L’œuvre sans auteur, un grand film qui ne sera jamais primé à Cannes !

Publié le 10 août 2019 - par - 6 commentaires - 889 vues
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Je vais rarement au cinéma. Les bandes annonces ont souvent sur moi un effet vaccinal. Le long métrage de Florian Henckel von Donnersmarck fait exception. Les passionnés d’histoire ne seront pas déçus : l’action commence à Dresde en 1937 lors d’une exposition sur « l’art dégénéré » pour se terminer à Dusseldorf dans les années 60. L’auteur du célèbre film « La vie des autres » nous avait déjà habitués à traiter, à travers un roman familial, une thématique particulière.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Florian_Henckel_von_Donnersmarck

Ici, il n’est pas ou peu question de respect de la vie privée mais de procréation. Un sujet qui arrive à point nommé avec le vote de la future loi sur la bioéthique.

On pourrait se contenter de l’aspect historique du sujet remarquablement traité : le sinistre programme du régime nazi à l’égard des déficients mentaux : la stérilisation des femmes psychotiques puis leur élimination physique. Tel est le cœur du drame qui bouleversera la vie du jeune Kurt, personnage central de cette fiction, remarquablement interprété par Tom Schilling.
Le film a tout pour séduire : des ambiances d’après-guerre remarquablement restituées dans une Allemagne en voie de dénazification, des acteurs fort talentueux et un suspens qui tient le spectateur en haleine durant tout le film, qui s’étale sur deux parties d’environ 1 h 30 chacune.

Mais malgré les remarquables qualités du film, les tenants du politiquement correct n’y trouveront pas leur compte, bien au contraire !

D’abord, la question de l’euthanasie des « personnes inutiles » » n’est pas sans rappeler la mise à mort de Vincent Lambert.
Ensuite, le film présente une image peu positive, voire sordide de l’avortement, même si l’auteur se refuse à tout voyeurisme excessif. Mais l’image est toujours éminemment suggestive.

Enfin L’Art Contemporain balbutiant au début des années 60 est tourné en dérision, ce qui ne serait pas sans déplaire à notre amie Aude de Kerros, spécialiste de la question. En effet, Kurt est peintre et nous promène dans deux écoles d’art dont les dirigeants toujours bienveillants se trouvent confrontés à la vocation de l’art, tant en République démocratique allemande, que dans la République fédérale allemande d’avant 1989, et pour notre plus grand bonheur. D’un côté l’art officiel, de l’autre le retour de « l’art dégénéré » qui hante le jeune peintre.

https://youtu.be/J5-o3G7A4ok

Le comique des situations nous fait oublier le tragique qui tourmente le film du début à la fin : la quête de la vérité, les secrets peu à peu dévoilés, le poids du passé, l’appel à la justice, la vanité incarnée par le gynécologue nazi que rien n’arrête pour être « le meilleur ».

La quête d’authenticité de ce séduisant jeune peintre et de sa compagne Ellie, interprétée par Paula Beer (déjà célèbre pour avoir joué dans l’admirable « Frantz » de François Ozon) est touchante. On n’est pas dans les intrigues sentimentales de la morale libérale libertaire post soixante-huitarde. Une belle histoire d’amour, telle qu’on en rêve encore au cinéma !

On pourra objecter que le scénario est un peu trop romancé et manque de crédibilité : peu importe, tout est prétexte à faire passer des messages savamment dosés, tant philosophiques que politiques.

Pas d’homosexuel de service, ni de préposé à la diversité, mais il est vrai que l’histoire se passe bien avant l’invasion migratoire décrétée par Angela Merkel.

Pour Cannes, vous l’aurez compris, il y aura donc des carences rédhibitoires. De plus, un cinéaste issu de la noblesse allemande et qui ne s’en cache pas, c’est déjà suspect !

https://youtu.be/Gvj0HfJjZTw

Hector Poupon
Un très grand film, à voir absolument !

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6 réponses à “L’œuvre sans auteur, un grand film qui ne sera jamais primé à Cannes !”

  1. Larapède dit :

    C’est de l’art (contemporain) ou du cochon ?

  2. JMF dit :

    Très bon commentaire et qui donne envie de voir le film.

  3. POLYEUCTE dit :

    Les critiques sont unanimes.
    Film dérangeant, mais régénérant !

  4. Ivan Greindl dit :

    Merci, M. Poupon, pour cet article bien informé : il donne envie d’aller tout de suite voir ce film !

  5. Emile dit :

    Pensez vous qu’il passe un soir sur Arte..???

  6. MFH dit :

    Juste après l affaire Lambert….ça tombe bien….suis allee le voir….