L’interdiction en France des statistiques ethniques est une aberration

Publié le 20 février 2017 - par - 7 commentaires - 2 113 vues
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Bien connu des lecteurs de Riposte Laïque, l’expert international Jean-Paul Gourevitch, spécialiste de l’Afrique et des questions migratoires, vient de publier un nouveau livre, intitulé « Les véritables enjeux des migrations ».  L’occasion pour Riposte Laïque de poursuivre un dialogue fructueux avec lui…

Riposte Laïque : Dans un article paru sur Planet.fr, vous vous appuyez sur une récente enquête de l’Insee pour donner de vrais chiffres sur la réalité du nombre d’immigrés vivant en France, et l’évolution de ces dernières années…
http://www.planet.fr/societe-quand-linsee-leve-timidement-un-coin-du-voile-sur-les-statistiques-ethniques.1304855.29336.html
Jean-Paul Gourévitch : L’INSEE vient enfin d’aborder un sujet jusqu’ici tabou : les statistiques ethniques. C’est pourquoi comme quelques autres, par exemple Michèle Tribalat sur le site Atlantico, j’ai souhaité réagir immédiatement à la publication de son enquête sur les descendants d’immigrés dans INSEE Première parue le 8 février 2017. Car il faut à la fois souligner cette avancée et en montrer l’insuffisance majeure à savoir le cumul du nombre d’immigrés et du nombre de descendants d’immigrés pour quantifier la présence en France des populations d’origine étrangère.
Je peux comprendre que l’INSEE n’ose pas déjuger ses affirmations précédentes ou celles des pouvoirs publics qui le financent. Mais les faits sont têtus. D’après ses propres travaux, il apparaît qu’un Français sur 5 sur deux générations est d’origine étrangère, que cette population augmente beaucoup plus vite que la population des personnes nées en France de parents français et que dans cette progression c’est la population originaire d’Afrique subsaharienne qui se trouve en pôle position avec autour de 10% d’augmentation par an.

Riposte Laïque : Selon vous, peut-on encore faire confiance à l’Insee, quand on sait que cet organisme a avoué avoir minoré les vrais chiffres, pour ne pas faire le jeu de l’extrême droite ?
Jean-Paul Gourévitch : Il est exact que certains chiffres de l’INSEE ont été minorés comme par exemple ceux de 2008 où l’Institut décomptait 5,3 millions d’immigrés. Il les a « redressés » en 2010 à 6,7 millions, plus proches de ceux fournis par Eurostat la même année (7,2 millions). Il existe aussi des biais puisque l’INSEE ne se fonde que sur les réponses de ceux qui ont été enquêtés ou qui ont bien voulu répondre. Mais je ne crois pas qu’il faille incriminer les chercheurs, démographes et statisticiens de l’INSEE ou de l’INED.
Le problème réside dans la présentation de leurs travaux par certains de leurs responsables ou de leurs directeurs de recherches qui, pour des raisons idéologiques, proclament par exemple contre toute évidence que l’immigration est stable en France. Ou qui ne tiennent pas compte de l’immigration irrégulière. Ou qui confondant solde migratoire de l’immigration et solde migratoire de l’expatriation, alors que ceux qui arrivent sont très différents de ceux qui partent, affirment glorieusement que l’invasion migratoire est un fantasme. Alors que les chiffres montrent que l’adjonction des deux soldes laisse apparaître chaque année une transformation de la population résidant en France équivalente à 310.000 personnes.
Bien entendu ce sont leurs conclusions qui sont véhiculées par certains journalistes qui ne font pas l’effort d’aller à la source des informations.

Riposte Laïque : Vous paraissez réclamer le droit d’utiliser des statistiques ethniques. Comment expliquez-vous que cela soit interdit en France ?
Jean-Paul Gourévitch : Les statistiques ethniques pratiquées dans de très nombreux pays ont été déclarées non-conformes à la loi par le Conseil Constitutionnel le 15 novembre 2007. Donc il est impossible théoriquement de connaître l’origine des parents des nouveaux-nés, le nombre de prisonniers d’origine étrangère, l’origine des bénéficiaire des prestations sociales, et même celle des personnes sondées.

Cette interdiction est une aberration. Comment peut-on prétendre lutter contre les discriminations si on ne connaît pas l’origine des personnes discriminées ? En l’absence de statistiques, on laisse le champ libre à la rumeur qui conduit une partie de la population à surestimer le nombre de ceux qui sont différents d’elle. Les rapports de l’Organisation Internationale des Migrations montrent que dans les différents sondages faits en Italie, au Canada, aux Etats-Unis, l’opinion publique a tendance à surévaluer la proportion des personnes d’origine étrangère. De même, selon le sondage IPSOS-Mori de 2014, les Français seraient persuadés qu’il y a 32% de musulmans dans leur pays alors que comme je l’ai démontré dans l’Islamo-business vivier du terrorisme (Pierre-Guillaume de Roux 2016), l’ensemble de la communauté musulmane ne représente que 12 à 13% de la population.

Riposte Laïque : Dans votre enquête, vous soulignez l’explosion spectaculaire du nombre d’immigrés subsahariens. Comment expliquez-vous le silence de la grande presse, sur cette question ?
Jean-Paul Gourévitch : L’immigration subsaharienne est majoritairement très jeune. Plus de 80% des enfants d’immigrés ont moins de 25 ans. Elle est aussi très concentrée géographiquement puisque 56% vivent en Ile-de-France et notamment dans la Seine-Saint Denis. Compte tenu de la mauvaise image de marque dans l’opinion publique de ce département qui pourtant a des potentiels de ressources et de création considérables, la grande presse craint l’amalgame dans l’opinion publique entre population africaine et violences urbaines. Une fois de plus l’émotionnel tient lieu d’analyse.
Plus globalement il y a une méconnaissance des grands medias sur la population d’origine subsaharienne, faute d’un contact permanent auprès des diasporas. Ils ne mesurent pas le poids de l’économie informelle dans ces communautés. Ils considèrent « les Africains »  comme un ensemble homogène alors qu’il n’y a aucun rapport entre un médecin béninois, un paysan malien et un réfugié politique congolais, j’avais tenté dans Les Africains en France (Acropole 2009) de faire justement un état des lieux diversifié de cette population, de ses attitudes et de ses comportements. Sans succès.

Riposte Laïque : Nous sommes en pleine campagne sur les élections présidentielles. Quel est votre regard d’expert, concernant l’immigration, sur les positions des principaux candidats : Fillon, Macron, Mélenchon, Hamon, Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan ?
Jean-Paul Gourévitch : Je m’attendais à votre question qui est un piège pour un consultant non engagé. J’y ai répondu préventivement. Pour permettre à chacun en 2017 de « choisir en connaissance de cause » comme dit la bande de l’ouvrage, nous avons interrogé sur l’immigration et sur l’expatriation les différents partis qui présentent des candidats à la présidentielle, les associations de défense des migrants ainsi que certaines de celles qui militent contre leur installation, au moyen d’un questionnaire qui figure en annexe de l’ouvrage.

Une partie nous a répondu. D’autres nous ont renvoyé à leurs publications ou à leurs sites. Pour ceux qui nous ont expliqué que leur calendrier était trop chargé ou que les questions étaient trop complexes comme pour ceux qui ont fait la sourde oreille, nous nous sommes efforcés de nous appuyer sur leurs déclarations afin de faire connaître loyalement leur point de vue. Tous ceux que vous citez ont donc leur place dans l’ouvrage, sauf Emmanuel Macron qui n’avait pas fait connaître ses positions. Mon regard personnel n’a donc pas grand sens ici. Mais les lecteurs verront qu’il y a souvent un manque d’expertise dans les déclarations de uns et des autres. C’est pourtant un débat majeur de ces présidentielles car il s’agit, au-delà des « affaires », de savoir quel futur nous voulons pour nous et pour nos enfants.

Riposte Laïque : Pensez-vous qu’il faudrait remettre en cause le droit du sol, dans son application actuelle ?
Jean-Paul Gourévitch : Le droit du sol intégral, tel qu’il est pratiqué aux Etats-Unis, accorde la nationalité du pays a une personne qui y est née quelle que soit celle de ses parents alors que le droit du sang accorde aux enfants la nationalité de leurs parents. En France nous vivons depuis le gouvernement socialiste de Lionel Jospin sous un régime mixte qui fait que les enfants nés en France seront automatiquement français à 18 ans sauf s’ils font une démarche de récusation, et qu’ils peuvent l’être à 13 ou à 15 ans s’ils le désirent.
Cette pratique bâtarde est source de nombreux abus qui se traduisent par exemple dans les « migrations prénatales » à Mayotte (où Mamoudzou, la capitale abrite la plus importante maternité de France) ou en Guyane. Les mères viennent y accoucher pour un meilleur suivi médical mais surtout pour que leurs enfants aient un jour la nationalité française et que leur famille puisse être régularisée par la suite. On a vu aussi des exemples de « migrations paternelles » où une personne en situation irrégulière se déclare comme père d’un nourrisson qu’il a « acheté » pour ne pas être expulsé.
Sur le fond, il me paraît souhaitable que, dans une société qui fait appel à la responsabilité de chacun, l’obtention de la nationalité soit le fait d’une démarche volontaire de la personne. Cela éviterait que des jeunes qui n’ont pas choisi d’être né au pays d’accueil de leurs parents et parfois lui en veulent, se retrouvent « français malgré eux ». Après tout la démarche volontariste d’obtention de la nationalité avait bien fonctionné de 1993 à 1997. Elle a été abandonnée pour des raisons principalement électorales. Je ne vois aucune raison pour ne pas la rétablir.
Reste le problème de la déchéance de nationalité que le Président de la République a voulu malencontreusement initialiser sous l’émotion des attentats et qui l’a obligé ensuite à un rétropédalage humiliant. Cette mesure paraît en tout cas beaucoup plus symbolique qu’efficace.

Riposte Laïque : Vous venez d’éditer un nouveau livre, très documenté, « Les véritables enjeux des migrations », où vous prétendez vouloir lutter contre les préjugés, sur l’immigration. De quels préjugés parlez-vous, et quelles sont vos grandes lignes ?
Jean-Paul Gourévitch : Il faudrait résumer tout l’ouvrage pour vous répondre. Ces préjugés sont de deux sortes.
Les premiers viennent de la mauvaise connaissance de la question et donnent lieu à des raccourcis, et des schématisations. Un seul exemple qui vous étonnera peut-être. Gauche et droite confondues, les medias et l’opinion publique sont persuadés que l’Aide Publique au Développement (APD) de l’Afrique freinera les migrations. Je l’ai cru moi aussi autrefois. Mais ayant travaillé plus de 20 ans en Afrique, je sais maintenant que c’est une erreur. L’APD peut contribuer à la survie ou au bien-être des habitants, à restaurer l’image de la France, à conforter sa visibilité internationale. Mais au lieu de freiner le désir de migration, elle l’exacerbe.
Je m’explique. Pour réussir sa migration, il faut bénéficier d’un capital emploi c’est à dire pouvoir vendre ses compétences ou sa force de travail, d’un capital financier pour payer son passage et subsister pendant les premiers mois, d’un capital relationnel qui permet de trouver sur place dans la diaspora une aide pour des papiers, un travail, un logement, des démarches. Or, l’aide au développement développe les compétences dans un pays qui n’a pas les moyens d’employer ses diplômes, elle accroît les ressources financières et en mettant en liaison pays d’origine et pays d’accueil, elle favorise la constitution de réseaux relationnels. Les statistiques montrent d’ailleurs que l’APD n’a nullement freiné les flux migratoires légaux ou irréguliers de l’Afrique en direction de la France.
Les seconds préjugés relèvent de la mauvaise foi. C’est la présentation biaisée des problèmes d’immigration, les procès d’intention voire la réduction « ad hitlerum » de ceux qui ne souscrivent pas à la pensée dominante (vous en savez quelque chose !), l’occultation des problèmes d’expatriation assimilés abusivement à l’évasion fiscale, les chiffres balancés à la louche, le manichéisme des débats (l’immigration est-elle une chance ou une malchance pour la France ?), les images émotionnelles ou trafiquées pour formater l’opinion publique….
Il faut les combattre. Sans illusion. Comme dit Cyrano (celui d’Edmond Rostand, pas l’éditorialiste de Riposte Laïque !)
« Que dites vous ?… C’est inutile ?… Je le sais !
Mais on ne se bat pas dans l’espoir du succès ! »

Riposte Laïque : Que pense le spécialiste que vous êtes des propos de Michel Onfray, estimant inéluctable la disparition de notre civilisation vieillissante, et son remplacement inévitable par une autre civilisation, musulmane ?
Jean-Paul Gourévitch : Notre civilisation est probablement à bout de souffle. Nos moteurs d’intégration – l’Eglise, l’Armée, le Travail, l’Ecole, la Cité – sont grippés ou obsolètes. Le modèle républicain d’un pays de droit, d’une égalité devant la loi et d’une liberté d’expression est tous les jours mis en question par les fraudes sociales ou fiscales, les intimidations, la judiciarisation des écrits et des déclarations, la substitution de la transaction à la loi et le mauvais exemple donné par les gouvernants. Inversement la civilisation musulmane fait preuve dans le monde entier d’un dynamisme indiscutable et ses divisions même attestent de sa diversité. Mais l’expérience montre que les prévisions ont le plus souvent été démenties et que le pire n’est pas toujours sûr.

Riposte Laïque : L’homme infatigable que vous êtes a-t-il d’autres projets sous le coude ?
Jean-Paul Gourévitch : Bien entendu. Et comme d’habitude dans des domaines inattendus, tabous ou mal balisés. Deux ouvrages sortiront prochainement …Mais ceci est un autre chapitre.

Propos recueillis par Pierre Cassen

Livre à commander sur le site de l’éditeur :

https://www.editionsdurocher.fr/livre/fiche/les-veritables-enjeux-des-migrations-9782268085012

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Notifiez de
Bacquet

Simon va à la mosquée sucer ton imam !

Dominique

Les musulmans sont de bons laboureurs et les champs sont fertiles.

Dominique

Sont-ce les enfants cachés du roi président ?

Themis

Encore un discours lénifiant pasdamalgamesque ! Moi je n’ai pas la compétence de faire des statistiques mais j’ai des yeux pour voir ! J’ai aujourd’hui 55 ans et j’ai bougé dans pas mal de départements et je peux vous certifier que les muzz, il n’y en a jamais eu autant qu’aujourd’hui. J’ai également passé 15 ans ds le sud est et j’ai pu voir l’évolution. il est complètement envahi jusqu’aux plus petits villages. C’est tellement devenu invivable que j’en ai foutu le camp l’année dernière ! L’interdiction de statistiques ethniques serait une aberration ? Non Monsieur, c’est tout simplement une… lire la suite

sav73

La nouvelle France grâce aux socialos gauchistes …..

Joël

 » la civilisation musulmane fait preuve dans le monde entier d’un dynamisme indiscutable et ses divisions même attestent de sa diversité » (sic) Que ne faut-il pas entendre comme conneries , de branlettes sémantique de la part « d’intellectuels » patentés! La France n’a aucuns avenir à attendre de la part de populations exotiques aux mœurs hilares et oisives pour la très grande majorité d’entre eux! Les Africains dans leurs ensemble n’éduquent pas leurs enfants et ces derniers emplissent nos prisons! Dynamisme et fertilité de bons à rien! Au mieux cela fera des RSA, vigiles, balayeurs ou délinquants! Gourévitch: Arrête la fumette!!!

chercheur

je suis d’accord,vous venez de me couper l’herbe sous le pieds