L’identité malheureuse, d’Alain Finkielkraut : le refus du cosmopolitisme

L’identité n’est pas une « bête immonde »… elle est malheureuse !

Alain Finkielkraut, dans son dernier essai[1], nous démontre, sans excès ni outrance – quoi que les dogmatiques de la Gauche dorée en disent ! – ce qu’il en est de cette identité mourante. Lui, le fils d’immigrés polonais et Juifs, qui devrait être du côté d’un cosmopolitisme déraisonné, se range – oh, traîtrise ! – du côté de la raison.

FinkielkrautlivreL’identité, maudite en plus d’être malheureuse, affirme son appartenance à une terre, s’opposant en cela à l’universalisme ethnocentrique des Lumières et de la Révolution. Les Romantiques en furent les dépositaires. Mais comme elle est une affirmation de soi, en tant qu’appartenant à un espace et une culture donnés, ses détracteurs pointent le spectre « commode » de l’Holocauste. Cette appartenance exclusive signifierait en substance l’extermination de l’Autre. Etrange raccourci ! S’ajoute à cela le spectre de la colonisation.

Dans ce cas – à titre d’indemnité compensatoire –, « l’Europe doit se dématérialiser et renoncer, dans la foulée, à tout prédicat identitaire […] pour que puissent se déployer librement les identités que son histoire a mises à mal. » (Page 103) Et les zélateurs de la diversité ne s’y trompent pas, qui applaudissent à l’abandon de la culture générale – il faut même parler de culture généralisée ! –  des concours : le déracinement doit être total, et la langue en sait quelque chose, équarrie tant par les « indigènes » de la République que les médias consentants.

Telle est la doxa des idéologues du mondialisme, notamment Alain Badiou.

La « révolution » numérique parfait ce déracinement identitaire en imposant l’immédiat, le présent, et reléguant le passé au dernier cercle de l’enfer dantesque : « L’identité nationale est ainsi broyée, comme tout ce qui dure, dans l’instantanéité […] Il n’est donc pas besoin de philosophes ou d’historiens pour la déconstruire. La technique suffit à la tâche. » (Page 147)

L’identité française – on peut étendre le mal à toute l’Europe chrétienne – fléchit sous les coups répétés d’une immigration hors de contrôle et, pour le coup, ultra-identitaire, qui profite de l’oikophobie[2] ambiante. La France est ainsi l’otage de certains de ses « enfants » qui la détestent en tant que Nation historique et n’autorisent de revendications identitaires que celles venues d’ailleurs. Pire, ils admettent un remplacement de population qui défie les lois de la continuité historique : « Aux experts qui croient accéder par des chiffres à la chair du réel et qui affirment […] que l’afflux des immigrés compense providentiellement la baisse de la natalité sur le Vieux Continent, l’expérience répond que les individus ne sont interchangeables. » (Page 22)[3]

Première victime de ce remplacement qui ne dit – pas encore – son nom : l’école. D’abord désanctuarisée après Mai 68, nous explique l’auteur, par une dangereuse proximité – oubliant qu’enseigner ce n’est pas aimer –, l’école doit désormais se « réécrire », particulièrement au travers de matières telles que le français, l’histoire et la philosophie. Quelles que soient leurs visées universalistes, celles-ci n’en puisent pas moins dans l’identité nationale qu’il faut brûler comme jadis le château des Tuileries. Pire, l’enseignant essaie à présent de se faire aimer d’une population qui le hait comme une représentation ennemie.

Pour prouver l’incompatibilité culturelle entre deux cultures antinomiques présentes sur le sol français – la nôtre et l’Islam, quand bien-même il fait montre à l’endroit de la seconde d’une prudence frileuse ! –, Finkielkraut évoque la patrie de la galanterie, ce jeu de séduction inapproprié – pour parler poliment – dans une idéologie théocratique qui manifeste sa hantise obsessionnelle du féminin, objet de toutes les tentations. En ce sens, le voile islamique est un mur dressé entre la femme et l’homme, assignés à deux espaces distincts et qui ne doivent pas se mélanger. C’est ce qu’on appelle la mixité ! Exit donc le french lover ! « Mieux », la galanterie est perçue comme une faiblesse ; et chacun sait que la force de l’homme musulman s’exprime dans la combustion –spontanée ou pas – de ses congénères femelles !

« Ce n’est pas tant que le désir soit refoulé, c’est qu’il ne puisse être accompagné d’estime pour celles qui le suscitent et de tendresse pour celles qui y cèdent. » (Page 77)

L’auteur explique qu’il est singulier de voir que les émeutes d’aujourd’hui – en miroir de Mai 68, auquel il participa dans sa jeunesse – n’ont aucune revendication. Serait-ce que les émeutiers d’hier, qui voulaient « changer la vie », s’inscrivaient finalement dans une rupture continue – pour faire un oxymore –, autrement dit une tradition de la révolte, là où désormais il ne s’agit que de détruire une société en place pour lui substituer une autre ? Question dont je laisse à chacun le loisir de répondre !

Pourtant : « Si rien ne se perpétue, aucun commencement n’est possible. » (Page 132)

Ce que ne dit pas, je le répète, Finkielkraut c’est : à qui profite le crime ? A une idéologique qui a été longtemps dormante mais jamais oublieuse d’elle-même, contrairement à nous : l’Islam. Il a sa loi propre et le respect de la nôtre, comme le souligne l’auteur, est perçu comme un outrage et une soumission. Pour toute réponse la société « flatte les susceptibilités ombrageuses, elle entretient le narcissisme vindicatif des grandes et des petites différences […] » (Page 212)

Oui, la société « autoflagellante » a hissé l’Autre au rang de nouvelle idole en prenant soin de faire tomber une à une toutes celles qui constituaient son socle historique !

Mais Alain Finkielkraut – si passionnant et savant soit-il – s’arrête là où je commence : il garde l’espoir d’une prise de conscience collective de toutes les composantes de la Nation. Sauf que, pour ce faire, il faudrait s’appuyer sur des règles communes et humainement – au sens occidental – recevables. L’Islam, dans son essence, s’y oppose.

Je ne fais pas ce constat pas avec une satisfaction « extrémiste » ; plutôt avec le goût amer d’une défaite. Il fut en effet un temps où je croyais que ma Croix – dans son acception culturelle symbolique – pouvait s’accommoder du Croissant. Las, ceci n’était qu’une chimère, et l’affrontement m’apparaît comme inévitable.

Charles Demassieux

 


[1] L’identité malheureuse, Editions Stock, 2013.

[2] Terme inventé par le philosophe Roger Scruton, signifiant : la haine de la maison natale.

[3] Sauf à exterminer les autochtones, un remplacement de population ne peut se faire pacifiquement : voir les Amérindiens.

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