuse et l’ont déchirée symboliquement comme elles l’ont assimilée symboliquement. Quel est cet instant ? C’est l’instant du réveil du sens critique endormi par la religion ; c’est l’instant au cours duquel l’être humain, homme ou femme reconnaît  qu’ « à chaque génération ses erreurs par lesquelles elle est condamnée». Il décide ou elle décide alors de ne pas y croire et de s’en affranchir. La conscience critique est celle qui arrache le masque derrière lequel se camoufle le Dracula de la violence symbolique pour sucer, jusqu’à la dernière goutte, le sang de ses victimes. 
Cet éveil critique historique a commencé à se manifester depuis quelques décennies selon deux orientations historiques complémentaires. La première, l’orientation féministe laïque, c’est l’orientation des femmes d’avant-garde qui sont rassasiées par les valeurs de la modernité et par sa philosophie humaniste universelle, prédominantes dans le monde où nous vivons, et qui n’acceptent pas d’autres alternatives. Celles qui  représentent cette orientation sont nombreuses, leur nombre est incalculable. Par exemple, je cite, pour la Tunisie, deux symboles parmi des dizaines : Raja’ Ben Salama et âmâl Qarami. La seconde orientation est celle des féministes musulmanes, qui ont rompu avec la lecture littérale masculine du texte fondateur, le Coran, et qui l’ont remplacée par une lecture féminine et féministe islamiques. C’est une lecture qui a réalisé de grandes percées, qui a pris date d’un avant et d’un après dans le démontage d’un système juridique hostile à la femme, rédigé par les hommes et pour les hommes. Cette orientation a été inaugurée par Fatima al-Marnisi avec son livre Le Harem dans lequel elle a démantelé les mythes de la violence symbolique qui ont fondé l’hostilité de l’islam à l’égard de la femme. La Tunisienne Oulfa Youssef poursuit actuellement ce démantèlement par des interprétations osées autant que pertinentes. Ces deux orientations forment, avec l’islam éclairé, des alliés  précieux de la modernité en terre d’islam. L’islam éclairé est conduit par des dizaines ou peut-être des centaines d’exégètes parmi les musulmans pieux comme Diamâl al-Banna. Sans aucun doute, les deux orientations féminines promettent de se tailler la part du lion dans le démantèlement des mythes de la violence symbolique. 

La violence symbolique est l’essence de l’autorité symbolique, autorité par laquelle les esclaves obéissent à leurs maîtres, les femmes aux hommes de la famille et les opprimés à leurs oppresseurs. Il semble que le premier qui ait façonné le contenu de l’autorité symbolique est l’écrivain français La Boétie (8) dans son livre Discours de la servitude volontaire, traduit [en arabe] par Moustapha Safouan. Cet esclavage choisi ou volontaire apparaît à la victime comme une fait naturel, ou pour la lexicologie islamique,  comme un instinct de Dieu qui l’a transmis aux humains ; ainsi, il ne soulève plus de réprobation et par conséquent pas de rébellion. Mais par contre, ce qui est étonnant, c’est ce qui soulève la réprobation de certains c’est-à-dire le fait que les victimes réprouvent ceux qui condamnent leurs bourreaux. Pourquoi ? Parce que les injustices des bourreaux, la conscience des opprimés ne les a pas captées comme étant des injustices mais comme des actes d’autorité au service de la victime. Par exemple, la femme qui supplie son bourreau de la lapider (car la violence symbolique l’a auparavant écrasée en la persuadant que c’est une faute et une honte de disposer de son corps pour un instant de caprice qui lui fait oublier que son corps appartient exclusivement à un autre !) est venue réclamer la lapidation pour expier cette grande faute. Toute violence, même si elle est flagrante, requiert un bourreau pour « retirer par l’autorité ce qui ne peut l’être par le Coran », comme l’avait dit Othmân, de même qu’elle a besoin d’un mufti qui permet par le Coran ce que ne permet pas l’autorité seule du sultan. Le mufti ajoute la légalité religieuse au geste du bourreau en asséchant sa conscience morale par la fatwa. C’est ce que font les hommes de loi du terrorisme avec leurs victimes qu’ils choisissent parmi les gens cultivés libres. Il n’est pas nécessaire que l’autorité symbolique oppressante soit une personne, elle peut être une institution, une idéologie, une religion qui bénéficient de l’assentiment collectif, c’est-à-dire d’une violence symbolique intégrée par la conscience collective. Bourdieu a donné une caricature, dérisoire en apparence, pour justifier l’autorité symbolique et sa violence : « Ne tiens pas le couteau de la main gauche ». Cela ne nous rappelle-t-il pas les : « Entre à la mosquée par le pied droit et à la latrine par le pied gauche comme le faisait le messager d’Allah, qu’Allah prie sur lui et lui adresse le salut » ? En réalité, la latrine ne fut connue des Arabes qu’à la période des Omeyyades (661-750) qui l’imitèrent des Byzantins ! La victime assimile en apparence ces futilités qui la conduisent à livrer ses pieds au fouet et son corps à la lapidation … C’est ça la logique qui gouverne le lien entre le maître et l’esclave, entre celui qui fouette et celui qui est fouetté, entre l’oppresseur et l’opprimé.
Cette relation de soumission volontaire se voit dépossédée de son visage d’emprunt par la sociologie contemporaine, porteuse de la conscience critique. Il n’a pas été dit vainement que « La connaissance est libérée » des jugements préexistants et des mythes des anciens et des modernes. 
La violence symbolique n’est pas responsable du musulman qui capitule devant l’instinct de mort qui a pris la place de son inconscient. Cet inconscient a été détruit par l’éducation religieuse, qui, non seulement réprimande et culpabilise, mais est responsable, tout particulièrement chez les musulmans arabes, les masses et les élites arabes, de leur refus de monter dans le train de la modernité qu’ils considèrent comme une imitation criminelle et illicite des non-musulmans, comme le leur ont  appris leurs porte-paroles au nom d’un islam de l’allégeance et de l’innocence qui a avalé tout l’islam depuis le 12e siècle.
A la tête d’une délégation en visite à Tokyo, l’écrivain égyptien al-Sayyed Yassine a interrogé le chef de la délégation japonaise : « Comment votre religion vous a-t-elle permis d’intégrer la modernité occidentale ? » Il lui a répondu avec étonnement : « Que vient faire la religion là-dedans ? ». Les Arabes entreront dans la modernité quand leurs élites et les meilleures parties de leurs populations tiendront le même discours que celui du chef de la délégation japonaise. Cela, bien sûr, après avoir pris conscience de la nécessité d’imiter les « mécréants » dans leurs institutions, leurs valeurs, leurs sciences,  « là où », comme le dit ce japonais, «  nous trouvons de l’intérêt ».  
Dalil Abou Bakr, recteur de la mosquée de Paris, a écrit que le roi Fahd avait invité les savants religieux du Royaume pour émettre une fatwa pour qu’il puisse introduire dans le pays  l’antenne parabolique (« le dich »). Ils ont émis cette fatwa : « Le dich n’est en rien dans le Coran ». Il les a retenus pour prolonger l’entretien et a donné comme instruction à ses agents de remplacer chacune de leurs Mercedes par un chameau. Puis il a donné congé à ses invités. Quand ils ont découvert la substitution, ils sont revenus et lui ont posé des questions : « Où sont passées nos voitures ? » Il leur a répondu : « La Mercedes n’est en rien dans le Coran ! ». C’est alors qu’ils ont rendu licite l’introduction de la parabole. Il y a quelque chose de comique à demander aux « savants » religieux, qui ne savent pas distinguer « leur coude de leur pied », leur avis pour faire entrer la modernité en terre d’islam. Cela perdure depuis le 17e siècle. Ils ont interdit de boire du café, de prendre le chapeau comme couvre-chef, interdit d’autres produits de la modernité, sans parler de ses valeurs, de ses sciences. Des dizaines de fois, et ils continuent à interdire …
La violence symbolique religieuse fait des dompteurs religieux des défenseurs sans faiblesse des droits de Dieu et des opposants inconditionnels aux droits de l’homme. Droits qui sont bafoués et qu’ils considèrent qu’ils méritent de l’être ! Il n’est donc pas étonnant qu’un sondage, diligenté par une institution américaine vers le début de 2011, découvre que 82% des musulmans égyptiens ne trouvent pas d’inconvénient à lapider une femme adultère et que 84 % sont favorables au meurtre de celui qui change de religion, l’apostat !
En 1956, année de la promulgation du Code privé, la Tunisie a connu une sécheresse qui a ruiné l’agriculture et l’élevage. Les cheikhs d’al-Zaytouna avaient déclaré que c’était une punition de Dieu parce qu’on avait accepté des lois qui échappent à la religion ! Bourguiba leur a répondu par un discours radiodiffusé : « Mohammad V,  roi du Maroc, ne rate pas une génuflexion dans sa prière alors que le nature ne l’a pas épargné par le tremblement de terre d’Agadir ». Il n’y a donc pas de lien entre la sécheresse, le tremblement de terre et la religion, il s’agit de simples phénomènes naturels … 
Que faire pour libérer les têtes des musulmans du cancer de la violence symbolique ? Il faut enseigner le projet de la réforme de l’islam.  Reportez-vous à Al-Afif Al-Akhdar : L’étude de l’islam et son enseignement à travers les sciences des religions. Et surtout, en généralisant les vérités de l’histoire comparée des religions dans les médias et dans l’enseignement autant que possible. C’est seulement quand le musulman, à travers l’histoire comparée des religions, apprendra que la plupart de ses rituels, de ses doctrines et de ses interdits proviennent des mythes et des religions païennes mortes comme la religion babylonienne et la religion égyptienne, qu’il sera à même de relativiser sa religion, d’en faire un symbole et de la descendre de son piédestal historique. Ainsi, il se libérera du poids de sa charge psychologique qui le prive de tout sens critique et tue en lui toute culture du questionnement.
Les sciences religieuses, et surtout l’histoire comparée des religions, garantissent la libération des dizaines de millions d’esclaves et de servantes qui ont troqué leur liberté contre leur esclavage, choisi en terre d’islam et au nom de l’islam. En leur donnant pour arme la conscience critique de l’histoire, elles font éclater par cette dynamite les mythes de la violence symbolique. Par exemple, quand les médias populaires éclairés ou l’enseignement général éclairé présentent, du point de vue de l’histoire comparée des religions,  à ceux qui leur posent la question, le mythe de la création du monde en sept jours par sept divinités comme elle est rapportée par le mythe babylonien traduite par les Juifs des razzias babyloniennes, transmis au judaïsme et à l’islam et qu’on le compare à la formation de l’univers qui, selon la physique cosmique, a pris une fraction de seconde lors du grand bang. De même, la présentation du mythe de la création d’Adam et d’Ève dans les mythes sumériens et autres quand on le compare avec les certitudes de la biologie sur la formation de la vie en partant de la bactérie unicellulaire dans l’océan de l’ère primitif depuis 4 milliards d’années … et la séparation du singe-homme de son cousin le chimpanzé  depuis six millions d’années … De même, le mythe de la destruction de la ville de Sodome et le mythe de Noé relaté dans l’épopée de Gilgamesh ! qui fut écrite en écriture cunéiforme au 18e siècle av. J.-C., c’est-à-dire plusieurs siècles avant l’apparition de la religion juive … On compare aussi le voile islamique avec le voile païen sur lequel a légiféré le Code assyrien au 12e siècle av. J.-C. (cf sur plusieurs sites, Al-Afif Al-Akhdar : Le voile islamique est-il païen ?) et les peines dans le droit islamique avec les peines babyloniennes dans le Code d’ Hammourabi au 18e siècle av. J.-C. … 
Réformer l’islam, par son étude et son enseignement  à travers les sciences religieuses dans des écoles sur internet ou des chaînes satellitaires, est la réponse appropriée à l’école islamique obscurantiste, prévisible même en Tunisie et sûrement en Égypte et dans d’autres pays où le train de la révolte passe. à travers cette révolte s’infiltrera l’extrême-droite talibane et salafiste qui cherchera à se faire la main sur l’esprit des orphelins comme si elle y posait des ventouses ! 
Quand les musulmans d’aujourd’hui et de demain prennent et prendront conscience, par les médias et l’enseignement,  que la plupart de leur rituels et de leurs doctrines leur ont été transmis par les religions païennes, ils les accepteront en tant que  symboles culturels imposés par la loi de l’acculturation inéluctable entre les cultures et les religions. Prendre conscience des mythes et des symboles religieux tels qu’ils sont et les accepter c’est aussi une thériaque contre le fanatisme et le terrorisme répandus aujourd’hui en terre d’islam. 
Écoutez ce conseil, considérez-le comme paternel si vous voulez : si vous ne réformez pas l’islam en l’étudiant et en l’enseignant par la science des religions, vous demeurez condamnés à regonfler le pneu troué de votre véhicule dans lequel vous comptez monter pour rejoindre le convoi de la modernité et vous demeurez dans le marécage du retard historique où vous êtes tombés il y a huit siècles ! 
Al-Afif Al-Akhdar             

Traduit de l’arabe par Bernard Dick 

Notes du traducteur :
(*)  Al-Afif Al-Akhdar : essayiste et intellectuel tunisien.  http://www.ahewar.org/debat/show.art.asp?aid=261856, 4/06/2011 Auteur du texte  « Campagne et appel pour l’abrogation de la charia dans les pays arabes »  http://ripostelaique.com/author/Al-Afif-Al-Akhdar.
(**)http://www.bing.com/images/search q=bettina+rheims&view=detail&id=E4AA447ED5EBD4522DB0DF9A83907CC35A5EFB76&first=0
(1) Abou al-‘Ala’ al-Ma’arri (973-1057), poète et philosophe arabe, né en Syrie. Ses œuvres sont marquées par un scepticisme tant envers la religion qu’envers la vie : « Une tristesse à l’heure de la mort est d’une joie bien plus grande que la joie à l’heure de la naissance ». Dante se serait inspiré de La lettre du pardon d’Abou al-‘Ala’ al-Ma’arri  pour écrire sa Divine Comédie.
(2) L’auteur écrit une série d’articles intitulée Lettres de Tunisie. 
(3) Pierre Bourdieu (1930-2002),  sociologue français,  La violence symbolique  est d’une importance majeure dans son analyse sociologique. Voici comment il la définit dans Raisons pratiques, 1994, p.188 : « La violence symbolique, c’est cette violence qui extorque des soumissions qui ne sont même pas perçues comme telles en s’appuyant sur des « attentes collectives », des croyances socialement inculquées. Comme la théorie de la magie, la théorie de la violence symbolique repose sur une théorie de la croyance ou, mieux, sur une théorie de la production de la croyance, du travail de socialisation nécessaire pour produire des agents dotés des schèmes de perception et d’appréciation qui leur permettront de percevoir les injonctions inscrites dans une situation ou dans un discours et de leur obéir. »
(4)  Djamâl al-Banna, frère de Hasan el-Banna, fondateur des Frères Musulmans en 1928, est un religieux libéral. Il a choisi la voie inverse de celle de son frère. Il est l’auteur d’al-Hidjab (le voile) (cf l’introduction sur : http://ripostelaique.com/Burqa-et-voile-bonnet-noir-et-noir.html  
(5) La Grande Discorde, en 656-657, est celle de la séparation entre sunnisme, chiisme et kharijisme.
(6) Othmân : 3e calife (643-655). En 653 il ordonna la recension du Coran.  
(7) Hâdithat al-ifk : on raconte que la femme de Mahomet, Aïcha, au retour d’une razzia, rata la caravane, ce qui provoqua des critiques et une suspicion d’infidélité conjugale.
(8) Etienne de La Boétie (1530-1563), écrivain humaniste et poète français, auteur à 18 ans du Discours de la servitude volontaire qui traite de la question de la légitimité de toute autorité sur une population et essaie d’analyser le rapport domination/servitude. Une de ses phrases célèbres : « Les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux ».
 
 

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