L’islam berceau d’une civilisation brillante : un pur mythe

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En janvier 2003, la revue «Histoire» a fait paraître un numéro spécial (272) intitulé «Les Arabes». Le sous-titre «de la Mecque aux banlieues de l’islam» est un programme en soi. La bande annonce du roman merveilleux de ces «fondateurs d’un empire» est simple : «une langue, une culture, une histoire».
Ce n’est pas si simple.
Le contenu du mot «arab» est d’abord ethnique : c’est un peuplement qui habite l’«Arabie», on les appelle des bédouins, et leur mode de vie mêle nomadisme et villes-oasis. Le berceau de cette «civilisation brillante» est donc une poignée de ces hommes du désert partis à la conquête violente du monde. A la mort du prophète, «arabe» se dit d’un peuple et d’une religion. Le reste, les fastes des Califes de Damas puis de Bagdad viendra plus tard, en attendant les destructeurs d’Asie centrale: les Tamerlan et autres loups enragés.
Cette «Arabie», dans la très haute antiquité, se divise en Arabie déserte (l’Arabie saoudite et les Etats du golfe persique) et Arabie heureuse (le Yémen, alors constitué de 4 royaumes) : Arabie du sud, Arabie du nord. Les populations de cette Arabie déserte sont appelées, au moins en partie «arabe». On trouve le terme dans les sources étrangères : la Bible, les textes mésopotamiens, et dans la littérature grecque classique où le nom d’Arabie est donnée à la Mésopotamie, à l’Egypte orientale ou à des régions mal connues. Il faut attendre le règne d’Alexandre le grand pour que l’Arabie inclue l’ensemble de la Péninsule. Les savants appellent «Arabes» tous les habitants de cette vaste péninsule, mais ils se désignent en faisant référence à l’ensemble tribal dont ils dépendent : Saba au Yémen, Hagar en Arabie orientale, Qédar en Arabie du Nord-Ouest.
La langue arabe n’est pas écrite avec l’alphabet que nous connaissons, mais avec celui d’autres peuples : les Sabéens, puis les Nabatéens (qui utilisent une variété d’araméen). Cette forme archaïque est pourtant appelée, assez improprement, le «vieil arabe». Ce n’est qu’au VIème siècle après J.C. qu’apparaît une écriture propre qui donne naissance à l’alphabet arabe. C’est cet alphabet que l’état musulman, fondé en 622 par Mahomet à Médine, adoptera. Essentiellement pour des raisons politiques.
Selon toute vraisemblance, cette écriture a été élaborée par les Arabes chrétiens de la vallée de l’Euphrate, vers la fin du Vème siècle. Le plus ancien texte dans cette écriture date de 512 et complète l’inscription dédiée à saint Serge, rédigée en grec et en syriaque. L’alphabet arabe descend donc d’une écriture syrienne, dont le modèle reste encore discuté (soit dérivé d’un alphabet syriaque, soit développement d’un alphabet nabatéen).
Vingt-cinq ans après la mort du prophète, les Omeyyades qui avaient animé la résistance de la Mecque à cette nouvelle religion s’en empare. Dame, ils en voient les avantages.
La conquête de l’Orient se fait à partir des quatre endroits du monde antique les plus civilisés et les plus hautement significatifs : la Syrie, l’Egypte, la Mésopotamie. La bataille de Nihavend ouvre l’accès au plateau iranien, et le dernier souverain perse sassanide Yezdegird trouve la mort en 651. En un siècle, ces Arabes de l’islam, désormais force politique et militaire, submergent l’Iran, occupent l’Asie centrale, enlèvent le Maghreb, et enfin l’Espagne.
C’est un immense désastre pour le monde civilisé. Les Francs les arrêtent à Poitiers, autrefois grande date de notre histoire nationale. Ils sont contenus quelques temps par les Byzantins. Et par les Chinois.
Partout ailleurs dans tout l’Orient, ils ont imposé leur domination.
Comme tous les empires, il connaît très tôt des divisions intérieures et va se distribuer entre les Omeyyades retirés en Espagne, propagateurs de la « grandeur arabe » face à la masse de convertis venus des nations soumises, et les Abassides.
Ces Omeyyades sont des pragmatiques qui ont le sens de leur intérêt. Ils trouvent commode de garder l’administration byzantine compétente. Les abbassides leur reprochent une certaine tiédeur à l’égard des règles islamiques et en 755 à Damas, les massacrent. Le seul survivant, Abd al-Rhaman, part pour Cordoue et y prend le pouvoir. Au IXème siècle, à la cour des califes abbassides, la nouvelle capitale est Bagdad.
Le choix des Persans est décisif : contre les Omeyyades, ils choisissent les Abbassides.
La question de l’identité arabe se pose désormais en termes d’opposition entre la vigueur primitive attribuée aux Arabes bédouins et les fastes émollients de la culture citadine et monarchique, dont on dote les Persans. Et qui va fasciner les premiers savants orientalistes du XVII et du XVIIIème siècle.
En réalité, bon nombre de ces artisans de la « civilisation de l’islam classique » sont des syriaques chrétiens. Des chrétiens convertis de force ou demeurés chrétiens dans des conditions variables. Polyglottes, ils ont transmis au monde arabe toute la science médicale de l’époque, par leur activité de traduction. Les grands savants « arabes » ne sont pas des «Arabes » ni ethniquement, ni géographiquement, mais des Perses ou des hommes d’Asie centrale, convertis par la force, par intérêt ou sens de la survie.
Mais désormais, l’espèce de solidarité vécue comme organique entre « arabe » et « musulman » est scellée. Aujourd’hui encore, pour les Arabes des pays du Golfe, les hommes du Maghreb sont des « sous-musulmans ».
Par quel mystère s’est diffusé cet autre mythe historiographique, celui de l’al-andalous, oasis de douceur de vivre et de bonne entente religieuse dans un monde de brutes ?
La salle d’apparat de l’Alhambra servait pour les « parties fines » organisées par les Rois de Grenade : l’orchestre était composé des meilleurs musiciens chrétiens recrutés dans la contrée et dont on avait d’abord crevé les yeux. En 976, la purge des bibliothèques, dont la bibliothèque califale, héritée des Wisigoths, riche d’environ 600 000 manuscrits, donne lieu à un grand autodafé. Averroès, aujourd’hui revendiqué comme l’un des grands penseurs et philosophes de l’islam, est contraint à l’exil et enterré avec ses livres. Si on les connait, c’est parce que des traductions latines ont assuré leur transmission. Le grand penseur juif Maïmonide fut lui aussi contraint de se convertir à l’islam.
Cette civilisation « universelle classique » est un mythe.
Ce qui est vrai, c’est qu’elle fut le chant du cygne de la grande civilisation de langue araméenne inaugurée avec Cyrus, lorsqu’il fonde la dynastie des Achéménides, choisit pour langue de chancellerie l’araméen et unifie toute cette partie du monde. Alexandre va ruiner cet empire, qui sera rétabli par les Parthes arsacides (du nom des 32 rois) pour durer cinq siècles.
Le monde chrétien va naître à la croisée de ces deux aires de civilisations : la koiné greco-latine d’un côté, la koiné araméo-syriaque de l’autre. L’islam détruira cette koiné araméo-syriaque tout en l’exploitant économiquement et intellectuellement.
Ceux qu’on appelle les Chrétiens de l’Orient sont les derniers locuteurs de la langue du Christ mais aussi les héritiers d’une tradition d’oralité vieille de deux mille ans.
On reconnaît l’arbre à ses fruits. L’image du monde arabe est désolante : l’analphabétisation atteint 50% des femmes, on y traduit 330 livres par an, (des livres de propagande islamique) trois fois moins qu’en Grèce, et le PNB de tous les pays arabes, y compris celui des pays pétroliers vaut moins que celui de l’Espagne seule. Au désert culturel s’ajoute la carence de la production matérielle.
Il n’y a aucune vraie participation des pays arabes aux grandes aventures de l’esprit. Du Maroc à l’Irak, il n’existe aucune institution de recherche digne de ce nom. L’Irak seul possédait des laboratoires de recherche, détruits par l’orientation militaro-industrielle du régime qui a entraîné la ruine du pays. Les prêcheurs fanatiques de l’Arabie saoudite se sont imposés partout. Le wahhabisme annule toutes les formes d’interrogation qui humaniseraient la terreur de l’Absolu. Toute activité humaine qui touche à l’imagination ou à la création apparaît comme une vanité, et elle est donc condamnée.
Les promoteurs de l’«arabité» ont pourtant été des arabes chrétiens. Ce n’est pas anodin. En plaçant la nation au premier plan, on évitait que la religion ne soit le principe fondateur de l’identité nationale. Car la question liée à la nation, c’est celle d’un ensemble de volontés et d’institutions capable de concrétiser le désir d’un destin commun. Et cette volonté, l’islam ne peut tout simplement pas la promouvoir car pour qu’il y ait l’idée d’un destin, il faut que tout ne soit pas écrit. Le contraire du «Mektoub».
L’occident a bénéficié du rempart des pays de l’Est. La Hongrie a le droit de voir son choix politique respecté, même si humainement ce choix nous apparaît terrible. Mais nos hommes politiques et nos médias éclairés ont-ils vraiment cru que cette vague humaine allait doucement et pacifiquement refluer lorsqu’on lui ferait comprendre que désormais le « compte y est » ?
« Ils viennent sans rien » disait un évêque de France au sortir de la réunion- acte d’allégeance à une République bien trop heureuse de faire financer une partie de l’accueil de ces réfugiés par les paroisses de France, en imposant l’accueil de musulmans. A-t-on invité les imams de France à solliciter l’accueil des « réfugiés » qui sont leurs coreligionnaires ? Si oui, l’information n’a pas été relayée.
Ils ne viennent pas sans rien. Ils viennent avec une « mentalité » : quinze siècles de soumission à une religion fondée sur une imposture, de culture de la force, de l’intimidation et de l’oppression.
Il faut accorder des visas. D’abord aux minorités opprimées : chrétiens et yézidis dont on brûle les églises, dont on enlève les femmes pour les violer et les humilier, dont on détruit les maisons. Ensuite aux musulmans que l’on persécute. Et il faut arrêter cette guerre : cela s’appelle la justice.
Marion Duvauchel

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18 Commentaires

  1. Compte tenu du dogme brutal, rétrograde et imperméable de l’islam il ne peut générer aucune évolution de la pensée. Si quelques avancées de la marche humaine a pu l’effleurer ce ne peut être que de ceux qui en étaient de l’extérieur ou de ceux qui le combattaient de l’intérieur.

  2. l’Espagne wisigothique, conquise par les Arabes, n’était pas un pays inculte. Isidore de Séville fut un très grand intellectuel et il avait réuni en Espagne une bibliothèque qui contenait tout le savoir de l’époque. Les Arabes ont donc profité de ce terreau, totalement absent au Maghreb.
    D’un point de vue architecture, on ne peut qu’être émerveillé mais la question qui devrait nous interpeller quelque part (comme on dit) c’est pourquoi les Arabes n’ont rien produit d’identique chez eux, de l’autre côté de la Méditerranée. Trouve-t-on quelque chose en Algérie, en Tunisie. La Maroc est mieux pourvu mais d’un style proprement arabe qui n’a rien à voir avec ce qu’on trouve en Espagne.

  3. On ne combattra pas le mythe de la grande civilisation arabe en tombant dans l’excès inverse. Il y a bel et bien eu une époque où le monde musulman (et non pas arabe) a été culturellement développé. Qu’il ait en partie recyclé le savoir des autres (Grecs, Indiens, Chinois…) c’est vrai ; que l’Islam par son intolérance fût une limite à ce savoir, comme on l’a vu avec Averroès, c’est vrai aussi. Mais il faut être mal informé ou de mauvaise foi pour nier que les sociétés musulmanes du 8è au 12è siècle environ, aient été culturellement avancées, notamment dans les domaines de la médecine, l’astronomie, les mathématiques (l’algèbre fut inventée par un musulman), l’agriculture, l’architecture… Mieux vaut relativiser cette période plutôt que de la nier en bloc, nous serons plus crédibles.

    • @ JANUS ,
      oui et non .
      Je vous transcris quelques lignes qu’a dites le penseur réformiste saoudien IBRAHIM EL – BULEIHI au quotidien Okaz le 23/04/2009 .
      « … des savants musulmans dont la contribution à l’Occident est reconnue par les écrivains occidentaux , nous découvrons que c’étaient tous des disciples de la culture grecque et qu’ils se tenaient en marge du courant islamique dominant . Ils étaient et continuent d’être ignorés par notre culture . Nous avons même brûlé leurs livres , les avons harcelés , avons mis la population contre eux , et nous continuons de les considérer avec suspicion et aversion .
      Comment pouvons-nous nous enorgueillir de personnes que nous avons écartées et dont nous avons rejeté la pensée ? […] . »
      http://pointdebasculecanada.ca/un-intellectuel-saoudien-la-civilisation-occidentale-a-libere-letre-humain/

      • Je crois que c’est à peu près ce que j’ai dit : emprunt à la Grèce (entre autres), limites dues à l’islam, et aujourd’hui il ne reste rien de cette culture. Pour les limites religieuses, n’oublions pas que c’était aussi le cas chez nous, comme l’a montré le sort de Galilée, semblable à celui d’Averroès. Maintenant, on peut faire un inventaire précis de ce que l’islam a emprunté et de ce qu’il a produit, et cet inventaire a peut-être été fait, mais cela dépasse le cadre de cet échange.

    • @ Janus
      J’ai lu dans des commentaires dans ces pages-mêmes que non, même l’algèbre ne serait pas une invention musulmane ; ce serait également un emprunt mais je ne me souviens plus à qui. Je crois justement que votre retenue hérite justement du mythe. L’avancement culturel que vous évoquez relève précisément de l’emprunt et la qualité de vie provenait simplement du fait que la conquête était établie et les dhimmis plus ou moins asservis permettaient la prospérité.
      Merci à Marion Duvauchel pour ce précieux cours d’Histoire.

      • @ Herbert ,
        l’algèbre est née grâce à Diophante d’Alexandrie vers l’an 370 .
        Quant à l’algèbre moderne , il a été conçu vers l’an 570 par des mathématiciens indiens , soit après un peu plus d’un siècle de la découverte du zéro par leurs aïeux .

    • Linventeur de l’algèbre, je pense que vous faites allusion à al khwarizmi effectivement immense savant mais qui est né dans l’Ouzbékistan actuel, donc qui n’était pas arabe. Quant à être musulman, à ma connaissance ,, rien ne permet de l’affirmer et même si c’étatit le cas on ne lui reprochera pas si telle était la condition de sa survie.

  4. Enfin du solide et un rappel de l’imposture du fameux « Âge d’Or » de l’islam, du rôle des araméens qui donnèrent aux empires perses successifs une « lingual franca », ces mêmes araméens devenus chrétiens et appelés syriaques permirent, comme les coptes , les mages et savants de l’empire Perse défait ou les élites byzantine restées en place à l’imposture bédouine de s’étendre et d’imposer son joug.
    Il faut savoir qu’aux côté des kurdes, qui sont les descendants des mèdes de l’Antiquité, se battent , et avec quel courage, les descendants des araméens, des syriaques et des assyro-chaldéens, chrétiens et des mandéens, demain des coptes descendants chrétiens des pharaons…car l’islam aura été pendant des siècles quatorze siècle, le destructeur et le pilleur des civilisations dîles classiques.
    Quant au fameux « Âge d’Or », parlons-en, la pause face à l’Occident se traduisait par de nouvelles offensives’ cette fois ci vers l’Orientales, il fut la période des plus grands massacres que l’histoire ait jamais connu, celui des peuples de l’Inde que les moghols musulmans ont saccagé, faisant plus de victimes que l’hitlerisme et le communisme, autres monstres totalitaires.
    Les arabes ne portent pas tous le fardeau de ce monstre idéologique venu du désert du Hedjaz, heureusement pour eux, il donnèrent un empereur à Rome, Philippe et les royaumes chrétiens des dynasties ghassanides ontu contribué à l’équilibre entre les mondes perses et grecs.
    Ceci afin qu’on ne réduise pas tout l’islam au seuls arabes et tous les arabes au seul islam qui fut une calamité et l’est encore.

    • bien.,,mais tout comme le christanisme porte l’empreinte du judaisme,l’islam religion universelle porte celle des arabes,ne fusse que pour la langue et l’ecriture du « livre » ,ainsi,embrasser l’islam améne logiquement a la comprehension nécessaire de la langue et de la culture arabe,

  5. Ce soir ou plutôt ce matin,j’ai trouvé Onfray Petri de contradictions. J’ai été déçue de son intervention chez Ruquier.Qu’en avez vous pensé ?

    • onfray appartient a la meme caste que levy.il n’est pas plus possible de faire confiance a un philosophe qu’a un musulman.

    • Vous l’avez trouvez ainsi car il EST pétri de contradictions. Ultra-individualiste mais regrettant certains excès de l’individualisme notamment.

    • Onfray ne va pas au bout de son argumentation. Il cite le coran mais sans citer explicitement les versets violents, il parle de la natalité et de la démographie mais n’explique pas que nous serons en minorité dans quelques décennies et ce qui se passera à ce moment là.
      Il semble marcher sur des oeufs…

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