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L’Iran sera la 10e puissance nucléaire : faut-il lui faire la guerre ?

Si le nucléaire iranien reste le cauchemar des Israéliens, force est de constater que depuis plus de 10 ans, la situation n’a pas évolué d’un pouce. Toutes les négociations et les sanctions économiques contre Téhéran ont échoué. Et l’option militaire, avec l’indispensable appui de Washington, au delà des rodomontades habituelles, est restée prudemment dans les tiroirs.

On a toujours d’un côté, les Iraniens arrogants qui clament depuis toujours que « La recherche nucléaire va se poursuivre, et les menaces, la propagande et l’intimidation ne nous toucheront pas » et de l’autre, les faucons israéliens, qui promettent l’Apocalypse à l’ennemi chiite, à coups de déclarations guerrières sans lendemain.

Le belliqueux général d’aviation Tomer Bar a beau clamer « Nous sommes prêts à attaquer demain si nécessaire », chacun sait que sans le soutien des Etats-Unis, l’entreprise reste des plus hasardeuses, sans aucune certitude de porter un coup décisif à Téhéran.

En 2011, j’écrivais pour RL un article, qui reste d’actualité, sans qu’il soit besoin d’en changer la moindre virgule, tant le dossier est enlisé et tant la complexité d’un raid aérien massif à plus de 1000 kilomètres d’Israël, reste un défi majeur.

https://ripostelaique.com/liran-nouvelle-puissance-nucleaire.html

Personne ne met en doute la supériorité des pilotes israéliens sur tous leurs adversaires des pays arabes environnants, mais la Perse n’est ni l’Egypte, ni la Syrie. Il ne s’agit plus d’un remake de la guerre des Six Jours en 1967, quand les Mirage israéliens affrontaient les Mig 21 arabes, avec le succès fulgurant que l’on connait.

Une attaque de l’Iran serait d’une tout autre dimension. Faut-il attaquer par le nord de l’Irak ou par le Golfe Persique ? Ou bien lancer deux raids simultanés sur les installations nucléaires ?

Les cibles sont lointaines et dispersées, situées en milieu montagneux et profondément enterrées. Cela nécessite des ravitaillements en vol, une protection contre la chasse adverse, un brouillage des radars ennemis, la mise en place d’hélicoptères de recueil et d’un navire hôpital le plus proche possible. Sans parler du survol de pays hostiles, ou des gros porteurs assurant la surveillance de la zone et les communications lointaines.

Bref, on est loin du raid aérien sur le site irakien d’Osirak en 1981. Une promenade à côté d’un raid massif multi-cibles sur l’Iran. Et les raids effectués sur des cibles en Syrie, ne sont en rien comparables.

De plus, seules les bombes américaines guidées MOAB, « bombe à effet de souffle massif » de 10 tonnes, peuvent percer 60 mètres de béton. Utilisées en Afghanistan pour pulvériser les grottes abritant les talibans, elles ont transformé les montagnes afghanes en cercueil.

https://twitter.com/i/status/852620273996017664

On imagine aussi que quelques centaines de missiles de croisière lancés au préalable sur toutes les installations radar et les centres de communication iraniens, ne seraient pas un luxe. Les pilotes anglais et français avaient bénéficié de ce décisif soutien américain, avant de survoler la Libye avec leurs Tornado et leurs Rafale, en limitant la menace.

Infliger des pertes irréparables à Téhéran, avec le minimum de pertes, voilà un pari qui n’est pas gagné. Sans le soutien américain, c’est un coup de poker des plus risqués, avec un rapport bénéfice/risque aléatoire. 

Le programme nucléaire iranien n’en sera que retardé, alors que l’embrasement du Moyen-Orient sera bien réel. Un blocage du détroit d’Ormuz, en coulant quelques navires, propulserait le prix du baril à 300 dollars, plongeant l’économie mondiale dans le chaos.

Une pluie de missiles venus d’Iran, mais aussi tirés par le Hezbollah libanais, pourrait saturer les défenses israéliennes et notamment le « Dôme de fer » protégeant l’Etat hébreu.

Pour toutes ces raisons, on voit mal Biden donner son feu vert à Naftali Bennett.

Finalement, la guerre de l’ombre que mène Israël contre les savants atomistes, les chefs militaires et les installations nucléaires, à coups d’assassinats ciblés et de cyberattaques, offre certainement le rapport bénéfice/risque le plus favorable qui soit pour Israël.

Mais en définitive, toutes ces gesticulations guerrières n’empêcheront pas l’Iran de devenir la 10e puissance nucléaire.

Après tout, les cinq Grands ont accepté que le Pakistan, l’Inde, Israël et même la Corée du Nord, se dotent de l’arme nucléaire sans pour autant remuer ciel et terre. Pourquoi faudrait-il aujourd’hui s’émouvoir de la bombe iranienne ? 

Quel ayatollah serait assez fou pour user de l’arme atomique contre Israël, sachant que dans les minutes qui suivent, l’Iran serait rayé de la carte ?

La bombe atomique, c’est avant tout l’arme diplomatique de prestige, censée ne jamais servir, mais permettant à Téhéran chiite d’affirmer sa suprématie sur le monde sunnite.

N’oublions pas que la dissuasion nucléaire, fondée sur l’équilibre de la terreur, a largement prouvé son efficacité pendant les cinquante ans de guerre froide, et encore aujourd’hui entre l’Inde et le Pakistan.

Ce n’est pas la sagesse des hommes qui a ramené la paix en Europe depuis 1945, c’est la peur d’un nouvel Hiroshima.

Comme le disait Jacques Chirac, en refusant avec sagesse de s’engager dans le conflit irakien, « La guerre est toujours la pire des solutions ».

Jacques Guillemain