Lorant Deutsch a mille fois raison, n’en déplaise à ceux qui regrettent la victoire de Charles Martel

Publié le 3 octobre 2013 - par - 4 622 vues
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Le procès qui est fait à Monsieur Lorant Deutsch est emblématique de la guerre en cours. Et cette guerre, hélas, est bien autre que simplement littéraire. Nous ne sommes plus dans ces affrontements très parisiens d’autrefois, quand il s’agissait pour Hernani de terrasser la censure de Monsieur Prudhomme. Cette fois, le vaincu ne se relèvera pas, cabossé mais survivant. Il sera enfoui dans la fosse commune où se pressent déjà tous ceux qui ont un jour ou l’autre oeuvré pour une certaine idée de la France, et en sont punis, à l’heure qu’il est.

http://www.huffingtonpost.fr/christophe-naudin/lorant-deutsch-hexagone_b_4015871.html?ncid=edlinkusaolp00000003

Monsieur Deutsch a eu l’extrême imprudence de prononcer un nom : Charles Martel. « Ha! Ha ! » s’est aussitôt exclamé l’infra, le punaiseux, le négateur de tout*. « À l’oubliette, Deutsch, et d’urgence ! Au musée, s’il reste de la place. Charles Martel ? Et quoi encore ? Moulin ? D’Estiennes d’Orves ? Charles V et du Guesclin ? À la fosse commune ! Gardes, emmenez l’accusé ! » C’est très exactement ce qui se passe tandis que les manuels à destination des enfants de ce pays nettoient le fond de cuve comme on le fait du lisier quand l’essentiel a été répandu sur la campagne.

Je dis pourtant que lorsqu’il rappelle envers et contre la pensée dominante, que la poussée musulmane vers l’Europe encore chrétienne fut arrêtée à Poitiers un jour de l’an 732, Monsieur Deutsch a raison, mille fois raison, totalement raison. Et je l’explique.

L’Auvergne (et sa truffade au porc ?) ayant été jugée assez compliquée à traverser, les conquérants venus d’Espagne ont deux voies d’accès vers le nord. Pour imager, nous les nommerons Nationale 7 et A10. À ce moment de l’Histoire, Paris n’a guère d’intérêt. C’est une bourgade munie de quelques chapelles où l’on prie dans des vestiges gallo-romains mal chauffés. Bruxelles est un champ de patates, Aix la Chapelle une tranchée de boue. En revanche, le couloir rhodanien, certes démuni de grands sanctuaires, est peuplé, riche de ses terres et vergers à travers quoi l’on trouvera le gite, le couvert, et la fille des tenanciers vendable à un bon prix sur les marchés du sud. Pillages et razzias y sont donc le quotidien de populations ignorées par les pouvoirs centraux, lesquels, impuissants à réguler le chaos arabe régnant de la Sicile à la Bourgogne, n’ont de pouvoir que le vague nom associé à la couronne carolingienne. Rien ou presque.

L’Ouest de ce qui n’est pas encore vraiment la France est balisé par deux phares. Oh, ce n’est pas Cordouan, ou Eckmuhl, mais c’est là et bien là, dans une région que la chrétienté européenne échaudée par la menace d’Attila a transformé en sanctuaire, loin des tentations de l’Est. Deux racines enfoncées à Poitiers, c’est Saint-Hilaire, et à Tours, c’est Saint-Martin. Rappelons qu’en dehors de ces deux lieux-dits où séjournent les vestales des Evangiles, il n’y a rien de consistant d’Edimbourg à Naples et de Brest à Vladivostok.

Si donc le Rhône nourrit les nuits de ramadan de la soldatesque sarrazine et la retraite au bled de ses héros, la calme campagne de l’ouest français représente pour les chefs de l’armée arabe la zone à débarrasser d’urgence de son empreinte spirituelle. La mise à sac de Saint-Hilaire, sa destruction totale, sont un passage obligé de cette stratégie. L’étape suivante est clairement définie : Tours. Si Saint-Martin subit le sort de sa soeur poitevine, c’en sera fait de Jésus en France et par là en Europe. La poussée musulmane en France, au huitième siècle, n’est donc pas celle d’un simple commando attiré par la rapine (théorie assénée comme dogme) mais bel et bien le projet parfaitement mis au point de prendre le pays des Francs comme on a pris celui des Ibères. Et de le soumettre à la loi d’Allah.

Mais voilà. Comme Aetius trois cents ans plus tôt, Martel sonne le tocsin et lève l’ost. Il a senti le péril suprême, la morsure de la chaîne d’esclave sur ses chevilles, la fumée des incendies ravageant le Poitou. Il se rue vers la Vienne et la Gartempe, où Monsieur Lorant Deutsch le salue comme il convient. Vainqueur, il laisse à Eudes le soin de nettoyer le sud de la Bourgogne et la longue pénétrante que balaie le mistral. On sait ce qu’il advint heureusement de ces purges : la naissance réelle d’un pays au nom de France.

Monsieur Deutsch n’est pas seul face à ceux qui ont ouvertement mis leurs pas dans ceux des cavaliers arabes. Des veilleurs raniment en permanence la mémoire de cette chandelle française que d’aucuns, commensaux des sépulcres, aimeraient tant souffler. À mon avis, l’embellie des fossoyeurs de la France a vécu. Quelque chose me dit que, comme dans les années 40, la présence de l’ennemi dans les murs use les patiences et attise les désirs d’espace, de ciel bleu, d’air pur à respirer. La réaction risque d’être douloureuse pour tous ceux qui, à un moment ou à un autre, auront fait la courte échelle aux incendiaires de Saint-Hilaire.

Alain Dubos

*Peut-on voir votre visage, Madame Chéry ? Je vous offre bien le mien. Il en vaut d’autres.

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