M. Boyer, le relativisme est l’arme des doux rêveurs, des pleutres ou des vrais salauds…

Publié le 22 juillet 2011 - par - 1 778 vues
Share

Cher Monsieur Boyer,

Les raisons que vous donnez de votre retrait de RL appellent de ma part quelques commentaires. Ils seront brefs.
Sur votre liberté de décision : le doute devrait être inscrit dans la Charte des Droits de l’Homme. Respect total donc. Je vous signale cependant que dans l’affaire qui nous intéresse, l’adversaire (appelons-le ainsi dès lors qu’il est clairement identifié), s’il peut douter ici et là de la forme à donner à son combat, n’éprouve strictement aucune faiblesse quant au fond qui l’anime. Croire l’inverse (une forme d’airain pour un fond incertain) définit à mes yeux le mot angélisme.

Vous parlez de neutralité laïque. Un soldat qui subit une attaque ne peut plus être neutre, si tant est qu’il le fût à la déclaration de la guerre, voire même avant. Or, c’est tout de même bien de cela qu’il s’agit. D’Oslo à Québec, de Stuttgart à New York en passant par Roubaix, Genève, Moscou ou Milan, l’évidence d’un front s’impose à qui veut bien se pencher sur une carte du monde.

Laisser accroire que l’armée qui sommeille gentiment dans les paroisses et les évêchés de France est de la même importance, voire plus menaçante que celle dont nous voyons les bataillons se répandre dans nos cités, est pour le moins tangent à la malhonnêteté intellectuelle. Ce ne sont tout de même pas les émules de Mgr Lefèvre qui ont balancé des avions sur les tours jumelles! Pour autant que je m’en souvienne, le dernier exploit de ces têtes chaudes fut un attentat assez minable dans un cinéma du Quartier Latin, il y a de cela un bon quart de siècle..
Depuis, les chiffres sont là, éclatants! Et les faits! Et les preuves! Et le bilan! Êtes-vous malvoyant? Malentendant? Les deux, peut-être?

Le relativisme historique est l’arme des doux rêveurs, des pleutres ou des vrais salauds, au choix. Lorsque l’on reprochait à Hitler le fait que l’Allemagne avait envahi par trois fois la France en moins d’un siècle, il répondait que de Clovis à Napoléon, les Français étaient entrés plus de vingt fois en Allemagne. Pensez-vous, Monsieur Boyer, que l’évidence historique commandait alors de le laisser aller au bout de son projet?

Vous pratiquez cet amalgame très exaspérant qui clôt la discussion avant même qu’elle ait commencé. Ainsi les petits malins qui surfent sur nos culpabilités peuvent-ils insolemment remonter jusqu’à la grotte de Lascaux, laquelle fut peuplée comme tout le monde le sait, des liquidateurs de Neanderthal, premiers occupants du lieu et forcément lecteurs des hadiths mecquois.

Ainsi les manipulateurs déguisés en humoristes peuvent-ils déclarer que l’Islam est en France depuis trois mille ans sans que personne, dans les cercles qui décident et pensent pour les autres, ne relève cette grotesque obscénité. Le plus terrible étant face à cela le sidéral silence des hommes d’esprit, des vrais veux-je dire, tous aux abris et redoutant la fatwa terrorisant leurs employeurs.

En vous retirant avec une amère agressivité dans le vaste campement des relativistes, vous laissez le champ libre aux menteurs, aux truqueurs, aux truands de l’esprit et aux nettoyeurs de civilisations. Ce faisant, vous vous condamnez par avance à l’immobilité, à l’impuissance, vous devenez le spectateur genre zinc ou canapé-télé, certain d’avoir raison et qui laisse ses camarades se démerder dans les tranchées de première ligne. Désolé pour le langage militaire qui tant vous déplait, mais pour le moment, je n’en n’ai pas d’autre à opposer à votre mouvement de repli (fût-il médité de longue date).

L’espace que vous libérez est déjà occupé par des stratèges heureux de voir l’horizon se dégager aussi facilement devant eux. Il en va toujours de cette manière dans les conflits. En vérité, il faut se souvenir des leçons de l’Histoire. L’Occupation, ce furent 5% de collabos, la même chose de résistants, et le reste, attendant de voir, vaguement passif, mâchouillant ses certitudes, ses frustrations, ses désirs contraires, reste fort nombreux dont vous faites désormais, à distance de ces heures passées et si je vous lis bien, partie.

Vos amis regrettent votre décision. Ils vous connaissent, ce qui n’est pas mon cas. Mais à partir du moment où vous publiez l’état de vos humeurs, je m’estime en droit de vous donner ouvertement une réponse de la même nature. De la démocratie, il nous reste au moins cela, qui s’usera si l’on ne s’en sert pas.

Pour finir, cette phrase de de Gaulle : « au début, je n’eus près de moi à Londres que la Cagoule et la Synagogue ». Je crois que la résistance au communautarisme, à l’Etat dans l’Etat, à la libanisation précédant le démantèlement de ma patrie, balaie aujourd’hui plus large et je trouve que c’est très bien. A qui se bat pour rester lui-même sur sa terre, je ne demande pas d’où il sort, ni ce qu’il croit ou ne croit pas. En revanche, je ne peux comprendre celui qui se hait (ou s’adore) lui-même au point de préférer à l’analyse lucide dans l’intérêt du plus grand nombre, le plaisir de régler quelques vieux comptes obsolètes et qui tance amis, parents et passants du seuil de sa maison sans voir les démolisseurs à l’ouvrage dans son dos.

Non, vraiment, je ne comprends pas cet étrange mécanisme mental.
Bien sincèrement vôtre,

Alain Dubos

Print Friendly, PDF & Email
Share

Les commentaires sont fermés.