Livres d'un vieux monsieur à ses enfants et amis…

grandpereJe viens d’écrire deux bouquins successifs de souvenirs que je ne publierai pas car ils n’ont, à mes yeux d’intérêt réel que pour mes enfants, mes amis et le reste de ma famille.
Je tenais à les raconter aussi pour essayer de ne rien perdre d’un Passé dont l’Histoire nous a en quelque sorte cruellement spoliés en nous empêchant, quoi qu’on dise, de retourner là-bas pour nous appuyer, afin de le faire vivre sans cesse, sur cette chose aussi douloureuse que la trace retrouvée d’un ami disparu dans la tourmente, ou ces repères matériels que sont une maison, une rue, un cimetière surtout.
Le texte qui suit est une partie de la préface du second tome.
« … Tous ces gens, du Maghreb notamment, qui revendiquaient, terrorisme aveugle et cruel à l’appui, ( les Français d’Algérie en ont su quelque chose avant les « Français de France » auxquels ils sont mêlés aujourd’hui), une indépendance au demeurant légitime, n’ont pas été capables une fois qu’elle a été obtenue, pour l’Algérie dans les conditions que l’on connaît, de construire des états solides assurant paix, sécurité et prospérité à leurs nationaux alors qu’ils en avaient les moyens pour le plus grand nombre.
Au contraire !…Il s’en est suivi des gouvernements d’oligarques décidés à conserver pour eux et leurs stipendiés des situations qui n’avaient et n’ont toujours rien à voir avec la démocratie.
L’Europe spectatrice embarrassée mais aussi économiquement et politiquement très intéressée est devenue, de facto, complice de ces gens là ».
Les lignes qui suivent décrivent pourtant l’Afrique, quasi mirobolante, du fameux discours de Brazzaville en 1944 :
« Vous étudierez ici, pour les soumettre au gouvernement, quelles conditions morales, sociales, politiques, économiques et autres vous paraissent pouvoir être progressivement appliquées dans chacun de nos territoires, afin que, par leur développement même et le progrès de leur population, ils s’intègrent dans la communauté française avec leur personnalité, leurs intérêts, leurs aspirations, leur avenir. « 
Cette Afrique d’intentions n’a pourtant pas tardé à mal tourner une fois la guerre et ses séquelles immédiates passées : communauté française réduite aux acquêts, abandon de la plupart créances par l’ancien Etat colonial, massacres inter tribaux comme celui des Tutsis sans parler des exactions de Boko Haram, guerres de frontières ou encore appétits économiques de nations « amies » et « alliées », révélés sans grande pudeur dès les années 1955/1962 , par exemple… et aujourd’hui, parmi tant d’autres, le Mali et la Centrafrique !
Quel gâchis !
René Dumont ayant constaté la situation dès les premières années des indépendances africaines avait affirmé, de son côté, que cette Afrique « était mal partie  » .
Il avait donné ce titre à l’un de ses livres dont la préface était du Sénégalais Abdou Diouf qui fut longtemps en charge de la Francophonie, laquelle n’a d’ailleurs pris corps en Afrique que par la colonisation, ce que l’on ne dit jamais !
Les enfants de ces gens qui ne voulaient plus de nous là-bas, et qui l’exprimaient le plus souvent avec infiniment de violences physiques, affrontent aujourd’hui, et dans quelles conditions, la Méditerranée pour venir chercher chez les anciens colonisateurs, dont la France évidemment, les choses qui leur étaient dispensées auparavant, chez eux, sur place.
Composée d’homme « charitables » mais niant, contre l’évidence, la réalité de ce qu’il faut bien appeler  » L’Invasion » tandis que d’autres parlent de « Reconquista » et de femmes « compatissantes » toutes aussi aveugles et sans discernement, la cohorte bien-pensante, nouvelle race asexuée de dames patronnesses, qui s’agite en tous sens à Calais, à Lampedusa, à l’île de Kos, à Vintimille et ailleurs, refuse d’admettre que ce qu’ils appelaient « le colonialisme » avait assuré, durant plusieurs décennies, ce que les anciens colonisés n’ont pas tardé à perdre, dès les premiers mois de leur indépendance, notamment la nourriture et la tranquillité.
Wikipédia détaille les dernières famines dans le Monde, on y trouve, dans l’ordre où elles sont citées, le Bengale, la Gagaouzie, le Thibet, la Chine, le Nigéria, l’Ethiopie, la Corée du Nord, le Soudan, le Niger, Djibouti.
Aucun pays actuellement colonisé là dedans !
Amnesty International, Greenpeace et autres ONG, qui n’existent que par la misère dans le monde, y ajoutent les larmes de crocodile d’une gauche internationale touche-à-tout et leur très nuisible grain de sel comme autant de fleurs du Mal.
On aurait bien aimé voir autant d’empressement et de sollicitude lorsque des bateaux pleins à craquer de Français d’Afrique du Nord, y compris les harkis, déversaient, souvent sans égards, sur les quais de Marseille et de Port-Vendres, enfants, femmes, hommes en pleine désespérance !
Décoloniser ?
Probablement oui, mais pas comme on l’a fait généralement, sans beaucoup de sens commun, comme à la sauvette, par une espèce de gloriole doctrinale, progressiste et idiote dont les effets pervers se font tragiquement sentir hier encore dans un train venant des Pays Bas !
Le résultat est, le plus souvent, que ceux qui avaient violemment dénoncé et combattu le colonisateur à coup d’égorgements et de bombes savamment déposées et qui continuent aujourd’hui au nom du djihad, ainsi que les autres qui, trompés par une propagande internationale dialectiquement organisée, les avaient aidés et s’étaient réjouis au jour de leur indépendance se croyant devenus libres et heureux, viennent illégalement aujourd’hui, sans beaucoup de pudeur ni de dignité, poussés par la terreur ou la misère en revendiquer, pour ne pas écrire mendier la nationalité prétendant qu’ils sont en danger dans leur pays pourtant débarrassé de ses  » tyrans » Européens.
C’est là un comble et la question est de savoir qui alors les opprime maintenant en les privant au bout du compte de cette liberté qu’ils revendiquaient lorsqu’ils étaient colonisés ?
Cette nationalité française on la leur accordera le plus souvent ce qui ne les empêchera pas, soudain curieusement tranquillisés, d’aller passer, sans danger, des vacances souvent très prolongées dans leur pays, protégés par leur nouveau statut voire leur double nationalité.
D’autres, partie de cette diaspora française de 1962 dont on s’acharne à ne plus parler et dont je fais partie, écrivent leurs souvenirs, chacun à leur manière, pour que la trace de la partie souvent la plus innocente, la plus heureuse ou la plus riche de leur vie là-bas ne se perde pas tandis qu’insidieusement, depuis les années 50, s’installe dans l’hexagone le Temps du Mensonge politique et de la Falsification historique.
Il perdure entretenu par la caste politicienne, toutes tendances ou presque confondues et par les bourgeois se revendiquant le plus souvent « bohèmes » auxquels la mode les inféode !
Peu à peu, par l’effet bien connu du boomerang, les Français commencent hélas à découvrir Kelkal, Belkacem, Bensaid, Ramda, Merrah, Coulibaly, les frères Kouachi, Ghlam, Nemmouche et consorts.
S’ils ont aujourd’hui, à ces tristes occasions, les dents agacées, c’est parce que leurs parents, leurs grands-parents peut-être, qui ont contribué, par engagement quelquefois et par indifférence et égoïsme le plus souvent, à rendre nos jours si douloureux là-bas et notre exode si difficile, ont sur les chemins imprévisibles d’une Histoire qu’ils croyaient écrire mais qui leur échappait déjà, mangé quantité de raisins beaucoup trop verts.
Armand Carel

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9 Commentaires

  1. Une phrase m’a gêné dès le début de la lecture de votre préface.
    Vous dites : « une indépendance au demeurant légitime… »
    Quelle légitimité en regard de l’Histoire ?… Je ne vois pas d’unité, pas de pays souverain au « débarquement » du duc d’Aumale… mais la présence de turcs, d’arabes envahisseurs, pirates trafiquants d’esclaves en Méditerranée…
    Il aurait été plus juste de dire : inévitable ? (en l’accompagnant d’un point d’interrogation).

      • Il est important de transmettre comme vous le faites. Surtout aujourd’hui où l’Histoire est manipulée, interprétée et réécrite…
        Cordialement à vous,
        le Gaulois

  2. De très beaux et émouvants souvenirs, écrits dans un style auquel Pagnol n’aurait rien trouvé à redire. Dommage que la diffusion en soit si restreinte. Une publication sur internet, peut-être ?

  3. D’une certaine manière, l’Occident a contribué à ce que ces pays-là ne profitent pas des effets positifs de la colonisation (après leur indépendance).
    Comment ?
    En faisant venir, dans les années 1960, des travailleurs étrangers pour travailler dans les usines. Cela a donné des idées aux dirigeants du FLN (particulièrement haineux et revanchards), et aux autres : freiner le développement économique, maintenir leur population dans la misère, et ainsi pousser leurs ressortissants à émigrer dans les pays colonisateurs !
    Et les habitants de ces pays, n’ayant pas naturellement l’esprit d’initiative, ne risquaient pas de changer de mentalité et de se prendre en main pour améliorer leurs conditions de vie, puisqu’en venant en Europe, ils savaient qu’ils seraient pris en charge.
    Pire, lorsque certains ont fini leurs études, et obtiennent leur doctorat, au lieu de retourner chez eux pour aider leurs compatriotes, ils restent ! Si les pays européens avaient appliqué une politique ferme en matière d’immigration, l’Europe ne serait pas en train d’être submergée, et peut-être que les pays anciennement colonisés se porteraient mieux…

  4.  » On aurait bien aimé voir autant d’empressement et de sollicitude lorsque des bateaux pleins à craquer de Français d’Afrique du Nord, y compris les harkis, déversaient, souvent sans égards, sur les quais de Marseille et de Port-Vendres, enfants, femmes, hommes en pleine désespérance !  »
    Dans un article précédent, on parle du courage des français !
    Quand on pense qu’ils on voté l’indépendance de l’Algérie à 90% pour en arriver là … c’est à pleurer de honte !
    Et puis … s’il faut retenir les Kelkal, les Kouachi et autres Belkacem … n’oublions pas cependant les Salem Ben Ammar, les Pascal Hilout et bien d’autres … qui participent aujourd’hui à nous ouvrir la cervelle à leurs risques et périls
    Cher Armand Carel … j’ai fait comme vous. J’en ai 700 pages !
    Avec, apparemment, les mêmes réflexions … peut-être les mêmes colères.
    Mais je suis Pied Noir … depuis 1830.

  5. Christian Dutrait
    Bonjour monsieur CAREL,
    Etant militaire en séjour en Algérie j’ai vécu au travers d’amis pieds-noirs l’exode que vous évoquez. Bien que n’étant pas directement concerné j’ai éprouvé une très grande tristesse et lorsque en janvier 1963 je regagnais la métropole depuis le bateau je contemplais la baie d’Alger : j’étais à votre place très proche de vous tous, j’ai ressenti une peine immense et j’ai pleuré.En évoquant ces moments j’en ai encore ce soir les larmes aux yeux.
    Amicales et fraternelles pensées.

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