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Lumineuse Danielle Darrieux : une autre étoile s’éteint…

Cent ans, il fallait bien que cela arrive…

Cent ans de talent, de sourires et de pleurs, et de ces yeux ! Grâce à Danielle Darrieux, nous n’avions plus à envier, nous autres Français, les regards de Marlene Dietrich, Vivien Leigh ou Audrey Hepburn : elle les valait toutes.

Au hasard, Clouzot, Guitry, Wilder, Decoin, Autant-Lara, Mankiewicz, Ophüls, Grangier, Duvivier, Sautet, et plus récemment Ozon – 8 femmes, film dans lequel elle interprétait si tristement le poème d’Aragon, « Il n’y a pas d’amour heureux »,  mis jadis en chanson par Georges Brassens –, on peut dire que notre Danielle nationale était à elle seule une encyclopédie du cinéma… d’un certain cinéma. Sans parler du théâtre, où elle brilla longtemps de mille feux.

Elle aussi sera inquiétée après-guerre pour avoir tourné pendant l’Occupation – sous contrat avec la Continental, société de production d’alors financée par les Allemands – et fait le voyage à Berlin. Elle s’en expliquera des années plus tard : « Dans un documentaire diffusé sur Arte au début des années 1990, elle déclarait qu’elle n’était partie en Allemagne qu’après un accord avec les Allemands, en ayant l’assurance de rencontrer son mari Porfirio Rubirosa qui y était incarcéré. »

Rien de comparable avec Arletty, qui commit le crime d’être amoureuse d’un Allemand, ce qui brisa sa carrière. La même Arletty qui aurait répondu un jour, superbement, lors d’un interrogatoire : « Mon cœur est français, mais mon cul est international ! »

Danielle Darrieux, elle, poursuivit sa carrière, notamment auprès des nouveaux jeunes premiers, tels Delon, Brialy, Gélin et bien sûr Gérard Philippe qui, le temps d’un film, interprétait le rôle de Julien Sorel quand elle était une si romantique Madame de Rênal, dans Le Rouge et le Noir d’Autant-Lara, délicieuse adaptation du génial roman de Stendhal.

Danielle Darrieux prit ce que la vie voulait bien lui offrir sans tricher, expliquant d’ailleurs son succès ainsi : « Le succès, c’est un mystère, j’ai réussi peut-être parce que mon personnage n’était pas courant sur les écrans : je veux dire par là que je n’étais simplement qu’une jeune fille, alors que les autres gamines de quatorze ans jouaient déjà à la vamp. »

Comme l’écrit si bien Le Figaro, « la plus délicate des actrices » s’en va, poursuivant le cortège funèbre qui a déjà emporté, en 2017, Claude Rich, Jeanne Moreau, Mireille Darc, Jean Rochefort, et il nous reste encore deux mois avant l’achèvement de cette année fatale au cinéma français d’hier.

Pour celui d’aujourd’hui, c’est globalement une descente aux enfers de la nullité, particulièrement lorsqu’un obscur freluquet – je parle d’Omar Sy ! – se paye le luxe de se frotter au plus gigantesque comédien que notre pays ait jamais eu : Louis Jouvet, rien que ça !

« J’ai bien abusé de la vie ! », disait la belle Danielle Darrieux, et l’on ne peut que la remercier de nous en avoir fait profiter…

Charles Demassieux