L’origine des réseaux politico-religieux wahhabites au Mali

Publié le 2 janvier 2020 - par - 7 commentaires - 883 vues
Traduire la page en :


Le monde entier avait, en 2012, été le témoin stupéfait des violentes exactions commises à l’encontre des personnes, dans le nord, l’est et le centre du Mali et des multiples destructions de biens et monuments culturels et cultuels par les extrémistes musulmans, dénommés djihadistes…
L’intervention de l’armée française, en janvier 2013, avait permis de chasser ces extrémistes musulmans des villes de Tombouctou et de Gao. Gao où la France avait ensuite installé une de ses principales bases militaires de l’opération Barkhane, juste au nord de la ville d’Ansongo et des boucles et îles du fleuve Niger, où se trouve le village de Fafa.

Ansongo est une ville de l’est du Mali, non loin de la frontière avec le Niger. Entre, 1945 et 1957, cette ville devint un relais majeur du réseau wahhabite africain dirigé par des expatriés depuis la ville saoudienne de Médine et donc un foyer de diffusion, au sud du Sahara, de cette idéologie politicoreligieuse musulmane qu’est le wahhabisme.

C’est dans ce village de Fafa que naquit en 1908, Abd-ar-rahman-al-Ifrîqî, missionnaire du wahhabisme au Mali et en Afrique occidentale française du temps de la colonisation tout en étant directeur du Dâral-hadîth, école élémentaire destinée aux pèlerins étrangers, notamment africains, de passage à Médine. Al-Ifrîqî (l’Africain) prédicateur zélé, fut envoyé par le roi Abd-al-Aziz Ibn Séoud lui-même, le fondateur du royaume actuel d’Arabie saoudite, pour diffuser le wahhabisme dans le secteur de la grande palmeraie saoudienne de Yanbu al Nakhl, à l’ouest de Médine, où l’islam malikite était encore très présent et résistait à l’emprise politico-religieuse du wahhabisme d’État.

Avec Abd al-Rahman al-Ifrîqî, repéré dès 1954 dans un ouvrage du commandant Marcel Cardaire, nous sommes en présence d’un Malien au parcours intéressant et révélateur de l’influence intellectuelle que parvient à exercer la culture arabo-musulmane wahhabite en Afrique de l’Ouest, à travers les contacts qui se nouent à l’occasion du pèlerinage en Arabie saoudite.

Après avoir été un bon élève de l’école française puis un employé de l’administration coloniale, il abandonna cette situation professionnelle pour effectuer le pèlerinage à la Mecque et suivit ensuite les cours d’un intellectuel malien, Saïd-b-Sadîq, enseignant la doctrine salafiste à la mosquée du prophète de Médine. Il devint ensuite lui-même enseignant à l’école Dâr-al-hadith de Médine puis prédicateur à Yanbu-al-Nakhl avant de revenir enseigner au Dâr-al-hadith et à la mosquée du Prophète à Médine. Il fut finalement nommé à Ryad, professeur à l’institut de la charia et dans une école normale supérieure destinée à la formation des maîtres.

Abd-ar-Rahman-al-Ifrîqî fut également l’auteur de plusieurs brochures pédagogiques et de propagande du wahhabisme qui furent diffusées par les réseaux africains qu’il veillait à renforcer en recevant ou en faisant recevoir, à Médine, les pèlerins africains de passage. À ceux-ci, il était enseigné l’impérieux besoin de purifier la religion musulmane en Afrique en la débarrassant de tout ce qui l’encombrait et la dévoyait par l’association de rites considérés comme païens et l’adoration des marabouts. Il demandait également à ces voyageurs de remettre lors de leur retour en Afrique, des lettres aux habitants de son village de Fafa et à ceux de sa région.

Un des plus importants et proches disciples d’Abd-ar-Rahman-al-Ifrîqî fut Omar Mohamed-al-Fallatî, un membre de la tribu des nomades peuls, originaire, lui, du Nigéria du Nord et qui devint par la suite président de l’université islamique de Médine, créée en 1970 pour imiter l’université d’al-Azhar en Égypte.

Un des plus efficaces de ses disciples fut Marzuq, également enseignant expatrié à Médine où il devint, lui aussi, directeur du Dâr-al-hadith. Originaire de Gharous dans la boucle du Niger, il est perçu comme un des responsables de la diffusion de positions politico-religieuses de plus en plus sectaires dans les régions du nord et du nord-est du Mali qui ont conduit à leur basculement dans le wahhabisme durant
les années 1970.

En plus de ces membres éminents des réseaux wahhabites au Mali, d’autres dirigeants et organisations ont propagé, pendant et après la colonisation française, les enseignements politico-religieux de cette école de l’islam dans plusieurs autres pays de l’Afrique de l’ouest qui connaissent, eux-aussi aujourd’hui, les tourments nés de cette déstabilisation wahhabite.

La majeure partie des informations contenues dans ce texte de présentation sont tirées du passionnant article de Jean-Louis TRIAUD intitulé « ABD AL-RAHMAN L’AFRICAIN (1908-1957) PIONNIER ET PRÉCURSEUR DU WAHHABISME AU MALI, présenté à la Maison des Sciences de l’Homme, en décembre 1983 et publié en 1986 dans l’ouvrage Radicalismes islamiques tome 2 sous la direction de Olivier CARRÉ et Paul DUMONT, aux éditions L’Harmattan.
Il faut prêter attention à ces dates car elles démontrent que ce phénomène d’islamisation wahhabite au sud du Sahara était connu depuis longtemps par les autorités françaises et les universitaires, et datait de la fin de la Seconde Guerre mondiale et non pas des offensives récentes des djihadistes, de 2012 jusqu’à aujourd’hui !

Cette vague salafisto-wahhabite s’est ensuite propagée en Afrique du nord, notamment en Algérie où la construction de mosquées s’est intensifiée ces dernières années, jusque dans les campagnes les plus reculées avec notamment l’exemple marquant de la construction d’une mosquée Salah ad-Din, perchée sur des piliers au sommet d’un ravin pour être juste en face de l’entrée du monastère de Tibbéhirine, alors que ses moines avaient déjà été assassinés pour la plupart… !

Comment ne pas voir dans le choix du nom de Salah ad-Din pour cette mosquée, une volonté offensive revendiquée puisqu’il s’agit du nom du chef musulman, d’origine kurde, qui chassa les croisés francs de Jérusalem en 1187 ?

Cette vague wahhabite-salafiste a bien entendu franchi la Méditerranée en suivant les flux migratoires venus d’Afrique et du Proche et Moyen-Orient et s’est répandue en France, dans principalement les métropoles et les zones urbaines ; mais pas exclusivement puisque, par dissémination et recherche de discrétion, on en trouve parfois des poches dans plusieurs de nos campagnes.

Les autorités françaises (élus et hauts-fonctionnaires) vont-elles continuer à fermer les yeux pour ne pas froisser les commanditaires et financeurs étrangers de ce phénomène politico-religieux que constitue l’islamisation de l’Occident, tout en se réfugiant piteusement derrière le discours faussement moderne du multiculturalisme, cette idéologie destructrice pour la cohésion de notre pays et celle des autres pays européens ?

Marcel GIRARDIN
Le 1er janvier 2020

Print Friendly, PDF & Email

Riposte Laïque vous offre la possibilité de réagir à ses articles sur une période de 7 jours. Toutefois, nous vous demandons de respecter certaines règles :

  • Pas de commentaires excessifs, inutiles ou hors-sujet (publicité ou autres).
  • Pas de commentaires injurieux ou diffamants envers les auteurs d'articles ou les autres commentateurs.
  • La critique doit obéir aux règles de la courtoisie.
  • Pas de langage ordurier ou scatologique, y compris dans les pseudos
  • Pas de commentaires en majuscules uniquement.
  • Il est rappelé que le contenu d'un commentaire peut engager la responsabilité civile ou pénale de son auteur

Notifiez de
Spipou

Très intéressant !

Merci.

Rems

C’est en France que ça se passe ! rien à foutre du Mali et autres pays….Allez voir à Mayotte où l’intégrisme bat son plein !!!

lorbert

Maintenant c’est ici que ça se passe et il faut vite se dépêcher d’atterrir. Sans quoi on va se faire bouffer.

lorbert

En 2007, lors de mon dernier voyage au Mali, dont je suis natif (1953, camp de Kati, père colonial) on voyait des pick up parcourir la brousse de village en village pour y déposer des prédicateurs wahhabites venus du Golfe. Bien reconnaissables au keffieh rouge qu’on ne voit pas en Afrique de l’Ouest. La radicalisation massive était en cours de parachèvement. Sur le chemin du retour, je suis passé à Aleg en Mauritanie, pile dans la demi heure où 4 de nos compatriotes ont été assassinés le 24 décembre (année de l’annulation du Paris Dakar).Là j’ai compris que c’était terminé, que ces pays avaient définitivement basculé. Je ne suis plus jamais retourné en Afrique, y compris du Nord, trop dangereux pour un blanc. On n’a plus rien à faire dans ces pays. Maintenant, c’est ici que ça se passe.

Joël

Mali : indépendance 1960. Membre de la Coopération Islamique : 1969.
Qu’est-ce qu’on fout dans un état islamique pendant que ses citoyens, que nous protégeons, déferlent sur l’Europe ?

pauledesbaux

ils ont voulu être indépendants qu’ils assument et nous devons récupérer nos soldats pour foutre dehors TOUS LES MALIENS QUI FONT LA QUEUE AUX BUREAUX D ACTIONS SOCIALES? ET AVEC EUX TOUS LEURS FRERES DE LA MËME COULEUR QUI ONT VOULU aussi leur independance MRD alors C’EST SUR NOTRE SOL QU4ILS VIENNENT FAIRE LA GUERRE NOUS AVONS grand besoin de nos soldats le mali rien à foutre ceux qui veulent extraire l’uranium sont assez riches pour se payer des mercenaires qui ne demandent que çà ALLEZ OUSTE ET FISSA

patphil

que les maliens (musulmans) se soumettent à l’état islamique avec les autres sahéliens, ne me dérange pas!
que des jeunes français se fasssent trouer la peau pour eux me navre au plus haut point!
en indochine puis en algérie ils ont été sacrifiés pour la défense de la “patrie”
en afghanistan, au liban ils ont été sacrifiés pour la défense de la “civilisation”
nos zélites ne tirent aucune leçon du passé

Lire Aussi