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Levothyrox : vers un nouveau scandale de santé publique

Pendant que le ministère de la Santé est aux petits soins pour les migrants, que les médecins généralistes font cruellement défaut dans les campagnes et que le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb mobilise le corps médical pour soigner les terroristes islamistes, un nouveau scandale sanitaire prend de l’ampleur : l’affaire du Levothyrox. Sa nouvelle formule provoque de graves effets secondaires, à tel point qu’une pétition recueille maintenant 80 000 signatures. Le Levothyrox fait partie des médicaments les plus prescrits en France, trois millions de patients y ont recours pour soigner leurs problèmes de thyroïde.

De graves répercussions chez les patients

«On m’avait pourtant dit à la pharmacie que le médicament était le même, qu’il n’y avait que l’emballage qui avait changé», témoigne-t-elle. Elle apprendra plus tard, par son médecin, que le laboratoire Merck a bien modifié la formule en mars, à la demande de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). «Même nous, on n’était pas au courant», se désole Penda, une préparatrice en pharmacie du Havre». Voilà un exemple type des nombreux témoignages qui entourent la pétition lancée cet été par les premières victimes.

Le laboratoire Merck inflexible

D’emblée, le fabricant a annoncé la couleur. Pas celle de l’emballage, ni celle de son nouveau logo, mais celle qui conforte sa nouvelle formule :  «Ça va rester ainsi», répond Sylvie Chabac, directrice des affaires médicales chez Merck France. La nouvelle composition devrait même être adoptée au niveau européen. » Autrement dit, allez-vous-faire-voir. Pas ailleurs, cependant car évidement la distribution de ce médicament est captive. Et le piège est bien tendu si l’on se souvient que l’an passé le Levothyrox a été en rupture de stock (une affaire de brevet arrivé à échéance). Puis, apparition du générique assorti d’une nébuleuse quant aux pays de production. Puis, retour à un erzatz de princeps (version originale d’un médicament) : l’actuel Levothyrox suspecté. Donc inutile de demander au médecin traitant de prescrire l’original, ce sera l’original dévoyé qui sera servi.

Une personne, pharmacien de son état, a bien voulu, sous couvert d’anonymat, me livrer quelques indiscrétions. A commencer par celle-ci : une boîte de Levothyrox coûte 1, 44 € et fait perdre 0,03 centimes au professionnel, chaque fois qu’il en délivre une. Ceci résulte d’une obligation de la Sécurité sociale.

Comme il restait une ancienne boîte dans son stock, j’ai pu comparer les différences d’excipients. Le dosage annoncé pour chacune des différentes boîtes semblant quant à lui respecté, du moins on l’espère, je ne suis pas spécialiste en la matière.

Comme d’habitude les autorités sanitaires françaises et leurs relais de com se veulent rassurants

« A l’unisson, ils enjoignent : « Il faut rassurer les patients. » « Les maladies de la thyroïde rendent plus sensible aux changements et exacerbent l’anxiété, fait remarquer le professeur Jean-Christophe Lifante, spécialiste de la thyroïde au renommé service de l’hôpital Lyon-Sud (Rhône). Il peut y avoir des effets sur certains patients mais il faut calmer la polémique car la majorité d’entre eux ne seront que temporaires. »

Ce à quoi répliquent des associations de patients, comme Malades de la thyroïde : « Pensez-vous qu’après le boulot, les gens n’ont que cela à faire de nous écrire ? Ils le font parce que c’est grave. »

Le dernier mot de la médecine d’Etat infaillible

C’est l’Agence nationale du médicament (ANSM) qui a exigé le lancement de la nouvelle formule pour, étrangement : « garantir une teneur en substance active plus constante d’un lot de médicaments à l’autre ». Ah bon, parce que ce n’était pas le cas avant ?

De là, une explication embrouillée pour tenter d’« éviter que les taux d’hormones des patients ne fluctuent et créent des complications. Pour ce faire, le principe actif des comprimés est resté le même mais les excipients (substances secondaires d’un médicament) ont été changés : suppression du lactose au profit du mannitol et ajout d’acide citrique. « Des études ont été réalisées et ont démontré la bioéquivalence entre les deux formules »,indique le docteur Isabelle Yoldjian, chef de pôle en endocrinologie à l’ANSM. » En somme c’est pas plus mal que si c’était pire, comme aurait dit Coluche.

Cependant, face à la multiplication des signalements reçus ces derniers jours, un numéro vert « pour répondre aux inquiétudes » vient d’être mis en place, le *0800.97.16.53, accessible du lundi au vendredi de 9 heures à 19 heures.

Un numéro qui va sans doute rassurer les malades, comme autrefois quand la com gouvernementale jouait d’une délicate petite musique lors des affaires de Tchernobyl (les pharmaciens connaissent d’ailleurs bien leurs patients de la génération Tchernobyl, même si les nuages radio-actifs s’étaient arrêtés aux frontières, à l’époque où la France avaient encore des frontières). Les Français n’ont pas oublié non plus le sang contaminé, la vache folle, le Médiator, les steaks hachés à l’Escherichia coli, le fipronil…

Les patients ne vont pas s’en laisser compter

La communication du laboratoire Merck jure ses grands dieux ne pas vouloir réaliser un bénéfice en modifiant ses excipients « Nous avons investi 32 M€ sur cinq ans pour mettre au point cette nouvelle formule, sans répercussion sur les prix, confie Sylvie Chabac. Pour l’instant, cela nous revient donc plus cher même si les coûts se stabiliseront par la suite. »

Les patients, eux, ne raisonnent pas en termes d’argent et une pétition en ligne demande au laboratoire Merck de «revenir à l’ancienne formule.

« Ou, mieux, de proposer les deux. Car si, pour des milliers de patients, le nouveau Levothyrox suscite au bas mot des interrogations et des inquiétudes, «pour de nombreux autres utilisateurs, il n’engendre aucun désagrément», reconnaît Béate Barthès, présidente de l’association Vivre sans thyroïde. »

Lire aussi : Nell Gaudry, coprésidente de l’association française des malades de la thyroïde, qui saisit l’ANSM http://www.leparisien.fr/societe/levothyrox-faire-cesser-l-utilisation-de-ce-medicament-23-08-2017-7207683.php

L’association qui s’est adressée à l’ANSM, va vraisemblablement interpeller l’Organisation mondiale de la santé et manifester devant l’Assemblée nationale.

D’ores et déjà, c’est du côté du Sénat (renouvelable en partie le 24 septembre) qu’est venu un soutien. Le sénateur LR, Jean-Claude Carle, va demander des comptes au gouvernement.

La pétition grand public quant à elle ne cesse de recueillir des signatures et des témoignages https://www.mesopinions.com/petition/sante/contre-nouveau-levothyrox-dangereux-patients/31185

Sources : http://www.leparisien.fr/societe/thyroide-les-malades-en-colere-contre-la-nouvelle-formule-du-levothyrox-23-08-2017-7207752.php

Le Levothyrox reste malgré tout un traitement dont le dosage optimal est difficile à obtenir.  https://www.sciencesetavenir.fr/sante/levothyrox-la-nouvelle-formule-fait-polemique_115625

Crédit photo boîtes de Levothyrox : JC

Jacques CHASSAING