Libres et soumises

Publié le 18 janvier 2010 - par
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Durant ma scolarité, j’ai eu pour collègues ou amies un certain nombre de filles de confession musulmane. Il se trouve que nous nous entendions bien. Tolérantes, intelligentes, drôles, j’en garde un excellent souvenir. Intéressé par les religions, je ne manquais pas de leur poser des questions sur leurs propres adhésions spirituelles. Elles n’étaient pas particulièrement croyantes, plutôt déistes de tradition musulmane. Néanmoins, elles n’osaient pas se dégager complètement des dogmes culturo-religieux imposés par leur famille. Les témoignages succincts qui suivent rendent compte de ce phénomène. Afin de respecter l’intimité et la discrétion de ces jeunes femmes, je ne mentionnerai que les initiales de leurs noms.

Z. A. Etudiante discrète, serviable et fort sympathique, le courant passa très vite entre nous. Lors de l’une de nos conversations, nous parlâmes du ramadan. Je lui demandai l’importance religieuse qu’accordaient les jeunes Français musulmans à ce jeûne. Elle me répondit que le ramadan représentait davantage une tradition « culturelle »? qu’il fallait pour autant respecter au sein de la famille car, selon elle, « c’était le minimum ».

N. B. Il ne s’agit pas véritablement d’une amie. Je ne l’ai « connue » que sur internet. Nous fîmes connaissance sur un forum cinématographique. Nous sympathisâmes toutefois rapidement, fût-ce virtuellement. Issue d’un milieu intellectuel, elle incarnait la modernité dans tous ses aspects. Le fait de communiquer par écrit a parfois l’avantage de « délier les langues ». Un jour, à ma grande surprise, elle me confia que son père désapprouverait son éventuelle union avec un non-musulman ! J’avais du mal à croire une telle affirmation, ses frères étaient mariés avec des Françaises « de souche » non-musulmanes, pourquoi diantre n’aurait-elle pas le droit d’épouser un chrétien, un juif, un athée ou un agnostique ? La réponse est pourtant simple : l’Islam se transmet héréditairement « de mâle en mâle ». Une fille musulmane doit ainsi épouser un mahométan pour ne pas engendrer un infidèle.

M. N. Cette jeune fille pétillante de vitalité était étudiante tout comme moi. Elle m’avoua, lors d’un exposé que nous réalisions en commun, qu’elle ne souhaitait pas faire sa vie avec un musulman. Elle fustigeait le tropisme archaïque et intolérant qui inhibait la mentalité islamique dans les zones où, selon ses propres termes, « se concentrent une forte population musulmane ». Elle reconnaissait avoir la chance de vivre à l’écart de ce milieu, avec des parents tolérants et ouverts d’esprit.

S. K., J’ai été son camarade de classe au Lycée. Nous fîmes également une partie de nos études ensemble. Elle était très timide et avait le coeur sur la main. De nationalité marocaine, elle était issue d’un milieu modeste et travailleur. J’étais admiratif à l’égard de sa persévérance et de son sérieux. J’étais toutefois frappé par son état de soumission.

En classe de 1re L, nous étudiâmes Les fleurs du mal de Baudelaire. Elle fut la seule élève à ne pas acheter le livre de poche recommandé à cause de sa couverture érotique. « Si mon père voit ça… » me disait elle. Elle préféra acquérir l’ouvrage dans une autre édition, le payant bien plus cher mais, il est vrai, dépourvu d’illustration licencieuse.

Un soir d’octobre 2006, en sortant de l’Université, je constatai qu’elle avait manqué son bus. Je lui proposai de la raccompagner chez elle en voiture. Jusqu’à présent, elle avait toujours refusé de monter en voiture avec une personne étrangère à sa famille, cela lui était interdit ! Cette fois-ci, elle hésita longuement avant d’accepter. Elle avait peur. Peur que des jeunes musulmanes la voient, peur d’être dénoncée, peur d’être insultée, peur d’être marginalisée ! Une jeune femme musulmane présente dans l’automobile d’un jeune Français blanc serait donc une chose inconcevable.

Elle marchait plusieurs mètres derrière moi pour feindre de ne pas m’accompagner. Elle regardait de tous côtés afin d’être sûre de ne pas être vue en ma compagnie ! Une fois rentrée dans ma voiture, je ne pus m’empêcher de lui dire qu’on était en France et que nous ne faisions absolument rien de répréhensible ! Elle craignait son père et dans une moindre mesure son grand frère : « si mon père me voit… » me répétait-elle.

Consterné par cette situation, j’osai cette remarque : « comment, tu ne vas pas me dire qu’il va t’asperger d’essence et te brûler ! »…. Sa réponse fut sans appel : « il a dit qu’il pourrait le faire mais je ne pense pas qu’il oserait… ». Mon sang s’est glacé en écoutant ses paroles qui, chose plus grave, ne semblaient pas la révolter. En gage d’assurance, elle me demanda de la déposer à deux bons kilomètres de son domicile familial.

Ces quelques anecdotes vécues me permettent de souligner une chose essentielle. Aucune de ces demoiselles ne vivaient au sein de familles intégristes ou fondamentalistes. Leurs parents étaient respectables, honnêtes, travailleurs et ne fréquentaient même pas les mosquées. En revanche, je percevais sans aucune difficulté la pression patriarcale qui s’opérait sur ces jeunes femmes. Les codes culturo-religieux de l’Islam étaient très prégnants au sein de leurs familles qui définissaient leur identité comme « musulmane en France », et non comme « française, républicaine et de confession musulmane ». Une dichotomie flagrante existait ainsi entre le père et les filles. Mes anciennes amies (nous nous sommes depuis perdus de vue) aspiraient à vivre détachées du joug patriarcal et religieux qui pesait sur elle. Mais bien souvent, elles finissaient par se plier au diktat communautaire qui leur était imposé. L' »honneur », la « fidélité », le « respect », la « tradition familiale », toutes ces valeurs dénaturées par l’intolérance avaient raison de la liberté.

Bien sûr, il convient de ne pas généraliser ces conclusions. Cependant, il est du devoir des Républicains de ne pas laisser ces jeunes femmes prisonnières d’une idéologie obsolète, décatie, intolérante. Il est grand temps qu’une offensive séculière et progressiste s’attaque de front aux archaïsmes de l’Islam.

Stanislas Geyler

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