Lettre ouverte à Marie-George Buffet, qui défend les femmes en burqa

Publié le 31 mai 2010 - par - 338 vues
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Lettre ouverte aux femmes qui portent le voile intégral, à Nantes, Saint-Nazaire et ailleurs en France – Spéciale dédicace à Marie Georges Buffet

L’histoire de France n’est pas une page vierge sur laquelle vous pourriez, à votre guise, sans considération pour les générations précédentes, écrire un nouveau chapitre qui insulte la mémoire de vos aînées.

Je suis homme, mais l’histoire de certaines femmes de ma famille m’inspire et forge mes convictions de citoyen.
Lorsque je vous croise, je songe à leurs combats pour s’affranchir de l’oppression masculine et de celle des puissants, pour se défaire du poids de la religion et des traditions. Et j’enrage, car le linceul dont vous vous drapez est l’étendard de la régression et de l’obscurantisme.

À vous entendre, vous auriez le droit et le devoir, par pudeur, de vous soustraire aux regards de vos compatriotes et à la vie de la cité. Mais d’où vous viennent ces droits que vous revendiquez de manière si
véhémente ? Savez-vous de quelles luttes ils sont le fruit ?

L’on se doit d’honorer la mémoire de celles et ceux qui se sont battus pour que nous jouissions de ces droits. Et l’on se doit de les défendre sans faillir. À toutes les époques des femmes courageuses, libres, intègres ont refusé de se soumettre. Elles ont su entraîner dans leurs combats leurs hommes (époux, frères, fils) et leur rendre leur dignité bafouée. Voici l’histoire de l’une d’entre elles dont le souvenir m’est cher. Il lui fallut bien du courage dans la Bretagne du début de ce siècle où les recteurs (nos curés Bretons) exerceaient encore une tutelle morale sur les femmes. Madame Buffet, elle était une des vôtres (comme les siens étaient vos camarades) et elle s’exprime à travers moi pour vous dire: honte à vous qui trahissez son idéal d’égale dignité entre
hommes et femmes.

À la mémoire de Joséphine Pencalet

Je suis fier des femmes de ma famille. Modestes Bretonnes, femmes de marins pêcheurs qui travaillent en usine par nécessité car la vie est rude à Douarnenez – Finistère dans les années 1920. Leurs valeureux maris pêchent les sardines qu’elles conditionnent dans les conserveries. De leur coiffes légères on a rogné les ailes pour satisfaire au règlement des patrons. Le labeur est rude, mais elles chantent pour se donner du coeur à l’ouvrage, elles sont vaillantes ces sardinières. On les appelle les « Penn Sardines ».

En 1921, Douarnenez élit le premier maire communiste de France, Sébastien Vélly, et à sa suite, en 1924, Daniel Le Flanchec. L’économie est en crise et les patrons ne veulent rien céder pour améliorer les conditions de travail.
Alors elle se mettent en grève le 20 novembre 1924. Le maire les soutient, leurs époux aussi, et les bateaux restent à quai. Plus de poissons, mais les usiniers restent inflexibles et font appel à des briseurs de grèves.
Manifestations, hostilités, les incidents se succèdent durant 42 jours. Ouvrières et ouvriers sont solidaires malgré la misère qui s’abat sur leurs familles. Le 1er janvier 1925, le maire Le Flanchec est victime d’un attentat par arme à feu, blessé il en réchappe. Mais la colère et la détermination de ces femmes et de ces hommes font céder les patrons qui donnent satisfaction à leurs revendications.

Dernier fait d’honneur de ces braves Douarnenistes en cette année 1925, ils élisent Joséphine Pencalet (1886-1972) conseillère municipale sur la liste du maire communiste Daniel Le Flanchec bien que les femmes n’aient pas le droit de vote et ne soient pas éligibles. Son élection sera invalidée.

Ces libertés acquises par des combats déterminés, c’est à ces femmes et à ces hommes de la communauté nationale que vous les devez. Que faites- vous dans la continuité de ces anciens pour que vos filles et vos fils soient fiers de vous ? Attifées comme vous l’êtes, quelle est votre contribution à l’émancipation des femmes dans notre société ?

Vous ne pouvez vous affranchir de vos devoirs de participer activement à la vie citoyenne de manière paisible et visible et sans cesse invoquer vos droits à faire sécession. Notre République est Une et Indivisible, Sociale et Laïque. La loi d’interdiction s’imposera à vous. Vous n’aurez pas le choix.

Et vous Madame Buffet, n’avez-vous pas honte de trahir le souvenir de celles et ceux de vos camarades, hommes et femmes réunis, qui se dressèrent naguère pour faire reconnaître leurs droits face à l’injustice.

L’histoire de ma famille est celle de nombreuses familles Françaises attachées à la laïcité et à l’égalité de droits entre les hommes et les femmes. Ma grand-mère était une de ces « Penn Sardines » qui s’émancipèrent par leurs luttes. Elle m’a légué sa détermination, qui est inaltérable comme le granit de Bretagne.

Je ne vous laisserai pas insulter sa mémoire.

Philippe Bescond Garrec

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