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M. Bidar, «Le musulman» existe : je le rencontre tous les jours !

L’article du 21-11-2011 dénonçant la formule d’Abdennour Bidar selon laquelle «le musulman n’existe pas» a «particulièrement étonné» un de nos lecteurs.

A ses yeux, en effet, ce n’est pas cette formule qui pose problème, mais le propos de Malek Chebel prétendant qu’on ne saurait citer «un seul musulman qui ne respecte pas les lois de la République». Et notre lecteur de préciser qu’«il suffirait, pour contredire un tel propos, de sortir le nom d’un criminel ou d’un prisonnier musulman» !

Mais c’est justement parce que nous pouvons vérifier sans difficulté la fausseté du propos de Malek Chebel qu’un tel propos ne saurait être un problème. 

Par contre, il en va tout autrement de la formule d’Abdennour Bidar selon laquelle «le musulman n’existe pas», car elle a l’apparence du vrai. Or, ce n’est qu’apparence, et c’est ce que n’a pas vu notre lecteur.

Pour ce dernier, «considérer «le musulman» n’est pas acceptable puisque cela sous-entend que tous les musulmans sont les mêmes et qu’un profil type existe comme existerait «le juif» ou «le chrétien». On ne peut donc pas dire «le musulman», et si l’on dit «le musulman», on se trompe, puisqu’on n’a jamais affaire qu’à des hommes, c’est-à-dire à des êtres chez qui «l’existence précède l’essence» (1). L’homme est un «centre d’indétermination irréductible» (2) qu’aucun a priori ne saurait définir. Sa culture ne le détermine pas : il peut toujours en sortir par la «transcendance de l’ego» – qui est la marque même de sa liberté.

Or, lorsqu’on a dit cela, on a illuminé le monde des concepts, mais on n’a pas éclairé pour autant le réel. C’est ce que je reproche à Abdennour Bidar – et à tous les intellectuels qui passent leur temps à déjouer un réel qui, au final, se joue d’eux.

Abdennour Bidar est un funambule de l’extrême. La probabilité que chutent ses théories doit donc être envisagée avec le plus grand sérieux. Car, pendant que «le musulman n’existe pas», ce qui fait le musulman existe, et cette existence est la Parole d’Allah. Dira-t-on, en conséquence, que «la Parole d’Allah n’existe pas» ?

Si l’on est cohérent, il faut l’être jusqu’au bout : soutenir que «le musulman n’existe pas», c’est soutenir que «la Parole d’Allan n’existe pas», autrement dit qu’Allah n’a jamais rien dit, ou, pire, qu’Il n’a jamais existé ! Pour un musulman, pareille thèse est, à proprement parler, impensable… sauf s’il est apostat. Mais alors il n’est plus musulman !

On rétorquera qu’un musulman est libre d’interpréter la Parole d’Allah comme bon lui semble, et, qu’à ce titre, il demeure «projet d’être», et non «être donné au départ». Le musulman, comme tout homme, a «à exister son être», c’est-à-dire à «se faire être jusque dans le moindre détail» (3).

Mais raisonner ainsi, c’est supposer le problème résolu, car c’est raisonner à l’occidentale : pour un musulman digne de ce nom, la Parole d’Allah ne saurait être interprétée. En tant que Vérité Ultime de l’homme, elle est l’être même de l’homme, autrement dit son essence. Or, que peut bien être cet homme dont l’essence est la Parole d’Allah, hormis «le musulman» ? Qu’est-ce donc que «le musulman» sinon celui pour qui «l’essence précède l’existence» ?

C’est «ce musulman-là» qui existe : c’est lui «le musulman» qui défie la République chaque fois qu’il réclame l’application de la Charia. C’est lui qui pose problème aux pays non musulmans. C’est lui que je rencontre tous les jours, et que je reconnais à son voile ou à sa djellaba !

Maurice Vidal

(1) Sartre, L’existentialisme est un humanisme.

(2) Sartre, Situations II.

(3) Sartre, L’Etre et le Néant.

LETTRE ADRESSEE A RIPOSTE LAIQUE

Bonjour Riposte Laïque,

Il m’arrive de parcourir quelques articles qui m’intéressent sur votre site et l’un d’entre eux m’a particulièrement étonné ! En effet, dans l’article sur l’émission « 2012 : Les grandes questions », M. Vidal en vient à considérer le propos de M. Bidar, que j’ai eu l’occasion d’entendre plusieurs fois, comme beaucoup plus grave que celui de M. Chebel. Dans ma conception de la liberté d’expression et selon mes connaissances – de base – de la langue française, je dirais exactement le contraire !!!!

Considérer « le musulman » n’est pas acceptable puisqu’il sous-entend que tous les musulmans sont les mêmes et qu’un profil type existe comme existerait « le juif » ou « le chrétien », en l’occurrence, je m’accorde avec M. Bidar et ait une certaine peur quant à une attaque en justice contre votre journal sur cet article. Pour moi : « le musulman n’existe pas » n’est pas un problème. En revanche, la phrase, aussi anodine qu’elle paraît, de M. Chebel est bien plus intéressante puisqu’elle révèle la pensée de l’auteur : « Citez-moi un seul musulman (1) qui ne respecte pas les lois de la République ». Il considère qu’aucun musulman ne serait hors la loi en France donc que la communauté musulmane est une communauté pure, uniforme (est-ce là le bénéfice de la charia ?), plus encore au nom duquel il peut parler, au regard de la loi française ce qui me semble beaucoup plus grave !!! J’admire une telle communauté lorsque l’on sait que « l’erreur est humaine » ! (et ce n’est pas une religion qui devrait le contredire) Un groupe déterminé par un caractère religieux n’a aucune raison d’entrer de manière stricte dans un groupe caractérisé par le respect des lois. Et si toutes les communautés religieuses se permettent cela, j’entends déjà des propos tels que « ah les athées ces hors la loi ! » Peu importe la communauté considérée, il n’est pas impossible que des délinquants en fasse partie et il suffirait pour contredire un tel propos de sortir le nom d’un criminel ou d’un prisonnier musulman, naturellement une telle délation est probablement difficile et injuste pour la personne citée !

J’espère que mon étonnement donnera à votre journal matière à rebondir sur cet article. Et j’aimerai, si possible, avoir la réponse de P. Cassen qui, dans la manière dont j’interprète ces citations, semble engager sa responsabilité en diffusant cet article sur des propos qui me paraissent contraires à son engagement, à moins que je me sois trompé sur ses idées…

Cordialement,

Bastien