L’ultra-libéralisme dans la crise des années 70 et le règne des think tanks (2)

Publié le 23 septembre 2019 - par - 330 vues
Share

Suite de la première partie

https://ripostelaique.com/les-maitres-du-monde-naissance-du-neocapitalisme-1re-partie.html

On voit donc se mettre en place les structures de la domination économique du monde par des groupes de pression qui ne tarderont pas à influencer le monde politique afin de le faire adhérer à leur idéologie dévastatrice qui conduit aujourd’hui à la destruction de l’ensemble du tissu économique, bancaire, social, environnemental… L’ultra-libéralisme et son frère jumeau le néo-libéralisme sont certainement la pire catastrophe que l’humanité ait eu à affronter.

Curieusement dans les années 70 (dites années des crises pétrolières, mais notre propos n’est pas de rentrer dans les causes structurelles de la crise), le Royaume-Uni, sous l’impulsion de Margareth Thatcher, entre dans une sorte de révolution conservatrice. Le credo de Margareth Thatcher est totalement libéral : « Vous ne pouvez pas aller à l’encontre des marchés », proclame-t-elle, affirmant sa vision néo-libérale de la prééminence du privé sur le public et  sa méfiance de l’intervention de l’État. On lui reconnaît cependant son hostilité à l’indépendance de la banque centrale et au contrôle des banques sur les taux d’intérêt. Cependant le chômage, devenu très important, place les travailleurs dans une position intenable : puisque le travail manque, ceux qui veulent travailler n’ont qu’à bien se tenir et le rôle des syndicats faiblit considérablement. Comme dans les autres pays européens d’ailleurs. Les think tanks – ou clubs de réflexion – néo-libéraux prennent alors du poil de la bête et Hayek redresse la tête. En 1974 il reçoit le prix Nobel, ce qui est également le cas de ses partisans Milton Friedman (1976), George Stigler (1982), James Buchanan, Maurice Allais (1988), Ronald Coase (1991) et Gary Becker (1992). Les choses sont claires. La crise des dockers anglais est assez symptomatique du thatchérisme : certes les dockers, de tradition et sans doute partout, bénéficient de quelques privilèges. Cependant dans son désir de réaliser des économies à tout prix, Thatcher  introduit une politique d’une grande dureté à l’égard des classes les plus pauvres, ce que la Couronne affirme désapprouver, et laisse les dockers de Londres s’enferrer durant deux ans dans une grève qui les réduit à la misère (on peut légitimement supposer que c’est le modèle adopté par Macron avec les Gilets jaunes, à ceci près qu’il ne sent pas venir une révolution inscrite dans le sens de l’Histoire, ce qui n’était pas le cas des docker anglais). Et  Mitterrand qui peut avoir la dent dure dit de la fille de l’épicier qu’elle a le regard de Caligula.  Le chanteur Renaud qui jouerait plus tard le rôle de Lantier dans Germinal et aimait les femmes parce qu’il pensait qu’elles ne sont pas guerrières, met de côté cependant la Thatcher. (« Femme je t’aime parce que Lorsque le sport devient la guerre Y a pas de gonzesse ou si peu Dans les hordes de supporters … à part peut-être Madame Thatcher »).

Le cas de la France est différent. Les années 70 voient fleurir les aides sociales, mais pour peu de temps. Car dès les années Mitterrand, la rigueur s’impose. Pas à la manière de Thatcher cependant, malgré l’apparition de think tanks néo-libéraux dont les noms des participants nous étonnent. Lionel Jospin, dans son livre « Le monde comme je le vois », écrit : «  L’un des traits les plus originaux de la période, dans le champ des structures sociales, et qui est aussi l’un des plus troublants, est l’émergence d’un nouveau groupe dominant. Bien qu’il soit d’un type récent, il tend à emprunter certains traits des anciennes aristocraties. […] Sur le plan des principes, elle affirme le caractère fécond de l’inégalité. […] D’où émerge-t-elle ? D’une alliance implicite entre des grands dirigeants d’entreprise, des financiers, des cadres élevés de l’industrie et des services, certains hauts fonctionnaires de l’État et des privilégiés des médias. »

Ainsi est créé en France Le Siècle, un club de réflexion auquel collaborent les plus grands noms de la politique, de l’industrie et des médias, qui se réunissent dix fois par an, le dernier mercredi du mois  au Cercle de l’Union interalliée du 33 rue du Faubourg-Saint-Honoré à Paris. Fondé en 1944 par des résistants, et composé d’un nombre non négligeable de francs-maçons, ses objectifs initiaux – la réunion d’élites de tous horizons sociaux politiques – ont vite viré du côté d’un libéralisme exacerbé à partir des années 70. On ne s’étonnera donc pas qu’en fassent partie quasiment tous les inspecteurs généraux des finances, les dirigeants des plus importantes entreprises, ceux des services financiers, nombre de journalistes et de personnalités politiques. De syndicalistes, d’artistes, etc… Pouvoir occulte s’il en est. La liste des participants ou ex-participants n’est d’ailleurs pas tenue secrète, et on la trouvera aisément sur Internet, en se disant : « Ah ! lui aussi ! ». On y trouve en particulier et sans surprise parmi ses 500 membres cooptés auxquels il faut ajouter deux cents invités annuels : Martine Aubry, Manuel Valls, Michel Pébereau, Pierre Bilger, Louise Gallois, Guillaume Pépy, Yannick Bolloré, Philippe Bon, Laurent Fabius, Élisabeth Guigou, Olivier Dassault, Étienne Davignon qui siège aussi au Bilderberg, Claude Bébéar, Laurence Parisot, Gérard Worms, Jean Claude Trichet, Louis Gallois, Bernard Attali, Jacques Attali (le pape de l’ultralibéralisme), Dominique Strauss-Kahn, Pierre Moscovici, Jean-Pierre Chevènement, et autres Coppé, Juppé, Raffarin, Sarkozy, j’en passe et des meilleurs car je ne vais pas y inscrire le près des mille personnes qui en font ou en ont fait partie.

Mais il semble que beaucoup l’aient délaissé pour un think tank beaucoup plus inquiétant : le groupe Bilderberg, dans lequel se réunissent annuellement depuis 1954 non des centaines de dirigeants et de personnalités comme au Siècle, mais une centaine seulement. Sous très haute protection et de façon totalement opaque, les dirigeants et les principaux leaders économiques d’Amérique du Nord et d’Europe de l’Ouest décident de l’avenir du monde. Pour certains, ce serait un embryon du gouvernement mondial. Sa première réunion fut organisée près d’Arnhem par le prince Bernhard des Pays-Bas dont nul n’ignore le passé parfaitement nazi puisqu’il servit dans la cavalerie SS avant la guerre. Autrement dit un nazisme totalement assumé et choisi. Le but de cette première réunion ? Se mobiliser contre le communisme à une époque où Staline avait des visées réelles sur l’Europe occidentale. OK, ça peut se comprendre, on est entrés dans la guerre froide qui oppose deux systèmes sur tous les plans, et on parle de monde bipolaire.  Cependant, ce que les participants ignorent alors, c’est qu’en arrière-plan se dissimule l’Otan, avec le double objectif de développer un libéralisme exacerbé en Europe et de créer la CED, communauté européenne de défense, afin de faire entrer dans l’Otan l’armée allemande que les décisions d’après- guerre avait interdite et démembrée.  Car le commanditaire de l’affaire est Charles D. Jackson, le conseiller en guerre psychologique de la Maison-Blanche, et son metteur en scène William Donovan, ancien commandant de l’OSS chargé en outre  de créer le Gladio dont nous parlerons dans la prochaine partie. Ainsi le prince Bernhard n’est-il qu’un pantin. Ce qui signifie que la véritable gouvernance mondiale à travers le groupe Bilderberg, c’est l’Otan, et que les participants lui servent de lobbyistes. En ont-ils conscience dans les débuts du Bilderberg ? Je ne le crois pas. Savent-ils qu’ils sont manipulés ? Je ne le crois pas davantage. Mais d’autres sont parfaitement au parfum, parmi lesquels David Rockefeller, dont la fortune alors est bien inférieure à ce qu’elle est devenue par la suite avec les effets d’une mondialisation exacerbée.

La seconde tenue du groupe a lieu en 1955 en France, à Barbizon, dans un déploiement exacerbé de forces militaires,  et l’on décide de se réunir annuellement en invitant certaines personnalités dont l’influence peut être favorable aux objectifs du groupe, donc des Américains. En vrac on y trouve des banquiers européens et américains, des hommes politiques de premier plan (Premiers ministres, ou Présidents, ou députés dont le vote sera favorable aux plans du groupe, ambassadeurs, commissaires européens dont on comprend l’importance dans une structure si peu démocratique dans laquelle le pouvoir est essentiellement détenu par des non élus, mais aussi Hillary Clinton et Barack Obama), les directeurs des plus grosses sociétés mondiales, dans tous les domaines (pharmacie, informatique, aéronautique, automobile, télécommunications, agro-industrie, etc…), les directeurs de presse, les directeurs des principales sociétés financières, des universitaires qui peuvent influencer leurs étudiants.

Mais si le groupe Bilderberg s’est constitué en opposition à l’expansion communiste en Europe, pourquoi existe-t-il toujours aujourd’hui puisque les États communistes d’Europe ont disparu dès les années 90 ? Ce groupe n’aurait-il pas dû être dissous ?

L’explication est bien entendu moins jolie qu’on pourrait le croire : le groupe n’a qu’une visée réelle : celle d’étendre l’influence étasunienne en Europe, et bien entendu de sa créature : l’Otan.

Louise Guersan 

À suivre :

partie 3 : quand un juge italien découvre en Italie un groupe de pression armée créé par  l’Otan

Print Friendly, PDF & Email
Share

Les commentaires sont fermés.