1

L’hypothèse Z

Un ami qui – peut-être à tort – me fait l’honneur de s’intéresser au regard que je porte sur la situation politique, m’a demandé comment je me positionnerais aujourd’hui face aux perspectives de la prochaine élection présidentielle. Pour le satisfaire, je me suis donc efforcé de mettre en mots la perception que j’avais du problème, de dégager ce qui me paraissait probable ou possible, ou plutôt ce qu’il n’était pas totalement déraisonnable d’espérer.

Voici donc ce à quoi j’ai abouti. J’ai pensé que cela pourrait peut-être intéresser aussi les lecteurs de RL. Mais je mets ceux-ci en garde. Il me faut rester modeste ; mes compétences sont limitées ; je ne prétends nullement être un politologue extralucide, doté d’une clairvoyance infaillible ; je ne suis qu’un patriote inquiet du sort actuel de son pays et qui cherche ardemment des raisons de croire à la possibilité de son redressement.

Quid d’une candidature Zemmour ?

Pour le moment Z. paraît laisser monter avec satisfaction dans le pays le désir de son accession à la Présidence. À mon avis, il a raison de ne pas dévoiler trop tôt ses batteries, ce qui l’exposerait prématurément aux feux croisés de ses ennemis, aux attaques conjuguées de tous ceux, à droite comme à gauche, qui redoutent son éventuelle mise en orbite. Il a raison d’attendre que les sondages montent plus haut et que les ralliements se manifestent en plus grand nombre. Pour le moment, seuls Ménard et Bompart n’ont pas caché que c’était lui leur champion et qu’ils se préparaient à marcher hardiment au combat derrière lui.

Mais on peut raisonnablement espérer qu’un jour prochain ce sera aussi le tour de Marion Maréchal, de Villiers, de Dupont-Aignan, de Messiha, de Poisson, de Philippot, de Goldnadel de se positionner en sa faveur. Voire celui de Bruno Gollnisch et – pourquoi pas ? – celui de Jean-Marie lui-même ! Il faudrait aussi que ça bouge un peu du côté des anciens partisans de Fillon, que des gens comme Ciotti, Bellamy ou Aubert consentent à se rapprocher de lui. On peut escompter que certains de ces généraux qui, ces dernières années, se sont mobilisés et ont fait connaître publiquement leur condamnation de la façon dont aujourd’hui vont les choses dans notre pays, pourront également, sans trop de difficultés, entrer dans la danse. Si, à ce stade, les pourcentages de voix en faveur de Z et ceux en faveur de Marine parvenaient à se rapprocher et commençaient à s’équilibrer, je crois qu’on verrait alors certains secteurs du RN (Ravier, Bay, Collard, Mariani, etc.) basculer progressivement de l’autre côté. On espère que cela amènerait Marine à décider sagement de s’effacer pour se ranger derrière Z (comme, dans le cas inverse, Z, j’en suis sûr, saurait se ranger derrière elle).

Arrivé à ce stade, disposant d’un aussi substantiel socle électoral, il faudrait alors mettre en place, jeter les bases d’un large front patriotique, résolument anti-islamique et anti-mondialiste, afin de soutenir et porter jusqu’à la victoire « le projet Z ». Sur la base d’un tel front clairement constitué, avec des structures locales vivantes et ouvertes à tous les patriotes sincères, notre « bien-aimé leader », pourrait se permettre d’envisager d’audacieuses et habiles « manœuvres » ayant pour but de neutraliser, voire de satelliser des forces comme celles qui se reconnaissent aujourd’hui dans un Onfray, un Chevènement ou un Montebourg, voire de provoquer des fractures dans le camp des mélenchonistes (surtout si Macron apparaissait comme devant être le favori du camp d’en face).

On a le droit de rêver ! C’est à quoi pour ma part je me suis laissé aller, même si je sais bien que les chances que cela marche sont malgré tout assez minces… Si – par malheur – l’opération Z qui se dessine actuellement finissait par capoter, je me rallierais bien sûr – la mort dans l’âme – à un vote Le Pen, tout en sachant pertinemment que la candidature de Marine, même si celle-ci parvenait à attirer une quantité accrue de suffrages, la rapprochant un peu plus de la majorité que lors de ses précédentes tentatives, cela ne déboucherait finalement, face à une candidature Hidalgo, Macron, Bertrand ou Barnier, que sur un sanglant et désespérant échec.

J’ai regardé vendredi dernier sur CNews le face-à-face Zemmour/Djebarri (l’actuel ministre des Transports), un jeune macroniste brillant (pas une caricature, pas un vulgaire Castaner, un impudent Darmanin ou une effrontée Schiappa, mais un homme qui connaît ses dossiers et qui réfléchit). Très impressionnant, ce débat ! Les deux débatteurs ont échangé leurs points de vue de façon fort courtoise, se laissant interrompre pour une mise au point ou une précision, s’écoutant respectueusement et n’hésitant pas à reconnaître que sur tel ou tel point l’autre disait vrai. Z, pour sa part, sans jamais chercher à écraser le ministre, a nettement marqué des points, parvenant à plusieurs reprises à mettre D en porte-à-faux avec certaines positions discutables défendues par ses amis ou à faire apparaître le caractère improbable ou illusoire de certaines des promesses mirifiques qu’il se risquait à décliner.

Au vu d’une telle prestation, on ne peut que constater que notre Z ne se contente pas d’être le plus virulent des dénonciateurs de l’immigrationnisme dominant et de tous les traîtres qui pactisent avec l’islamisme conquérant, et cautionnent par leur lâche passivité la montée de l’insécurité et de la délinquance dans notre pays. Refusant de se laisser enfermer dans ce seul rôle contestataire, il fait la démonstration, jour après jour, de sa compétence sur le terrain économique et diplomatique (malgré un peu trop de complaisance, à mon sens, envers Poutine), sur celui de la politique industrielle ou militaire.

Bref, il s’efforce avec succès de faire la preuve qu’il possède une indiscutable carrure d’homme d’État. Ce que la pauvre Marine – pour son propre compte – malgré tous ses efforts pour édulcorer son discours au risque de le rendre insipide aux yeux de beaucoup de nos concitoyens exaspérés, se révèle visiblement incapable de faire.

Avec Z, c’est clair, c’est franc, pas de « en même temps », pas de faux-fuyant ! Pas question pour lui de finasser et de se cacher derrière son petit doigt :

– Non les jeunes patriotes de Génération Identitaire n’ont rien commis de répréhensible ; ils n’ont fait qu’user de leur droit constitutionnel d’expression et de manifestation, sans transgresser aucune loi de la République ; les dissoudre, comme le propose Darmanin, serait par conséquent une forfaiture.

– Non, il n’y a pas de frontière étanche entre l’islamisme et l’islam. Les djihadistes sont de bons musulmans qui ne font que mettre en application ce qu’ils ont lu dans le Coran, la parole incréée d’Allah fidèlement recueillie par son prophète Mohamed. Les djihadistes ne constituent pas la majorité des musulmans mais ils sont, au milieu de la masse des musulmans dits « modérés », comme des poissons dans l’eau.

– Oui, je suis pour l’arrêt total de l’immigration, l’immigration illégale comme l’immigration légale. Je suis même pour qu’on envisage sérieusement l’hypothèse d’une remigration. Comment peut-on faire semblant de déplorer le communautarisme (ou le séparatisme) et ne pas voir que celui-ci est nourri, renforcé, par les nouveaux arrivants qui, vague après vague, viennent s’intégrer, non dans la société française, mais dans les colonies d’allogènes déjà installées ?

– Oui, ce que l’on appelle aujourd’hui « l’état de droit » n’est en réalité rien d’autre que l’usurpation, par des juges non élus, de la souveraineté du peuple, laquelle constitue pourtant officiellement le fondement de la démocratie. Un nouvel exemple de cet état de chose scandaleux vient de nous être donné par le Conseil d’État. Celui-ci vient en effet de décider qu’un étranger quatre fois condamné par un tribunal, la dernière fois pour « propagande terroriste », ne pouvait pas être expulsé sous prétexte que, selon lui, la propagande terroriste ne doit pas être assimilée à du terrorisme !

Mais ce n’est pas parce que Z parle clair, parce que c’est toujours sans détour qu’il s’exprime et parce qu’il se refuse à nous épargner ses diagnostics même les plus sévères que – nouveau Savonarole – il se comporterait comme un imprécateur intolérant et sectaire, et se laisserait aller à la vitupération et aux insultes. Sans renier aucune de ses convictions, il nous apporte quotidiennement la preuve de sa capacité à discuter posément et même courtoisement avec quiconque accepte de débattre avec lui. Cela a été le cas de Djebarri, j’en ai déjà parlé, mais aussi celui d’un Pascal Blanchard, universitaire « décolonial » en vue, qui face à Zemmour s’est tenu prudemment à carreau et en a beaucoup rabattu sur les contestables affirmations qui nourrissent habituellement son discours.

Ce n’est qu’un début, le combat décisif ne fait que commencer !

André Pouchet