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Lorsque l’étoffe humaine change

Bas-relief illustrant l’Exil des Judéens à Babylone exposé au musée d’Israël à Jérusalem ©Getty – Frédéric

Les rescapés juifs des camps de concentration nazis et les dhimmis des pays arabes, à leur descente sur les rives de l’État naissant d’Israël, différaient de tous ceux que nous voyons aujourd’hui.

Comme le dit si bien le bien-pensant – la faim, la misère, la crainte, la mort – tout ce cumul est passé par là et a donné naissance à une génération décidée, brave, téméraire, que plus rien n’effrayait.

Le juif d’hier, après tant de misères, était prêt à payer le prix du sang pour accéder à un refuge sécurisé… Ce juif était bâti moralement et physiquement pour combattre, pour faire front à tous les obstacles qui émergent sur sa route. Ce juif ne craignait ni les marécages, ni la malaria, ni la terreur, ni la mort qu’il a frôlée tant de fois. Inconsciemment et à son insu, il s’était confectionné un bouclier pour parer à toutes les attaques, naturelles et/ou autres.

Ces vétérans qui arrivaient en vagues ininterrompues sur les terres pelées de la Palestine savaient dans quel guêpier ils allaient poser leurs pieds et ne le craignaient pas. Ils avaient connu tant de mal qu’ils s’en sont sortis immunisés, lorsque pour survivre, ils devaient mentir, tricher, voler, et pire encore, lorsque sous la menace de mort, ils étaient contraints de mener leurs frères à l’abattoir, ou de les enterrer dans des fosses communes.

Ces hommes-là étaient des lions,  des soldats imbattables, la douleur et les intempéries avaient aiguisé leurs sens. « Morts pour morts », autant se battre avec dignité, se disaient les révoltés du ghetto de Varsovie.

Cette génération d’hommes était celle qui avait combattu l’invasion des armées arabes et les avait vaincues. S’il y eut un miracle, il était majoritairement dû aux capacités de résilience de ces hordes en quête du pays de leurs ancêtres.

Étaient-ils juifs ? Ou bien n’étaient-ils juifs que de nom ? Peu importe en vérité. La vie, seule, compte. L’Israélien s’est attelé à construire son refuge, son foyer juif… Il n’avait pas eu assez de temps pour façonner un État sur n’importe quel modèle, n’importe quel régime, il copia celui des Britanniques. Il briguait une identité, une reconnaissance, une viabilité qui lui permettrait de regagner un peu de cette dignité piétinée durant plus de deux millénaires par tous ceux qui se disaient les plus justes, les plus forts et les plus implacables, pour ne pas dire impitoyables.

Et il a réussi.

Au fil des ans, le succès lui a fait oublier son passé, ses luttes, les discriminations, la traque, la fuite, les camps de concentration, les morts dans le silence de la connivence… Il devint le héros du Moyen-Orient. Celui devant lequel aucune armée ne résiste.

Il a élevé ses enfants dans l’opulence, dans le déni presque total d’une époque macabre, déni de ses racines, de sa foi, s’il nourrissait encore quelques bribes… Il faut que cet enfant ait tout ce que je n’ai pas pu avoir,  se répétait-il : un toit, un repas, une identité, un refuge… Et c’est ainsi que la faille s’est créée. Et l’étoffe humaine s’est ramollie ; le juif d’antan a disparu.

Il y eut une amorce de confrontation tacite entre les juifs pratiquants/religieux, et ceux qui se disent laïcs, agnostiques. Il y eut ceux qui voulaient que leurs enfants ne conservent rien de leur judaïsme. « Il faut les élever comme des goyim – Comment peut-on croire encore en le Dieu d’Israël qui a permis la Shoah ? Où était-Il lorsque les nazis tiraient sur les bébés juifs ? Et tant d’autres accusations… tant d’autres blasphèmes.

Le juif n’a en réalité, rien compris. Il revivait l’époque des juges de son histoire, si seulement il avait pris connaissance de son existence.

De tout temps, les juifs d’Europe s’étaient appliqués à effacer leurs racines juives. Certains avaient poussé l’affront jusqu’à changer de nom, refuser la circoncision, manger du non casher, ignorer les prières, la foi, les lois… Ils étaient en vérité des goyim, parfois affublés d’un nom juif. Leur passé, ils l’ont nié. On en compte des millions comme eux, éparpillés de par le monde, affichant un athéisme virulent, œuvrant sans vergogne contre l’existence d’un État juif, que ce soit en son sein et/ou en dehors de ses frontières… Il y a même ceux qui ont sciemment oublié qu’ils avaient, il était une fois, appartenu à cette caste.

On fait place nette. C’est meilleur, c’est souvent même nécessaire.

Pourquoi donc la gauche politique laïque israélienne est aux prises avec la droite politique, qui elle aussi est en partie laïque ?

Le parti de gauche préconise un État pour tous ses citoyens. Un État laïc où toute trace du judaïsme doit disparaître. Il n’a jamais voulu croire à l’efficacité de la démographie, celle qu’Arafat n’avait jamais oublié de vanter. Le parti de droite n’est pas réfractaire aux convictions de la gauche à la seule différence qu’il exige la pérennité d’un « État juif ». La droite en principe se contredit. Pour la pérennité d’un État juif, il faut maintenir le judaïsme, ses emblèmes, ses lois, ses coutumes. Maintenir une démographie juive absolue. Or, l’homosexualité n’a aucune place dans le judaïsme. Pourtant, la droite l’accepte et même est très active dans son implémentation. Le trafic, le commerce et l’activité régulière doivent être maintenus durant le shabbat… cela aussi écarte l’identité juive de tout le tas.

Le front s’ouvre quand les adeptes de la gauche, qui comptent un grand nombre de juifs, paradent brandissant le drapeau palestinien. Les ONG don’t b’tselem, BtS, Shovrim Shtika = briser le silence etc. sont généralement  pro-palestiniennes et anti-israéliennes.

Comment en sommes-nous arrivés à cette situation ? Du rescapé des camps de concentration et de l’affamé d’hier, toute une génération radicalement antisémite a été créée. Génération spoliée, laïque, agnostique qui ne veut aucune attache avec le judaïsme.

Ils sont des journalistes, des intellectuels,  des parias à leur nation et leur État.

Le nationalisme a battu en retraite et une scission au sein du peuple juif s’est installée… sous les yeux complaisants des Arabes de Palestine qui valsent sur cette corde pour arriver à leurs fins.

L’Israélien d’hier était aux abois, celui d’aujourd’hui cherche à faire renaître Sodome et Gomorrhe. Il veut tellement être comme les goyim qu’il l’est sensiblement devenu…

Et nous voilà encore face à la destruction du troisième temple. Le premier temple a été détruit à cause de la scission entre les juifs de Judée et ceux d’Israël (haine gratuite) et le deuxième aussi par les Romains, dû à la division du peuple juif sur ses terres – terres perdues sur une étendue de 2000 ans, dispersion, antisémitisme, joug chrétien, joug arabe, pogromes, fuite, antisémitisme, nomadisme… c’est ce qui attend les juifs d’Israël et du monde entier, au tournant. Ils n’ont jamais rien assimilés de l’histoire de leur passé.

L’étoffe humaine de toutes les nations occidentales a changé, et le progrès en est la cause principale.

Thérèse Zrihen-Dvir