L’Europe à un tournant : vers le retour aux souverainetés nationales ?

Publié le 6 juin 2019 - par - 18 commentaires - 1 328 vues
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Le verdict du 26 mai a-t-il sonné la « mort de l’intégration » et le retour aux souverainetés nationales ? Assistons-nous « à une insurrection d’ampleur mondiale contre l’ordre libéral progressiste post-1989 » ? (Ivan Krastev)

Au-delà des résultats, ces élections marquent un tournant idéologique et un changement d’époque et constituent un démenti sur l’illusion du triomphe planétaire de la démocratie libérale et sur la régulation mondiale de l’humanité par le droit et le marché.

La photographie électorale des pays-membres, après le verdict des urnes, a fait ressortir une grande différenciation européenne, de sociétés, de gouvernance, de convictions, d’espoir et de prises de conscience sur l’avenir.

À quoi ressemble-t-elle, cette Europe du grand tournant ?

À l’incertitude et à l’absence de perspectives aux milieu de l’échiquier politique, à la colère et à la révolte aux deux extrêmes.

Les Européens de l’Ouest et de l’Est, par leur vote, ont considéré que leurs espoirs ont été trahis. En effet, dans le cadre de ces élections, les partis de centre et de gauche ont été désavoués et la montée des souverainistes confirmée.

Partout on s’interroge sur les causes du suffrage et partout les vérités sont apparues fragmentaires et partielles. Les médias ont fait éclater le visage du continent, émiettant les ensembles sociétaux et leurs sens.

Ainsi l’ère des grands principes s’est éloignée et la toute-puissance des instincts violents oppose désormais les Européens de souche et les immigrés sur les grands thèmes du présent et de l’avenir.

Fédérer une nébuleuse d’opinions, les progressistes pro-européens, les nationalistes anti-intégrationnistes, les eurosceptiques, les conservateurs, les centristes et les écologistes, les Gilets jaunes et les Gilets noirs est une tâche existentielle qui ressemble à la fatigue de Sisyphe, de telle sorte que la « société de confiance » du passé cède le pas à une société de « contrainte » ou de « régression », simplificatrices et radicales.

L’idolâtrie de l’homme fort prend le pas désormais sur la démocratie « discutidora » et sur la pensée faible et permissive.

Il en ressort que le fait démocratique est désavoué par 38 % des jeunes entre 18 et 34 ans (Rapport sur la démocratie dans le monde, sous la direction de Dominique Reynié) et trouve confirmation la vieille expression du Léviathan, antirationaliste et décisionniste, selon lequel : « Auctoritas , non veritas, facit legem ! »

La hiérarchie devient désormais une valeur rassurante et la force, comme il se doit, le fondement de tout pouvoir.

Depuis la chute du mur de Berlin, l’Europe est entrée dans un cycle de turbulences internes et extérieures, qui l’ont fait passer de la grande illusion sur le projet européen à la désillusion et au ressentiment diffus et, selon certains, à une forme de totalitarisme « soft« .

Ainsi, un sentiment de menace pour son identité et pour son sentiment d’appartenance, ont conduit l’UE, étape par étape, à la crise destructrice du Brexit.

Suite aux élections du Parlement européen, l’Europe a tremblé sur ses bases et ses idoles sont tombées dans la fange. Thérèsa May, Angela Merkel et leurs médiocres copies européennes, Juncker, Tusk, Tajani, ont glissé irrésistiblement vers la porte de sortie et sur une pente descendante.

En termes d’idées, les pays de l’Europe centrale (Pologne et Hongrie) ont reproché à l’Ouest d’avoir abandonné les vielles racines chrétiennes pour un laïcisme relativiste et un immigrationnisme débridé. À l’heure où l’équilibre géopolitique des forces passe à l’Est du continent, le centre de gravité des alliances politiques se colore d’une opposition nationaliste et anti-européenne.

Sous cet angle, l’affrontement entre Macron et Orban va bien au-delà de l’échiquier parlementaire et peut être lu comme un épisode de la lutte entre la marche éradicatrice de l’anti-traditionalisme et la défense de la foi chrétienne. C’est un retour au principe de souveraineté comme droit inaliénable de décider sur la menace existentielle et surtout de choisir son destin.

L’échec cuisant du PPE et du PSD pour leur représentation au Parlement européen rend nécessaire une recomposition politique des droites, que les craintes de politique étrangère et les tentatives de rééquilibrage vis à vis de la Russie rendent difficile pour la Pologne, dans une vision purement eurocentrique.

La rafale de démissions politiques en France et en Allemagne (Wauquiez et Nahles) souligne l’émiettement politique et l’importance des alliances comme clé de résolution des problèmes. Mais elle met en évidence aussi l’absence de programmes et le vide d’idées qui constituent désormais un espace de manœuvre pour des coalitions élargies ou pour des tentatives de refondation institutionnelle.

En France, où il est bon de vivre pour des idées et mourir pour des utopies, un mouvement tectonique est en train de modifier en profondeur la structure représentative des démocraties modernes, que, selon certains analystes, de bipolaire deviendrait tripolaire (P.Martin IPL). Les conséquences en termes d’options stratégiques seront décisives pour la place de la France dans le monde.

Dans ce laboratoire social se confondent et s’entremêlent en effet des tendances étatistes et bonapartistes inextirpables, des pulsions anarchistes et libertaires passionnelles, des frustrations globalistes et néo-libéristes rêvant d’une révolution cybernumérique et une haine antitraditionnaliste du monde moderne, de lointaine origine religieuse.

L’alchimie politique qui en résulte est l’apparition simultanée d’un mélange de modération et d’extrémisme au sein des trois pôles, de droite, « les conservateurs identitaires », de centre, « les libéraux mondialisateurs », et de gauche, les « démocrates éco-socialistes ».

Cependant, rappelle J. Juillard (le Figaro du 3 juin), l’accession au pouvoir est toujours conditionnée, dans une élection, par la prédominance des modérés sur les extrémistes, car le suffrage est le meilleur garant de la paix sociale.

En passant à la situation européenne et aux verdicts électoraux, il apparaît difficilement contestable que l’Europe des dernières années a été secouée d’en bas par le peuple, d’en haut par le Brexit, de l’extérieur par Trump, Poutine et Xi-Jin-Ping, et de l’intérieur, par Orban, Kacszynski, Kurz, Salvini, Marine le Pen et Nigel Farrage.

Que faire donc ? Abattre l’édifice ou le restaurer ?

À l’heure où l’on pose à Bruxelles et ailleurs le problème de la légitimité politique de l’Union européenne et, implicitement le problème de la souveraineté (qui décide et sur quoi ?), et celui de la démocratie (le rôle de l’opposition et de la politique), comment ce changement de méthode et de système institutionnel est il ressenti dans les différents pays (en Allemagne, en Italie, en Autriche, en Hongrie, en Espagne ou en Pologne) ?

En Allemagne, la sanction historique contre la coalition conduite par Angela Merkel entre la CSU/CDU et le SPD a fait détourner de ces deux partis une grande masse d’électeurs, dont le vote s’est porté sur le parti écologiste, réincarnation diluée de l’utopie socialiste.

Ici les deux piliers traditionnels de la démocratie allemande sont entrés en crise et le défi majeur pour la recherche de nouveaux équilibres a été identifié par Götz Kubischek, dans une nouvelle orientation de l’échiquier politique, le bipolarisme des Verts et de l’AfD.
Leur opposition résulte d’une lecture irréconciliable de la situation du pays, fondée pour les Verts sur l’individu et l’humanité et pour l’AfD, sur la famille, le travail et la nation.

La remise en cause de la coalition, qui favorise les alternatives et les extrêmes, priverait l’Allemagne de ses capacités d’agir en Europe et dans le monde et la conduirait à des longs mois d’immobilisme. Il en suivrait alors une situation caractérisée par une crise gouvernementale irrésolue ou à une campagne électorale permanente.
Par ailleurs, si à l’ouest du pays les Verts dominent l’échiquier politique, l’inverse est vrai pour l’Est, où la réunification du pays n’a pas encore été absorbée et la crainte de l’immigration hante en permanence les esprit.

En Allemagne, comme en France, il faudra choisir : être ou non avec Macron et Angela Merkel. De son côté, Marion Maréchal en France a appelé « un courant de droite à accepter le principe d’une grande coalition avec le Rassemblement National ».

Ainsi ce scénario, qui coaliserait contre Macron, représentant de l’alliance des bourgeoisies de droite et de gauche, une union des droites, sur une base « national-conservatrice, ne pourrait réconcilier, sur un projet européen-progressiste la totalité des sensibilités qui composent  l’échiquier souverainiste du pays et rendrait caduque l’existence d’un parti fédérateur de droite (RN).

Dans ce contexte, les forces de gauche tentent de survivre à la ruine qu’elles ont elles mêmes contribué à créer. Ainsi, aucune remise en cause à gauche, dans le but de promouvoir une recomposition impossible, ce qui renforce le camp des « marcheurs », régressés mais survivants.

Par ailleurs, en Autriche, l’événement et la surprise ont été représentés par la destitution du chancelier Kurz par un vote de défiance venu paradoxalement du Parlement, au lendemain de son succès européen et après avoir brisé, aux législatives d’octobre 2017, la grande coalition socialistes-conservateurs.

Même tremblement de terre au Royaume-Uni, où le Brexit Party de Nigel Farrage a anéanti au même temps les Tories et le Labour, polarisant l’électorat britannique entre partisans d’une sortie de l’UE sans accord, « No Deal » et citoyens d’une ultérieure remise en cause du référendum, « No Brexit« .

Pas du tout dissemblable la situation de l’Italie, où le pays a renouvelé la confiance au « gouvernement du changement » et les deux composantes de la majorité gouvernementale ont vu inverser les rapports de forces au profit de l’une d’entre elles, la Lega de Salvini, devenu de facto l’inspirateur volontariste des réformes.

L’équilibre entre les deux forces paraît cependant fragilisé dans une situation où des élections anticipées pourraient assurer une majorité suffisante au Parlement aux deux forces de droite, Fratelli d’Italia et La Lega, dans une conjoncture où la Commission européenne, qui a déclenché une procédure pour endettement excessif, est susceptible de radicaliser la fracture pro et anti-européenne du pays, jadis euro-entousiaste.

Rare exception en Espagne pour les socialistes, non sanctionnés par leurs électeurs et qui arriveront au Parlement de Strasbourg et à Bruxelles pour revendiquer des portefeuilles-clés, démontrant la confiance qu’inspire à ses partenaire une Espagne europhile, mais sans boussole sur la direction de marche de l’Union de demain, dans un contexte général europhobe ou eurosceptique.

C’est d’un dessein ambitieux dont l’Union a besoin pour survivre et pour se reformer, si elle ne veut pas périr de l’inévitable bouleversement qui affecte dans tous les domaines la vie des nations et si elle veut éviter les cataclysmes périlleux d’une conjoncture tectonique.

Irnerio Seminatore

Bruxelles 5 juin 2019

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Notifiez de
saurer

Un seul commentaire : Vive Orban, vive Salvini !!

pauledesbaux

VIVE SALVINI ET ORBAN ils sont l HONNEUR DE LEUR PAYS nous ici nous vivons dans le DESHONNEUR AVERE

quiditvrai

Est-ce que la tendance exprimée dans les urnes en faveur des souverainetés nationales se maintiendra ?

quiditvrai

« Auctoritas, non veritas, facit legem, c’est l’autorité, non la vérité, qui fait la loi » 

denis

Dans la nature ,chaque animal a son territoire où il vit et chasse . Il le marque, le défend et chasse les intrus .Les humains seraient ils plus bêtes (c’est le cas de le dire ) qu’eux?

POLYEUCTE

« Europe des Nations et non des Compromissions » !
« Peuples Unis, mais non Réunis » !
C’est clair ?

Christine

50% d’abstentions ,les gens ne s’interressent pas assez à l’Europe ,hélas ,car c’est là que les lois sont prisent!
De toute façon ,la fin sera tragique ,justement à cause de tous ceux qui hésitent ou qui ne sont pas au faît de ce qui se passe réellement !
Ceux là même qui chouinent en famille ou devant leurs factures .

Enfant de Clovis

Il n’y a qu’une seule option pour sauver notre terre d’Europe et nos peuples….. elle n’est pas électorale…

patphil

et on verra que les députés LR mèleront leurs voix au défenseurs du glyphosate, du mercosur et autres suicidaires des peuples

pauledesbaux

ils risquent bien de s’allier aux VERTS (verts dehors, rouge dedans) vous savez celui qui fait monter votre facture d’électricité à 5,9 %
et les électeurs des verts sont surement issus de la djeunesse qui vivent sur le dos de leurs parents……

BLAISE LE FOREZ

OPINION NATIONALISTE : L’option de coalition d’appareils avec le RPR et avec les résidus Zemouriens du PS ou de l’UMPS qui viennent au Patriotisme n’est pas la seule opinion dans la Nébuleuse nationaliste en expansion .. il y a une autre opinion dans le FN et dans le champ nationaliste qui considère que la coalition d’appareils et des compromissions ça ne marche plus avec le Peuple de France .. Les éléments du RPR qui souhaitent rejoindre le combat national français sont les bienvenus au Nationalisme français ,pour contribuer au combat sur la base de leur prise de conscience Gauloise Le Nationalisme est une École de Vérité et d’Exigence morale et politique qui n’a pas à s’adapter aux Tabous et aux Totems UMPS mais à offrir une Voie de Salut aux français

Enfant de Clovis

Vous lisez dans mes pensées très cher Blaise. Nous n’avons pas à nous compromettre avec ceux qui trahissent la France depuis cinq décennies. Soit ils courbent l’échine et nous rejoignent, soit ils vont se faire foutre.

Le king

Marion Marechal a appelé quoi ? A qui ? Elle représente qui ? Elle est élue du peuple ? Quelle est sa légitimité ?

Et c’est la Hongrie qui dépend de l’UE, pas l’inverse ! Si vous attendez des pays de l’Est qu’ils vous apportent la lumière, alors vous attendrez longtemps…

patphil

les pays de l’est nous montrent la voie à ne pas suivre!
quant à marion maréchal, elle a choisi de ne plus se faire élire, qu’y voyez vous de mal, de dangereux? vous même ne l’êtes pas, n’est-ce pas, mais votre parole est elle seulement écouté par votre entourage ?

Enfant de Clovis

Ferme ton claque merde l’islamo collabo en chef !!!

blanc de peau

En parlant d’élu junker et tous les cancrelats à la tête de l’europe n’ont pas été élu démocratiquement c’est à dire par les peuples mais entre eux.

batigoal

Sans compter que les pays de l’Est ne se rapprocheront pas du RN, trop proche de la Russie. Entre l’UE et la Russie, les pays de l’Est auront vite fait leur choix :)

BUTTERWORTH

LE VISAGE DE L EUROPE ET DU MONDE DES MILLIONS DE CONNEXIONS https://www.youtube.com/watch?v=qXcvAk2Psa8