M. Chevènement, je me demande dans quel monde vivez-vous…

Monsieur le ministre,
J’ai lu votre interview dans Le Figaro.
Je dois vous avouez que votre manière de répondre aux questions concernant la votation du peuple suisse m’a étonné, pour ne pas dire qu’elle m’a scandalisé.
Pour un démocrate, vous avez adopté le ton du mépris à l’encontre d’un peuple auquel la démocratie en Europe doit beaucoup de fait de ses luttes courageuses et intelligentes contre l’empire ibéro germanique des Habsbourg.
Surtout, vous avez adopté, ici, cette attitude qui fut celle de votre ex camarade Lionel Jospin, lorsque l’école de la république fut assaillie par des jeunes filles militantes du voilement des jeunes née musulmanes. Vous avez pris le parti de vous boucher les oreilles et de fermer les yeux sur la réalité et sur sa dynamique.
Vous avez traité « d’idiote » une question précise posée aux libres citoyens de la libre Suisse, question accompagnée d’une affiche précise elle aussi : Le minaret est relié à la bourqua, cette prison mobile pour des femmes que l’on interdit d’école et de travail, cette prison mobile pour des femmes et des jeunes filles que l’on peut enterrer vives.
Pas de loi, dîtes-vous !
Quoi, répondez-vous au journaliste du Figaro, un débat pour seulement 367 bourqua ?! 367, c’est rien, alors pourquoi tout ce vacarme ? 367 ?

Monsieur le ministre, quand je lis ces propos et ces réponses, je me demande où vous habitez, si nous vivons sur la même planète

Monsieur le ministre, je vous propose que nous passions ensemble une seule journée en Seine St Denis, à la Courneuve, à Aubervilliers, à Bobigny.
Rien que dans ces trois communes, en une journée, vous ferez vous-même le compte.
Après vous vous demanderez comment a-t’on pu compter seulement 367 femmes couvertes de la tête aux pieds ?
Venez, monsieur le ministre, venez dans le « 9-3 » : vous verrez ces fillettes recouvertes entièrement. Vous verrez ces femmes qui appartiennent à des populations d’Afrique subsahariennes, islamisées depuis des siècles mais où jamais les femmes ne furent enfermées, bouclées vingt quatre heures sur vingt quatre, sept jours sur sept, au moyen de vêtements censés exprimer aux yeux de chacun l’identité religieuse musulmane.
Alors que se passe-t-il monsieur le ministre ?

Une question : si vous comptiez ces centaines de fillettes et de femmes, continueriez- vous de jouer les Pangloss ? Feriez- vous semblant de croire que vous ne voyez pas ce qui se passe à votre gauche, à votre droite, derrière vous et devant vous ?


A moins, que vous ayez décidé volontairement de ne pas voir le précipice béant qui risque d’engloutir deux siècles d’acquis démocratiques français, parce que vous avez cédé il y a quelques années à l’exigence incroyable d’un fascisme d’un type nouveau ?
Monsieur le ministre rappelez-vous. Monsieur le ministre souvenez-vous de l’oukase de l’UOIF, quand vous avez commencé à négocier, avec lui et d’autres, la constitution d’un organe représentatif commun à toutes les associations musulmanes, avec pour but de doter l’islam de quelque chose comme le Consistoire central juif qui devrait en faire l’islam de France, Islam français.
Mais sans vouloir vous manquer de respect, monsieur le ministre, n’est pas Napoléon Bonaparte qui veut, et la cinquième république n’est ni le Consulat ni l’empire.
La première République a imposé au Grand Sanhédrin des hébreux exilés vivant en France, qu’il moule la loi mosaïque dans les cadres obligatoires des lois de la République.
Le décret Crémieux, soixante six ans plus tard, formulera la même exigence envers les Juifs d’Algérie.
Dans la négociation avec les organisations musulmanes, vous avez rendu les armes de la République. Monsieur le ministre, vous avez cédé sur un point capital :
Vous avez accepté que le français né dans une famille musulmane ne puisse pas changer de religion ou ne puisse cesser d’en avoir.
Vous avez accepté un cadre juridique le privant légalement de sa liberté de conscience !
En d’autres termes, monsieur le ministre, vous avez fait de nos concitoyens d’origine nord-africaine ou africaine, des citoyens de seconde zone ou des citoyens à moitié.
Vous avez accepté que ces concitoyens ou que ces résidents soient des prisonniers à vie de traditions moyenâgeuses qu’il leur est légalement interdit d’abandonner, sous couvert de donner un statut légal et une représentation reconnue aux associations musulmanes.
Monsieur le ministre, dans ce pays, c’est cette concession, -que Jaurès, qui ne refusait pas les compromis, aurait appelé une compromission-, qui est à l’œuvre dans la rage de tous ceux qui veulent faire reculer le libre peuple suisse.
Reprenez-vous monsieur le ministre.
Rendez-vous utile à la République, dont vous avez plein la bouche !
Pour ce qui me concerne, comme la majorité des citoyens de ce pays, je n’accepte pas que la bourqua et les minarets deviennent le nouveau corridor de Dantzig, l’outil de chantage pour avancer un peu plus dans la destruction des fondements démocratiques du pacte national.
Je refuse pour cela le boycott et le chantage contre de libres citoyens.
Vous croyez, vous, que les musulmans de Suisse seraient brimés et empêchés de prier Dieu, selon les rites de l’islam, parce que leurs mosquées seraient comme celle qu’ils présentent comme étant le troisième lieu saint de l’islam, parce que leurs mosquées seraient comme la mosquée Al Aqsa ? Bien évidemment non.
La mosquée Al Aqsa n’est pas vraiment un lieu de prière musulman ? Alors pourquoi tout ce vacarme contre la votation suisse ? Pourquoi ?
Sinon pour les mêmes raisons qu’une pression diversifiée est à l’œuvre, pour faire en sorte que la mission Gerin finisse comme la montagne qui accouche d’une souris, comme un couteau sans lame, assistant impuissante au saccage de la république française.
Cela étant dit, veuillez agréer, monsieur le ministre, l’expression de mes convictions laïques et républicaines qui sont celles de la majorité écrasante de nos concitoyens, quel que soit la couleur de leur bulletin de vote et leur origine.
Alain Rubin

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