L’existentialisme national plutôt que le nationalisme

Publié le 20 septembre 2019 - par - 528 vues
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Être nationaliste aujourd’hui, ou plutôt, dit par crainte de se faire taper dessus, être patriote, c’est se tenir debout, raide, livide et figé devant la tombe d’un être cher qui ne reviendra jamais, puis s’en aller sans se retourner une seule fois, quitter le cimetière de trop de pleurs, dans la froideur d’un hiver jamais palpable et se retrouver, pour un temps seulement, dans la folle déchéance présente, brouhaha qui signe à jamais le regret d’un temps de grandeur et de poésie. C’est finalement vivre pour rien, consommer son temps à une chimère qui n’est plus que néant, se suicider à petit feu en quelque sorte par une paralysie volontaire. La seule issue en fait qui aurait du sens pour échapper à cette absurdité, serait de transformer l’amour à ce qui ne sera plus, en une sorte de mysticité pour insuffler en soi une énergie faussement salvifique. Le nazisme s’y est essayé. On a vu dans quel abîme maléfique il a plongé et s’est achevé. Le nationalisme, c’est se complaire dans ce qui a été et donc, s’identifier à la mort et la chérir.

Le nationalisme c’est également l’incandescence de notre inconscient collectif marqué par l’héritage du génie de nos pères. Mais c’est en ce sens renouer au mythe de la tombe. C’est désespérer du futur en le caricaturant par je ne sais quelle fausse résurgence imitatrice, le calquer mathématiquement – demain devra être semblable à hier – bref, reconnaître en fait qu’il est vide désormais de cette essence grandiose de notre passé à jamais disparu, et s’acharner malgré tout à vouloir le revivre quoi qu’il en soit. C’est dire non au présent, à la vie en fait qui elle, ne regarde que devant. C’est le refus de chercher une autre espérance. C’est l’oisiveté à construire d’autres valeurs, un autre génie propre à soi-même et qui ne serait que la suite naturelle de ce génie qui a été vécu et qu’on ne doit pourtant pas regretter.

Alors, ce n’est pas de nationalisme dont nous avons besoin aujourd’hui, mais d’un grand coup de fouet régénérateur – car nous ne sommes plus que des vieillards moribonds – pour poursuivre, exaltés, la grande lignée dont nous sommes les fils. En d’autres termes, c’est de l’existentialisme national qu’il nous faut, d’existentialisme national fait d’énergie et de foi nouvelles. Nous n’avons pas besoin d’agressivité, cela justement est la tare caché du nationalisme ; nous sommes au-dessus car nous avons la fierté de prolonger ce que nous avons été jusque-là mais de le prolonger sans imitation primaire du passé désormais fossilisé, par le génie de la création qui nous a si longtemps caractérisés. Oui je sais, nous sommes atteints aujourd’hui, malades. Alors, il faut nous soigner vite fait, aller devant et ne plus jamais regarder derrière. Il nous suffit tout simplement d’être les fils de nos pères et avoir pour seul guide la grandeur naturelle de la France.

Philippe Arnon

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