Lycées : quand Meirieu approuve Sarkozy, les Républicains ont raison de craindre le pire

Publié le 26 août 2008 - par
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Après les bonnes idées des réformes annoncées du primaire et du collège (retour aux fondamentaux, orthographe et grammaire remises à l’honneur, priorité à l’étude des classiques…) on pouvait s’attendre à une réforme des lycées allant dans le même sens, instaurant un enseignement plus exigeant, requérant davantage d’efforts, obligeant les lycéens à se dépasser pour, enfin, être imbibés de la culture commune à tous les Français et être capables et de suivre les cours à l’Université et de rivaliser avec les ex-étudiants chinois et indiens en arrivant sur le marché du travail !

Or, les premiers échos que nous avons de la réforme promise par le gouvernement sont les louanges de Philippe Meirieu, le « spécialiste adulé par la gauche », qui, quand elle était au pouvoir, a appliqué un certain nombre de ses principes, pour le plus grand malheur de toute une génération qui a quitté le système éducatif sans méthodes, inculte et arborant son autosatisfaction et son incurie pendant que les bébés-Meirieu, formés dans des IUFM calamiteux par des ex-soixante-huitards prenant leurs rêves pour la réalité continuent de sévir dans l’Education Nationale, décidés à l’achever.

En effet, quand un spécialiste des sciences de l’éducation de gauche affirme que le gouvernement de droite « semble aller dans le bon sens » et qu’on examine ses critères (1), les républicains, attachés au service public d’éducation, s’étranglent !

Actuellement, la classe de seconde générale et technologique, dite de détermination, permet aux élèves de suivre tous le même tronc commun (français, maths, langues, histoire-géographie, physique-chimie…) et, par le jeu des options proposées d’approfondir ou de découvrir d’autres disciplines, comme les sciences économiques et sociales, ce qui leur permet à la fois d’obtenir une culture « commune » littéraire et scientifique, avant la spécialisation des filières de première mais aussi de découvrir, sans engagement ni inconvénient pour la suite des études certains enseignements menant à des filières autres que littéraire ou scientifique.

La réforme va mettre au rang d’options un certain nombre d’enseignements, jadis obligatoires, du tronc commun ; on prendra l’exemple de la physique-chimie. Conséquences : d’abord, ces « options » auront tout du gadget devant être amusant et intéressant, les choses sérieuses ne commençant qu’en première pour les heureux élus qui auront été séduits et choisiront la filière scientifique et qui devront, mission impossible, acquérir en deux ans les connaissances en nécessitant trois. Résultat, les classes post-bac verront arriver encore plus de petits Français qui n’auront pas les connaissances ni le niveau pour suivre.
Ne nous leurrons pas, cette réforme, qui prétend offrir plus de choix et donc de chances aux lycées n’a, en fait, qu’un seul but : en mettant au rang d’options facultatives à découvrir des enseignements qui étaient obligatoires, ce sont des milliers d’heures et des centaines de postes de professeurs économisés.
Ou comment faire des économies sur le dos de la formation de ceux qui devront (devraient), un jour ou l’autre, devenir nos futures élites… Ou comment hypothéquer l’avenir. Ou comment faire disparaître, de fait, le service public d’éducation offrant l’égalité à tous. Il est évident que lycées privés, boîtes à bac et autres organismes privés vont mettre en place un pare-feu : les chers petits de bonne famille, en payant rubis sur l’ongle, auront des formations complémentaires qui leur permettront d’avoir les compétences, les connaissances et le choix quand la piétaille populaire fera joujou, se croira choyée et… finira 3 ans plus tard à l’ANPE, sans diplôme ni formation.

Naturellement, pour Meirieu, peu importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse : « Permettre aux élèves en seconde de découvrir un certain nombre d’hypothèses, pour se spécialiser
ensuite, me paraît relever du bon sens »….  » Pour que cette classe soit une vraie classe de détermination, il faut donner la possibilité à l’élève d’explorer des domaines nouveaux et divers, de se confronter avec les exigences disciplinaires et le contenu des savoirs et de réfléchir avec les professeurs sur ce qui lui convient le mieux « .
Bref, le lycée transformé en machine à tester, changer, explorer, et permettre une ‘orientation correcte. Ubu-Meirieu. Il oublie que, au niveau du lycée, ce sont les aptitudes et les goûts qui fondent l’orientation, et il est temps ! Actuellement, un élève qui ne veut ou ne peut pas réussir dans les disciplines scientifiques ne choisira pas cette voie en toute connaissance de cause ; avec la réforme, seuls ceux qui auront essayé l’option facultative seront susceptibles de le faire, ce qui va exclure d’emblée ceux qui, à cause d’a priori ou de mauvaise expérience au collège n’auront pas osé… et ça, au moment où on manque de scientifiques en France !
On peut également prédire la fin des « humanités » non rentables immédiatement, au profit des disciplines technologiques ou commerciales, propres à produire dès 15 ans non pas un citoyen en devenir mais un technicien obéissant et rentable.
Tout cela s’accompagne, forcément, de davantage « d’autonomie » des établissements, proposant des parcours et formations types, dépendant de la demande des entreprises, localement et ponctuellement et tant pis si, dix ans après, l’évolution de la société rend ces formations obsolètes sans que le salarié soit réadaptable, formé dans un étau trop étroit.

Ubu-Meirieu ne se contente pas de cette ineptie, il demande au gouvernement d’aller encore plus loin : « Mais il ne faut pas que la réforme concerne uniquement le lycée d’enseignement général. Si on veut supprimer les effets de hiérarchisation entre les filières d’enseignement général il faut aussi faire un effort pour supprimer la hiérarchie entre les trois lycées : général, technologique et professionnel et tendre vers un lycée unique avec certains cours communs ».
Il ose la monstruosité : après le collège unique, machine à abaisser le niveau, faire perdre leur temps aux élèves motivés et travailleurs, faire perdre pied aux élèves moyens sans pour autant sauver ceux qui sont en difficulté (ils sont de plus en plus nombreux…), faire disparaître l’ascenseur républicain qui ne fonctionne plus, faire craquer les profs… Ubu-Meirieu réclame le lycée unique, pour faire coexister dans un certain nombre de cours ceux qui sont avides de culture, fût-elle gratuite, et tous ceux qui ont quitté le collège la haine et le refus de l’école chevillés au corps et qui n’aspirent qu’a apprendre un métier… Ubu-Meirieu n’a pas dû enseigner depuis fort longtemps en collège pour oser imaginer cette aberration et les cours explosifs qui en découleraient !

Enfin, fidèle à lui-même, Ubu-Meirieu prône la redéfinition de service des enseignants qui devront « travailler ensemble et communiquer entre eux. Pour cela, il faut des enseignants impliqués autrement. Ce ne sera plus l’enseignant qui vient donner son cours et qui rentre chez lui corriger ses copies. Ce sera un enseignant pédagogue.  » Entendez réunionnite aiguë, palabres, masturbation intellectuelle, compassion, écoute des « problèmes » de l’élève, priorité au « comment apprendre » aux dépens du savoir… « Causer de » ou « autour de » au lieu de chercher, peaufiner la préparation des cours pour mieux faire passer les contenus, pour mieux adapter ou faire comprendre ceux-ci, lire et comparer, réfléchir aux évaluations…. Précisément, c’est tout cela, pour un enseignant, être pédagogue ! Rien à voir avec la bouillie de métalangage et d’objectifs au ras des pâquerettes que nécessiterait un système à la Meirieu : nivellement par le bas, souci de se mettre au niveau des élèves les plus perdus, peut-être pas à leur place au lycée général, tout simplement !

En fait, Meirieu et compagnie non seulement sont les fossoyeurs de l’école publique, mais, en plus, sont les alliés objectifs du libéralisme. Faut-il s’en étonner ? On relira à ce sujet les articles sur l’école parus dans Riposte Laïque (2 ) (3).

Christine Tasin

http://christinetasin.over-blog.fr

(1) http://www.lesechos.fr/info/france/4753164.htm

(2) http://www.ripostelaique.com/Ecole-francaise-deux-poids-deux,252.html

(3) http://www.ripostelaique.com/Ecole-francaise-deux-poids-deux,274.html

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