L’indécent mépris de Ruquier face à Nicolas Dupont-Aignan

Publié le 10 octobre 2011 - par - 2 893 vues
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Le samedi soir 08 octobre 2011, Laurent Ruquier recevait dans son émission « On n’est pas couché », Nicolas Dupont-Aignan, président du parti politique Debout la République.

Il faut reconnaître à Laurent Ruquier le mérite d’inviter un homme politique que le petit monde médiatico-politique méprise, voire ignore au point de l’interdire quasiment d’audience sans que le Conseil supérieur de l’audiovisuel, censé avoir pour « mission générale » de « veiller » notamment « à l’égalité de traitement et au pluralisme », ne s’en émeuve outre-mesure du reste. Pour autant, une fois n’est pas coutume, j’ai été globalement extrêmement déçue par la pitoyable suffisance  des réflexions de Laurent Ruquier à l’encontre de Nicolas Dupont-Aignan. Ainsi, ai-je eu l’occasion d’entendre Ruquier interroger en ces termes pour le moins affligeants et révélant au grand public, en tout état de cause, une facette bien méconnue de sa personnalité : « Y a-t-il des militants à Debout la République ? ». Ou encore déclarer avec morgue, au sujet du dernier ouvrage de Nicolas Dupont-Aignan (1), « L’Arnaque du Siècle » que je conseille,  à titre personnel et à ceux que la politique intéresse, de lire, peu importe qu’ils soient de gauche ou de droite, en phase ou pas avec toutes les idées qu’il y défend : « L’Arnaque du Siècle, moi je ne l’achète pas ! » Ce samedi soir, Laurent Ruquier encourage les téléspectateurs à « ne pas acheter » et donc à ne pas lire un ouvrage sous le seul prétexte qu’il ne partage pas les opinions politiques de son invité. Est-ce là le rôle de Laurent Ruquier ? Laurent Ruquier est-il le présentateur d’une émission de divertissement ou s’est-il mué en gourou chargé de dicter aux téléspectateurs ce que devrait être leur comportement consommateur, d’inhiber de la sorte toute liberté de choix, le tout au  service d’une chaîne de télévision de surcroît publique ? Or, il n’appartient en aucun cas à Monsieur Ruquier de suggérer ainsi, même indirectement, aux téléspectateurs de ne pas acheter et donc de ne pas lire, que ce soit d’ailleurs après l’avoir acheté ou emprunté ultérieurement dans une bibliothèque municipale par exemple, « l’Arnaque du Siècle ». Les Français ne sont pas des enfants et Laurent Ruquier n’est pas leur maître d’école. Il serait judicieux qu’il s’en souvînt à l’avenir.

Dans un registre certes plus nuancé, le comportement d’ensemble d’Audrey Pulvar et de Natacha Polony qui ont consacré une bonne part du temps de l’interview de Nicolas Dupont-Aignan, « au mieux » à échanger des sourires ironiques aux accents franchement hypocrites, au pire à ricaner comme deux adolescentes immatures et sans que l’on sache exactement ce qui était à ce point de nature à provoquer parfois leurs fous rires, a été tout aussi déplacé. Quant aux analyses dressées et questions posées, elles m’ont souvent déçue tant elles semblaient anachroniques au regard des messages qu’envoient régulièrement les Français à leur classe politique qui demeure néanmoins indélébilement sourde aux mises en garde de leurs concitoyens.

Un exemple : Audrey Pulvar ouvre le chapitre sur les sondages qui donnent moins de 1% d’intentions de vote à Nicolas Dupont-Aignan. Débat sur les sondages, au passage, dont voici bien longtemps qu’un nombre croissant de Français se moque complètement pour avoir compris qu’ils sont en réalité devenus un outil de manipulation des masses mis entre les mains de notre classe politique. Bref, passons et revenons à l’intervention d’Audrey Pulvar qui se prolonge alors en ces termes : « Même si effectivement on ne croit pas aux sondages, je n’ai pas la sensation  qu’il y ait un mouvement d’opinion formidable au sein de la France, un vent qui se lève vers le candidat Debout la République … » Mais depuis quand les sondages ou les « sensations » en matière d’analyse politique font-ils une élection ? Non seulement Nicolas Dupont-Aignan fera plus de 1% mais il n’est pas, sur ce point, impossible que le pouvoir en place ait, en fin de compte, des surprises inattendues en mai prochain ….. et pas forcément des »surprises » qui soient à sa faveur comme l’ont démontré les résultats des élections sénatoriales. De la même manière, la victoire de la gauche aux sénatoriales de septembre dernier ne signe pas obligatoirement la victoire de la gauche aux présidentielles de mai prochain car, au final, nous pourrions assister à un véritable tsunami politique encore inédit à ce jour en France, en mai prochain tant les Français sont saturés de leur classe politique dans son ensemble qui promet toujours beaucoup le temps d’une campagne politique mais ne remplit que trop rarement ses promesses.

Autre exemple, celui de Natacha Polony qui aborde, cette fois-ci, le thème capital pour l’avenir de la France,  de l’école. Thème de l’école sur lequel il est vrai, à mon avis, que Nicolas Dupont-Aignan est probablement l’un des très rares à ne pas verser dans un discours empreint d’une démagogie outrancière permanente. Natacha Polony lui fait alors remarquer que Marine Le Pen a repris certaines de ses propositions. Mais quel est donc l’intérêt ici de parler encore et encore de Madame Le Pen alors que celle-ci bénéficie, contrairement à ce dont elle se plaint parfois, d’une audience médiatique bien supérieure à celle de Nicolas Dupont-Aignan d’une part ? D’autre part, ce que déclare là Natacha Polony est inexact et induit les Français en erreur. En effet, si Madame Polony avait pris le temps de lire le programme du Front National de 2007, elle se serait aperçue qu’au chapitre « Education et Formation », le Front National demandait déjà, par exemple en ce qui concerne l’apprentissage de la langue française, à ce que soit réinstaurée la méthode syllabique d’apprentissage de la lecture.  Madame Polony devrait ici témoigner de davantage de rigueur dans le cadre de la préparation de ses interventions chez Laurent Ruquier, et ce d’autant plus qu’elle est censée maîtriser parfaitement le dossier pour avoir elle-même participé à l’excellente et très enrichissante Convention sur l’avenir de l’école républicaine française, organisée par le parti Debout la République le 05.02.11.

Voici donc des exemples parmi d’autres. Au final de tout ceci, j’ai eu l’impression d’avoir perdu mon temps, ce samedi soir 08.10.11, à écouter Audrey Pulvar et Natacha Polony se perdre dans des thématiques parfois anodines, parfois déconnectées des préoccupations des Français ou, à l’inverse, fondamentales mais doublées d’analyses trop superficielles pour éclairer en profondeur les téléspectateurs qui faisaient l’effort d’être présents, ce soir là et malgré la diffusion tardive de cette émission, devant leur poste de télévision.

Plus ils ont le sentiment d’être pris pour des consommateurs passifs et dépourvus de cerveau devant leur poste de télévision, plus des millions de Français finissent par en avoir ral-le-bol de voir sur leurs écrans de télévision tous les jours de leur vie ces élites médiatiques ou politiques, assimiler 90% des Français pour des abrutis, « mine de rien », sans jamais évidemment avoir le courage de l’avouer ouvertement à l’antenne et surtout sans jamais se demander si nous ne sommes pas des millions, dans ce pays, à ruminer notre colère en silence à force d’éprouver si vivement les inégalités qui éloignent chaque jour un peu plus les Français les uns des autres, et en nous disant finalement que la prochaine élection présidentielle sera en vérité meurtrière tant les résultats qu’elle promet, au rythme où vont les affaires et le monde, n’auront été pronostiqués de probablement presque personne.

Conclusion : Qu’ils s’en aillent donc tous ! Ou plutôt, non, pas tous mais presque tous. Ceux qui n’ont pas encore saisi, quelle que soit leur appartenance politique, que monte, dans les tréfonds urbains et ruraux de la France, une révolte sourde qui ne dit plus son nom face à l’état de santé préoccupant dans lequel se trouve notre pays, n’ont rien compris ni rien retenu de son histoire. Rien compris non plus à sa culture. Rien compris non plus à la richesse de sa langue dont certains auteurs, y compris à l’étranger, traduisent si habilement l’immense mal-être de cette dame multi-millénaire, épuisée non pas de devoir supporter le poids des millénaires mais celui des erreurs, parfois des fautes politiques cumulées depuis non pas trente ans mais près d’un demi siècle par une classe politique qui a oublié ce que la France a longtemps représenté chez elle et dans le monde. Nicolas Dupont-Aignan est l’un des rares élus politiques à avoir compris que la France s’apprête à se fracasser l’âme et le coeur, à s’ouvrir les tripes et à briser les fondements de sa culture multi-séculaire sur ce que j’appelle  » le Second Mur de la Honte », invisible celui-là pendant des décennies pour avoir su tisser sa toile dans l’ombre et en silence : celui que Joseph Eugène Stiglitz qualifiait, voici quelques années déjà, « le capitalisme fou »(3). A une nuance près de taille : Nicolas Dupont-Aignan pense que le sursaut viendra du peuple français alors que moi, loin de sous-estimer les ressources du peuple français, je pense qu’il est néanmoins actuellement beaucoup trop déprimé pour se positionner prochainement dans un réflexe de survie nationale. Mais sans doute suis-je d’un naturel trop pessimiste. C’est sans doute là la part d’âme slave qui raisonne majoritairement en moi; toujours l’âme slave, si créatrice et défaitiste à la fois, toujours prompte à dépeindre le monde et la nature humaine sous les couleurs les plus extrêmes qui soient.

Quoi qu’il en soit, je plains décidément une bonne part de notre petit monde médiatico-politique et bien davantage encore les sphères du capitalisme et de la finance devenues toutes plus folles les unes que les autres, de ne pas avoir d’ores-et-déjà suffisamment ouvert les yeux sur les drames qui semblent guetter notre nation si personne, dans les mois, les années à venir, n’est en capacité de juguler la montée de la misère, du chômage, de toutes les formes d’exclusion qui frappent notre société, toutes classes d’âge confondues. C’est la misère qui va nous conduire à la guerre civile en France ! Je ne pense pas que la France soit sur le point de propulser le Front National au pouvoir. Du moins pas dans l’immédiat. J’ai en tout cas moins de crainte que je n’en aie eu à ce sujet même si je continue de penser qu’il ne faut pas mésestimer le bon score électoral que risque de faire le Front National dès le premier tour de l’élection présidentielle de 2012. Non, j’ai plutôt le sentiment que ce pays s’oriente vers des affrontements d’une autre nature, plus soudains, plus imprévisibles, en toutes circonstances tragiques et déchirant les Français directement entre eux. Un nouveau 1789 meurtrier en quelque sorte. Mais qui, de nos élites politico-médiatiques, accepte de ressentir, de pressentir, d’anticiper, d’affronter cette réalité là ? Laquelle de nos « élites » politiques qui se partage alternativement le pouvoir depuis plus de trente ans, en a seulement conscience sans vous répondre immédiatement que c’est « une vision apocalyptique » de l’avenir de la France, voire carrément « de la science-fiction » ? Bah voyons, c’est tellement plus facile de botter en touche en laissant entendre que ceux qui ont une approche pragmatique de la situation socio-économique de la France seraient un peu « fous » sur les bords, à défaut d’ouvrir eux-mêmes les yeux sur l’avenir peu réjouissant qui attend non seulement la France mais également nombre de peuples européens, coincés entre des banques qui vont de toute façon, à force d’irresponsabilité, s’écrouler comme des châteaux de cartes et une monnaie européenne bien partie pour rendre l’âme tôt ou tard ! En tout cas, le moins que l’on puisse dire et bien que Nicolas Dupont-Aignan se soit, à juste titre, attardé sur ces sujets, c’est que les dits sujets en question n’ont pas le moins du monde semblé inquiéter en quoi que ce soit Laurent Ruquier ou Natacha Polony, à l’exception toutefois d’Audrey Pulvar qui a quand même eu, dans un sursaut de conscience, le réflexe de reconnaître que  » ça fait trente ans que ça va mal » …. Eurêka, elle a fini par établir un constat que peu d’esprits lucides, à moins d’être malhonnêtes, contestent ! Mais en dehors d’Audrey Pulvar et de quelques rares autres exceptions dans le paysage audiovisuel français, je le dis simplement à toutes celles de nos présumées élites médiatiques qui semblent décidément parfois complètement à côté de leurs pompes : « Allez, dormez bien et faites-nous signe quand vous aurez enfin pris conscience des réalités socio-économiques dramatiques qui assassinent depuis quelques années l’âme de la France. Ensuite, sans doute cesserez-vous de vous adresser aux Français comme si vous parliez à des millions de moutons de Panurge ! Tout le monde y gagnera en reconnaissance mutuelle : vous comme nous ».

Bonapartine.

(1) « L’Arnaque du Siècle, L’euro, les banquiers et la mondialisation », Nicolas Dupont Aignan, Editions du Rocher.

(2) http://www.debout-la-republique.fr/La-reconstruction-de-l-ecole-de-la.html?var_recherche=convention%20%C3%A9cole

(3) Lire « Quand le capitalisme perd la tête » (Roaring Nineties) de Joseph Eugène Stiglitz, 2003.

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