Lettre ouverte à ceux qui ont applaudi Ayaan Hirsi Ali dimanche soir

Lettre ouverte à :
Mesdames Rama Yade, Ségolène Royale, Elisabeth Badinter, Julia Kristeva, Caroline Fourest,
Messieurs Bernard Henry Levy, Pascal Bruckner, Philippe Val, Benoît Hamon, Laurent Joffrin,
Et à tous les participants, Elisabeth Guigou, Jack Lang,
Je m’appelle Fanny Truchelut, j’ai 54 ans. Je suis condamnée à 4 mois de prison avec sursis et 8.500 € d’amende pour avoir osé demander à deux femmes voilées de le retirer dans les parties communes de mon gîte rural de groupe. J’ai fait appel de cette décision.
Mais je suis sûre que vous connaissez mon histoire.
J’ai assisté à la conférence, dimanche 10 février, pour la défense d’Ayaan Hirsi Ali.
Je cite cet article du « Monde » : « quand elle a pénétré, souriante et raffinée, en tailleur pantalon beige, l’assistance lui a fait une « standing ovation ».
Il est inadmissible qu’en ce monde, une personne puisse être condamnée à mort pour ses idées. Effectivement, il faut aider et protéger Ayaan.
Ensuite j’ai entendu, d’une voix unanime, vous toutes et tous dire, entre autre, que :
– nous avons le droit de critiquer les symboles ou l’idéologie d’une religion si elle menace directement les libertés individuelles fondamentales,
– nous avons le droit de blasphémer
– les islamistes se nourrissent de nos compromissions et ils se renforcent de nos lâchetés,
– en encourageant les barbus, ils en demandent de plus en plus.
Mais nous étions dans un lieu clos, sous bonne protection policière.
Moi, je venais des Vosges et au fur et à mesure de la soirée, j’étais de plus en plus scandalisée par ce que j’entendais, car moi aussi, ma vie bascule un jour, le 11 août 2006.
Je n’ai rien dit, entendant par ci, par là des réflexions (dont : et le voile ?). Aucune allusion à ce symbole tout au long de la soirée.
Moi, en demandant à Horia Demiati de retirer son voile (symbole religieux et d’oppression de la femme) dans les parties communes de mon gite, afin que les autres résidents ne soient pas agressés par cette tenue, je n’ai fait qu’appliquer ce que vous avez martelé pendant deux heures – car je suis condamnée par le tribunal pour discrimination religieuse. Les accusations de discrimination raciale et ethnique demandées par Horia Demiati, n’ont pas été prises en compte par le tribunal.
Si, en me tapant sur la tête, comme certaines qui vont se reconnaître ou en se taisant comme beaucoup d’autres, vous permettez à Horia Demiati de porter le voile au nom de sa liberté et d’être comme elle le dit : « française et musulmane, moderne et voilée »,…….Excusez moi si mes poils se hérissent, vous ouvrez grand la porte au port du voile en tous lieux et en toutes circonstances.
Je ne suis pas issue d’une famille musulmane, ni noire, c’est sans doute ce qui fait la différence en France. Si moi, je demande à Horia Demiati de retirer son voile, je suis une vosgienne qui du fin fond de sa montagne ne peut-être que xénophobe d’extrême droite, d’autant plus que je suis défendue par un Avocat proche du MPF – Maître Alexandre Varaut -.
Je suis issue d’une famille catholique pratiquante, j’ai quatre enfants, non baptisés dont l’aîné a 30 ans aujourd’hui. Et il y a 30 ans, annoncer à sa famille un refus de baptême et y arriver à force d’explications sur mes raisons, c’était une révolution.
Alors moi, je vous dis ceci, j’ose espérer qu’après cette soirée, pour le procès en appel, vous allez avoir enfin le courage de me soutenir.
Je n’ai fait, je le répète, que manifester ma volonté de m’opposer à un symbole d’oppression de la femme.
En diffusant le voile, les islamistes portent atteinte au principe d’égalité des sexes, dont les premières victimes sont d’abord et toujours les femmes.
Chaque femme qui porte le voile réduit sa liberté. En le portant de gré ou de force, elles disent « je suis musulmane, j’adhère à l’ordre islamique ».
Et c’est, progressivement, quand le voile fera partie de notre paysage visuel, que l’on peut imaginer que d’ici quelques décennies, voir des régions sous juridiction islamique.
Ce sont nos petits-enfants qui connaîtront cela, je refuse d’y être complice.
Lorsque les traditions n’évoluent pas pour les femmes, c’est toute la Société qui n’évolue pas.
Fanny Truchelut

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