Lille : Martine Aubry persiste dans sa ligne anti-laïque

Publié le 1 octobre 2008 - par
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L’arrivée de Martine Aubry à Lille a marqué une rupture avec le socialisme laïque historique lillois. Elle a ouvert la politique municipale au communautarisme et au soutien des religions comme moyen d’avoir la paix sociale dans certains quartiers. Dans le livre « Immigration, comprendre, construire » qu’elle a coordonné aux Editions de L’aube (2006), la maire de Lille décline son hostilité à l’assimilation et décline la théorie des « racines à cultiver » : « Il faut le dire, nous avons très longtemps laissé les populations notamment d’origine maghrébine oublier leurs racines. Elles ont cru à juste titre à l’école de la IIIe ou de la IVe République, qui était un ascenseur social, et elles ont joué le jeu de l’intégration à la française, qui s’est vite transformée en assimilation. » Ce premier mandat de Martine Aubry a concrétisé cette orientation anti-laïque : – piscine avec créneau spécifique pour les femmes voilées ; – activités non mixtes pour les jeunes dans des centres sociaux municipaux ; – soutien à Amar Lasfar de l’UOIF, recteur de la mosquée de Lille-sud, dans le cadre d’une politique de régulation sociale organisée avec les religieux dans les quartiers concernés, d’où son appui municipal pour le Lycée musulman dans ladite mosquée de Lille-sud, etc. – soutien à Mohammed Béchari, président de la Fédération nationale des musulmans de France (proche du roi du Maroc) pour la création de l’Institut « Avicenne », faculté de théologie et institut de sciences humaines qui veut s’inscrire dans le cursus européen « LMD » licence-masters-doctorat répondant au cahier des charges de l’Enseignement supérieur. – financement aux manifestations culturelles valorisant les « racines », etc. Les grands coups médiatiques culturels lillois se fondent sur cette logique (cf. Lille 3000). Martine Aubry s’appuie aussi sur les institutions catholiques. Elle ne manque jamais de rappeler l’excellence de l’Université catholique de Lille. Elle a participé avec son père, Jacques Delors, aux « Semaines sociales » organisée par l’évêque de Lille (2004). Elle vient de rendre hommage à « ce grand évêque ». Phrase révélatrice de la rupture de la maire de Lille avec la tradition laïque de la municipalité : « Ce n’est pas si souvent dans l’histoire de notre ville que le maire décerne à un évêque cette médaille ». C’est donc cette orientation de « la laïcité ouverte » ou de la « laïcité positive » de Sarkozy que Martine Aubry a placé sa liste aux municipales. La maire sortante qui est libre cette fois de l’influence de Pierre Mauroy partant à la retraite, présente « une liste renouvelée et aux couleurs de Lille », soit 10 personnes sur 61 qui ont l’avantage d’avoir un nom à consonance « maghrébine ». Jouer sur cet aspect est donc peu républicain et peu laïque. Mais la théorie des « racines » ne frise-t-elle pas le racisme ?

Fanny Deulin

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