L’Humanité pratique la délation de maires, la bête immonde change de peau…

Publié le 4 avril 2012 - par - 1 567 vues

Le journal « L’Humanité » publie donc sans complexes les noms des 500 signataires qui ont appuyé la candidature de Marine Le Pen. Compte tenu du climat qui a entouré la délivrance des signatures – anonymat ou pas – voila qui s’apparente à de la délation. Pourquoi publier ces signataires et pas d’autres, sinon pour les désigner à l’opprobre publique ? L’Humanité ne retrouverait elle pas les vieux réflexes staliniens de son camp ? Elle publie, non pour informer, mais pour dénoncer la sympathie ou l’appartenance supposées à l’extrême droite. Voila le mot honni lâché et on en use sans discernement. Elle utilise justement les méthodes prêtées au FN, qualifié une fois pour toutes d’extrême droite. Mais encore ? Ce terme d’extrême droite, en tant que filiation politique, est clairement connoté, il renvoie à une période précise de notre Histoire, les années 30 et 40. Si extrême droite il y a aujourd’hui, elle ne peut avoir les mêmes formes et les mêmes projets que dans ces années là. La moindre des honnêtetés voudrait qu’on définisse et réactualise les termes avant de les utiliser à tort et à travers. Plutôt que de se situer dans le registre moral, celui de l’anathème vertueuse, il faut se poser d’utiles questions. Que représente aujourd’hui l’extrême droite en tant que formation politique, quels sont ses objectifs et qu’ont-ils de commun avec ceux des années citées ?
Par contre, si on se réfère aux méthodes employées par les extrêmes , alors, on peut les créditer au compte de ce journal, qui tombe dans les excès qu’il dénonce. La délation a toujours été la marque des pensées totalitaires, quelles qu’elles soient. Ces pensées se nourrissent toujours du même terreau : crises, incertitudes sur l’avenir, faiblesse des démocraties, déclin de la liberté d’expression. Les mêmes conditions sont réunies aujourd’hui pour que se reconstitue « la bête immonde ». Elle n’a pas de camp, elle sommeille en chacun de nous et ne demande qu’à se réveiller chez certains, la majorité, au gré de l’émergence de dogmes et d’hommes providentiels. Aujourd’hui, la bête se réincarne. Non pas dans le FN, qui tente, bon an mal an, de la tenir en laisse. Elle se réincarne au cœur même du Camp du Bien, la Gauche. Ses adorateurs n’ont pas assez fréquenté les divans inconfortables inaugurés par Freud, ils en sont restés à « C’est lui, c’est pas moi ».Ils ont externalisé le Mal. Mister Hyde n’aime pas qu’on l’ignore, il vaut mieux l’apprivoiser, il en devient moins vicieux.
Et sinon on prend pour de la tolérance ce qui est aplatissement lâche devant une forme de fascisme autrement dangereux que le nazisme, on excommunie les siens quand ils essayent de vous ouvrir les yeux – cachez ces vérités qui me dérangent on se goinfre, on roule BWM, on se prélasse dans le luxe des riads, tout en brâmant sa solidarité avec les damnés de la terre, ceux de là bas, surtout quand ils sont ici.
J’oscille entre la honte et la pitié pour cette gauche dont je fus. Non seulement elle n’est pas conforme à ce qu’on peut mettre sous ce vocable et qui demande aussi à être redéfini , mais elle a en partie trahi cette pensée. En refusant de douter et de renoncer à la pensée primaire. Je terminerai sur un petit fait qui résume les temps que nous vivons. Il parait que dans une vente aux enchères , un manuscrit inédit de Jaurès n’a pas trouvé d’acheteur, alors que les mules de Marie Antoinette se sont vendues à 50000 euros Il ne s’est donc pas trouvé un de gauche pour acquérir ce livre précieux ?

Anne Zelensky

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