L’innocence des Américains : angélisme ou cynisme ?

Tristesse et incompréhension, tels étaient les sentiments perceptibles dans le regard bleu d’Hillary Clinton lors de son communiqué du 12 septembre 2012, au lendemain de l’attentat perpétré contre l’ambassade américaine à Benghazi.

« Innocence of Americans » (L’innocence des Américains) pourrait être le titre d’un nouveau brûlot dédié à l’angélisme historique des autorités américaines. Mais doit-on parler d’angélisme ou plutôt de cynisme ? Reprenons quelques dates et événements :

–       Le Pacte du Quincy signé en février 1945 que l’on pourrait résumer par : « pétrole contre impunité ». Ce traité d’alliance militaire, ratifié sur le croiseur USS Quincy par le roi d’Arabie Ibn Seoud et le président américain Franklin Roosevelt, garantissait la protection du royaume wahhabite et lui offrait surtout une précieuse impunité, en échange d’un approvisionnement facilité en pétrole et d’autres préférences commerciales en faveur de Washington. Faut-il rappeler que l’Arabie saoudite est un Etat théocratique, despotique, esclavagiste, antichrétien, antisémite, corrompu et misogyne. Faut-il rappeler que depuis plus de 20 ans, elle est le principal bailleur du terrorisme international et l’artisan majeur de l’islamisation de la planète. Madame Hillary Clinton ignore-t-elle la nationalité de la majorité des membres du commando du 11 septembre 2001 ?

–       « L’opération Cyclone », également appelé programme afghan, financé à renfort de centaines de millions de dollars par les administrations américaines de Jimmy Carter à George Bush senior et qui a débouché sur la résurrection du jihad. Il est inutile que je revienne ici sur un sujet qui est relativement bien connu par ceux qui s’intéressent un tant soit peu à l’histoire du XXe siècle, ce qui est manifestement le cas des lecteurs avisés de Riposte Laïque. Il s’agit d’une bien triste histoire dans laquelle la CIA a joué les apprentis sorciers en voulant manipuler un démon dont elle n’imaginait pas la puissance. A l’époque de la Guerre froide, des analystes du dimanche de la centrale de Langley ont imaginé pouvoir utiliser sans risque une ressource humaine motivée et pléthorique – celle des moudjahidines afghans, pakistanais et même arabes – pour combattre l’occupation soviétique. Ainsi sont nés les, Gulbuddin Hekmatyar, Oussama Ben Laden et autres champions de l’islam qui, après avoir copieusement reçu les subsides de Washington ont craché dans la chorba et déclaré la guerre sainte à leur infortuné bailleur. L’argent des Etats-Unis et de l’Arabie saoudite auxquelles il convient d’ajouter l’assistance de l’ISI (Inter-Services of Intelligence), le service de renseignement pakistanais, sont à l’origine d’une machine de guerre extraordinaire dont les corollaires directs ou indirects les plus connus sont Al Qaida, les talibans, Abou Sayyaf, Jemaah Islamiyah, AQMI, Boko Haram et de nombreux autres groupes ou individus dont l’un des jeunes représentants a récemment fait l’objet d’une couverture médiatique en France, j’ai nommé le Franco-Algérien Mohammed Merah. Pour revenir à l’Afghanistan, madame Hillary Clinton sait-elle que l’attentat à la voiture piégée perpétré le mardi 18 septembre à Kaboul et qui a tué 12 personnes, a été revendiqué par le Hezb-e-Islami, groupe dirigé par Hekmatyar (voir supra), lequel doit son assise à l’aide financière passée de Washington

–       Pays frontalier de l’Afghanistan, le Pakistan a également fortement bénéficié de l’aide militaire et financière des Etats-Unis. Cette aide était en grande partie destinée à l’ISI, le service de renseignement militaire, dont le noyautage par les cadres fondamentalistes n’est plus un secret. Madame Hillary Clinton se souvient-elle de la décapitation et du découpage en dix portions du journaliste américain Daniel Pearl en février 2002 alors qu’il s’était rendu au Pakistan pour justement enquêter sur les liens entre l’ISI et Al Qaida?

–       N’oublions pas l’invasion de l’Irak par l’armée américaine en 2003. L’Irak était alors le seul pays du Proche-Orient dont le régime n’avait jamais financé ni fourni un seul combattant djihadiste opposé aux occidentaux. Question : combien d’Irakiens y avait-il dans le commando du 11 septembre 2001? Réponse : aucun. En revanche, sur les 19 terroristes, figuraient 15 Saoudiens (plus deux Emiratis, deux Libanais et un Egyptien). Il convient de rappeler que l’administration Bush avait alors justifié l’invasion de l’Irak par un double motif audacieux : la présence supposée d’armes de destruction massive et l’idée (encore plus supposée), selon laquelle le président baassiste Saddam Hussein aurait offert un refuge aux cadres d’AQ fuyant les grottes afghanes. Par ce qui constituera probablement l’un des plus incroyables mensonges d’Etat de l’histoire, Washington réussissait en moins de dix ans à transformer un Etat laïque (certes, régi par un raïs despotique) en un pays en ruine, divisé par les communautarismes chiite/sunnite, véritable vivier du terrorisme islamique, et en définitive, tombeau des chrétiens d’orient. Dans le même esprit, comment ne pas mentionner la contribution américaine à la destruction des régimes bassistes à vocation laïque et occidentale : Iraq, Égypte et enfin Syrie. Aujourd’hui, madame Hillary Clinton ne comprend toujours pas pourquoi l’ambassadeur Chris Stevens a été assassiné par des citoyens libyens pourtant libérés du joug du dictateur Mouammar Kadhafi grâce à l’aide des Américains.

Mais si l’on peut qualifier les choix du département d’Etat et de la CIA, précédemment évoqués, de décisions malheureuses prises par ignorance ou d’erreurs de stratégie dues à une vision à très court terme, il est d’autres actions qu’il serait illusoire d’expliquer par un excès d’angélisme alors qu’elles ne relèvent que du seul cynisme.

–       Que dire ainsi du financement de projets douteux dans les banlieues françaises, par l’ambassade américaine, en vue de séduire la diversité émergeante ?

–       et que penser de l’engagement officiel des Etats-Unis en faveur de l’intégration de la Turquie dans l’Union européenne ?

–       sans oublier le rôle déterminant joué par les Etats-Unis dans la création des pseudo-Etats bosniaque et kosovar. A partir de 1996, dénué comme d’habitude de tout scrupule, Washington a offert argent et assistance à la milice mafieuse islamique de l’UCK. L’oncle Sam a ensuite convaincu ses dociles alliés de l’OTAN à bombarder Belgrade et à détruire la nation serbe, alliée historique de la France.

Est-ce faire preuve d’une paranoïa morbide et ou d’un penchant « conspirationniste » que de considérer que ces trois derniers exemples d’ingérence confortent l’idée selon laquelle, depuis quelques années, les Etats-Unis mettent en place un « anti-plan Marshall » destiné à fragiliser la cohésion et le développement socio-économique de l’Union européenne ?

Guillermo Dias

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