L’exécution de l’apostat au Maroc : un simple avis ou une exécution à vie ?

Publié le 11 mai 2013 - par - 1 530 vues

Ouf ! On peut respirer. Le ministre des affaires religieuses du Maroc, Ahmed Toufiq, dit ministre  des habous et des affaires islamiques dans la terminologie gouvernementale marocaine, vient de nous rassurer. Il n’est pas question d’exécution de l’apostat dans le Royaume de la tolérance. Le ministre a tenu à expliquer que la note émise par le Conseil supérieur des oulémas (CSO) du Royaume et qui a suscité une énorme polémique, n’était en fait pas une fatwa, mais juste un « avis ». La presse marocaine a été unanime à reproduire cette déclaration parvenue dans une dépêche de la MAP, l’agence officielle du pays. Signe que l’info vient d’en haut. On est soulagé en attendant d’y voir plus clair.

Le Conseil supérieur des oulémas est « l’institution la mieux placée pour savoir que la liberté de culte fait partie des principes immuables de l’Islam », clame le ministre sur le ton du reproche et de la réprimande à l’égard du CSO.

Pourtant, le CSO n’a rien d’un stagiaire à l’essai. Crée il y a plus de 30 ans par le roi Hassan II dans le seul but de démolir l’Ayatollah Khomeiny qui ne portait pas le monarque marocain dans son cœur, le Conseil supérieur des oulémas a été reformé au cours des dernières années. Il est, aujourd’hui, constitué de 83 présidents de conseils locaux et de 25 personnalités désignées par Mohammed VI.  Ce sont « des théologiens connus et reconnus pour leur loyauté aux constantes et aux institutions sacrées de la nation et pour leur capacité à allier érudition religieuse et ouverture sur la modernité», selon des déclarations faites antérieurement par le même ministre Toufiq. Le ministre est d’ailleurs lui-même membre de droit de cette institution.

Suivant l’article 41 de la Constitution, le Conseil est présidé par « le roi, Amir Al Mouminine » (Commandeur des Croyants), qui « veille au respect de l’Islam » et est « le Garant du libre exercice des cultes ». L’institution théologique est chargée de l’étude des questions que le roi lui soumet. Toujours suivant la Constitution, elle est « la seule instance habilitée à prononcer les consultations religieuses (fatwas) officiellement agréées, sur les questions dont elle est saisie, et ce sur la base des principes, préceptes et desseins tolérants de l’islam. »

Selon le site du même ministère des affaires religieuses, le CSO joue un rôle important dans « la diffusion des vraies valeurs islamiques à travers la dynamisation du champ religieux et le raffermissement de la sécurité spirituelle des Marocains ».

(http://www.habous.net/fr/component/content/article/129-Annonces-CSO/716-cloture-des-travaux-de-14eme-session-ordinaire-du-conseil-superieur-des-oulemas.html)

C’est ce qu’a rappelé le secrétaire général du Conseil, Mohamed Yessef,  à la clôture de la 14e session ordinaire du Conseil tenue en juin dernier à Marrakech. Mohamed Yessef, considéré comme le second mufti du Royaume après le roi, Commandeur des croyants, avait insisté, à cette occasion, sur l’intérêt à accorder à l’enseignement religieux au Royaume, « garant de la cohésion de la nation et de son immunité face à tous les risques. »

Des risques ? Oui. Il y en a. Ils viennent des non-musulmans. Aucun doute, là-dessus. Au Maroc, ainsi que le relève l’historien Mohamed El Ayadi, « tout concourt à promouvoir l’idéologie de la défense de l’Islam, présenté comme s’il faisait face à un état de siège et qu’il fallait se défendre contre l’ennemi non-musulman».

C’est le principal objet du cours d’éducation islamique dispensé dans tous les établissements scolaires du Royaume du primaire jusqu’au baccalauréat. Aucun élève ne peut y échapper.  Quelle que soit son orientation scolaire.

L’avis émis par le Conseil supérieur des oulémas va tout naturellement dans ce sens. La protection du musulman. C’est l’essence même du Coran. La substance même de l’islam. On ne quitte pas l’écurie impunément. On y nait, on y reste. L’apostasie est punie de la peine de mort. Comment le ministre peut-il nier l’évidence ?

A moins que ses propos aient été mal rapportés. Et si l’exécution de l’apostat n’était pas un avis, mais une exécution à vie… ?

Dans le royaume chérifien, les tâches sont toujours bien reparties : Le roi garantit  – virtuellement – la liberté du culte (en fait, il n’intervient que dans le virtuel) , le Conseil des oulémas guillotine – officiellement –  les apostats et le ministre des affaires religieuses berne – méthodiquement – l’opinion publique.

Cette affaire pourrait paraître strictement marocaine, mais l’Europe devrait y prêter attention.

Il est en effet question de créer un Conseil supérieur des oulémas pour les MRE (acronyme honorifique décerné par le Royaume aux « Marocains Résidant à l’Etranger »). Le projet date de 2008.

Un projet qui colle à merveille avec l’intégration chimérique des communautés marocaines dans la société occidentale

Et si jamais ça a lieu, gageons que Mélenchon et Désir ne verront aucun problème à y siéger…

Messin Issa

 

 

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