L’interdiction du pantalon à Paris et le mythe de l’islam non islamiste

Publié le 20 octobre 2013 - par - 2 097 vues
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L’interdiction aux femmes de porter le pantalon à Paris pour comprendre la fausseté de la distinction entre « islam » et « islamisme ».

« L’islam », le « droit islamique » apparait multiple parce que ses applications sont diverses, mais cette apparence est fausse pour l’essentiel.

En réalité, entre les Etats musulmans appliquant les aspects les plus durs de la loi islamique et ceux qui ne les appliquent pas, il n’y a pas de différence d’interprétation des textes, mais uniquement une différence dans l’application de ces textes.

La terminologie est confuse, « islam » est en soi un mot-valise, un mot polysémique, comme le mot « droit » et « droit islamique ».

Lorsque l’on parle d’un droit, on doit distinguer le droit « théorique », le droit selon le sens de la loi, du droit « positif », c’est à dire du droit effectivement en vigueur, du droit appliqué à un moment donné dans une société.

(Nota bene : l’expression « droit positif » a dans un autre contexte un autre sens, celui de droit selon la loi en vigueur théoriquement dans une société, par opposition au droit « naturel », c’est à dire celui qui serait conforme à des principes « supérieurs ».)

Il n’y pas de différence d’interprétation (majeure) entre l’islam vu par les « islamistes » et l’islam vu par des musulmans plus « doux », il n’y a que des différences dans l’application.

Y a-t-il une différence majeure entre fouetter de cent coups de fouet ou lapider à mort : non, c’est la mort. Y a-t-il une différence majeure entre amputer la main du voleur pour un larcin de tel montant ou d’un autre montant ? Non.

Lorsque l’on parle de « différents islam », ce n’est pas de différentes théories, de différentes doctrines, dont on parle, ce n’est pas de différentes « lois islamiques » – mais des différentes applications de l’islam, de l’islam tel qu’il est appliqué effectivement, l’islam effectivement en vigueur, c’est à dire de l’islam « positif ».

L’islam qui serait effectivement modéré dans la théorie, n’existe pas.

Pour illustrer de façon simple la différence entre droit (théorique) et droit positif, on peut citer le cas toujours problématique de l’interdiction du pantalon à Paris. L’ordonnance du préfet de police Dubois n° 22 du 16 brumaire an IX (7 novembre 1800) interdit le port du pantalon à Paris. Cette ordonnance n’a jamais été abrogée. Un ministre a répondu en janvier 2013 qu’elle aurait été « abrogée implicitement » en raison de son inconstitutionnalité depuis 1946. L’implicite n’est jamais clair et toujours contestable, et précisément, s’agissant d’une marque d’inégalité entre hommes et femmes, il aurait été plus « élégant » de procéder à une abrogation explicite. Quoi qu’il en soit, cette ordonnance était tombée en désuétude bien avant 1946 : le droit « positif » appliqué est bien éloigné du droit énoncé par cette ordonnance.

D’autres lois ne sont pas appliquées, par exemple concernant les intérêts…

Pour autant, la loi théorique reste la loi, il n’y a pas création d’un autre droit, « modéré » par rapport à un droit « intégral », il n’y a pas de problème d’interprétation, il y a uniquement une inapplication.

Et le risque demeure d’une remise en vigueur dans les faits de la loi dans toute sa rigueur. En droit français, une loi ne peut pas être abrogée par la désuétude, par la coutume « contra-legem ». C’est ainsi qu’une loi « théorique » longtemps écartée du « droit positif », peut y être réintroduite … dès qu’il plait aux autorités de l’appliquer.

Par exemple un décret-loi de 1848 prohibant le marchandage a été progressivement considéré comme abrogé par le non-usage jusqu’à ce qu’en 1901 le ministère public en ait requis l’application.

C’est pourquoi il est choquant que le ministère des droits des femmes se refuse à une abrogation explicite par la loi ( comme l’avait proposé un groupe de parlementaires en 2011) d’un texte dont il indique lui-même qu’il a juste le tort d’être contraire à un de nos grands principes, le principe d’égalité …

Concernant la loi islamique, l’illusion créée par un « droit positif » plus doux en pratique que la loi islamique est redoublée, et la présenter comme preuve de l’existence d’une « autre religion » est une escroquerie.

Non seulement la non application est une situation toujours fragile, toujours réversible, mais l’abrogation effective est impossible puisque le législateur est « dieu ».

Il suffit donc que les croyants les plus fervents gagnent du pouvoir dans un état « musulman » pour que la loi islamique soit remise en vigueur, et il est complètement mensonger d’endormir la vigilance des défenseurs des droits humains en leur servant le mensonge d’une différence de « religion » là où il n’existe qu’une différence de pratique, d’application.

Elisseievna

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